CHAPITRE XI
Le système nerveux est l'organe essentiel de la synergie et de la coordination organique; il est constitué par un ensemble d'éléments qui ont pour propriété caractéristique de ne pouvoir fonctionner isolément, de ne fonctionner que sous l'influence de l'activité d'autres éléments (sensitifs) et d'entraîner le fonctionnement d'éléments nerveux ou non (moteurs) par le fait même de leur propre activité. Le système nerveux est donc un organe de relation, grâce auquel, comme le dit Ch. Richet, une cellule retentit sur toutes les autres et toutes les autres retentissent sur elle, et qui assure, par ses propriétés, d'une part, les relations de l'organisme avec le monde extérieur, d'autre part, les relations et la solidarité des diverses parties de l'organisme entre elles, que ces relations soient accompagnées ou non d'épiphénomènes de conscience.
Les éléments nerveux sont des plastides incomplets qui ont besoin, comme tels, non seulement de substances Q, mais aussi d'une excitation (p. 475) pour être à la condition n° 1 ; ils résultent nécessairement, comme nous l'avons montré (p. 472), de la différenciation histologique qui s'établit au cours du développement des métazoaires, et s'ils font défaut chez les métaphytes, c'est parce que, chez ces derniers, la synergie est inutile, partant sensiblement absente, l'organisme étant immobile, lié au sol, et chacune de ses parties pouvant être considérée comme capable d'une vie indépendante. D'ailleurs l'élément nerveux se comphque lui-même et complique ses connexions à mesure que l'organisme auquel il appartient se différencie davantage. Sa forme schématique la plus simple est représentée par cette cellule épithélio-neuro-musculaire (fig. 24) que l'on rencontre chez certains cœlentérés, et qui
met en synergie deux éléments histologiques différents et plus ou moins éloignés. Chez les échinodermes, l'élément nerveux conserve ses connexions, mais il s'en crée de nouvelles par Tanneau commissural circumœsophagien qui réunit les éléments nerveux ambulacraires. Chez les mollusques et les arthropodes, les connexions de chaque élément nerveux se multiplient et des centres ganglionnaires et cérébroïdes apparaissent; enfin, chez les vertébrés et surtout chez les mammifères, la complication arrive à son maximum, et il suffit de jeter les yeux sur certaines figures publiées par Azoulay ' pour comprendre comment une des cellules pyramidales de l'écorce grise du cerveau, organe d'élaboration des actes intellectuels, raisonnes, en apparence volontaires, peut, par le nombre immense de ses ramifications, établir des connexions multiples et de plus en plus variées avec les éléments qui l'entourent et par eux avec toutes les parties, si éloignées qu'elles^ soient, de l'organisme.
L'étude du système nerveux comme organe de la synergie, de la solidarité des parties et des relations de l'organisme avec le monde extérieur implique la connaissance morphologique de ses éléments, car c'est cette morphologie qui permet d'iaterpréter aujourd'hui la plupart des faits physiologiques. Nous allons donc examiner la constitution de ces éléments et leurs propriétés, puis les connexions qui existent entre eux et les éléments non nerveux périphériques ou les autres éléments nerveux, et, à l'aide des notions ainsi acquises, déterminer la marche et la nature des actions, inconscientes ou conscientes, isolées ou associées, qui constituent la synergie.
1«» Les neurones.
On considérait autrefois les éléments nerveux comme composés de cellules et de fibres ; les cellules formaient les ganglions et les parties grises ; les fibres, les parties blanches et les nerfs.
|. Psychologie Instologique {Aiinée psychologique, 1896).
Mais les nouvelles méthodes histolog-iques ont appris que cellules et fibres sont les parties différentes d'un même élément auquel Waldeyer a donné le nom de neurone.
A. Constitution des neurones. — Le neurone est schématiquement constitué * par trois parties distinctes : les arborisations protoplasmiques, qui s'échappent comme un chevelu du corps cellulaire et sont constituées par du protoplasma granuleux ou plus ou moins différencié ; le cotys cellulaire, qui présente un noyau généralement volumineux, autour duquel est plus particulièrement amassé le protoplasma granuleux ou trophique ; enfin le prolongement cylindraxile ou cylindraxe, cylindre calibré de protoplasma différencié en fibrilles très fines et qui semblent accolées les unes aux autres ; ce cylindraxe peut être unique ou ramifié et, à sa terminaison, il se résout en ses fibrilles constituantes, qui prennent ainsi l'apparence d'une sorte de bouquet; enfin, il est généralement beaucoup plus long que les arborisations protoplasmiques et est entouré de gaines protectrices. Il y a continuité des arborisations au bouquet terminal à travers le corps cellulaire, mais les gaines protectrices ne font pas partie de cette continuité, car elles sont constituées par des cellules étrangères à l'élément nerveux et entourent le cylindraxe, de telle sorte que ce cylindraxe semble les enfiler et les parcourir de bout en bout.
Les gaines sont donc des files de cellules allongées; leur membrane extérieure forme la gaine de Schwann, contre laquelle s'applique une lame mince de protoplasma où est logé un noyau ovalaire. Cette lame protoplasmique enveloppe également le cylindraxe et communique avec la lame pariétale par de fins trabécules, entre les masses desquels s'amasse la myéline, graisse phosphorée riche en lécithine , d'aspect blanchâtre, qui forme la gaine de myéline. Les cellules ainsi constituées sont dites cellules on segments interannulaires, dont \q^ étranglements annulaires marquent les limites.
D'où proviennent ces cellules? Sont-elles disposées d'avance