Comptes rendus, t. LXXXVII
ce sont donc des matières coJloïdales, et ce caractère semble fort important, car il est spécifique de ce que Graham appelait l'état dynamique de la matière, par opposition avec l'état statique représenté par la matière cristallisée. Mais il ne faut pas uniquement déduire Timportance de ce caractère de la conception de Graham, attendu que certains albuminoïdes se présentent, comme il a été dit, à l'état cristallin, et que, d'autre part, ainsi que le laisse au moins supposer l'action de ces substances sur la lumière polarisée, il est très probable que les molécules constituantes du complexus albuminoïde sont orientées en réseau cristallin, conformément à l'opinion de Nâgeli. L'état colloïdal caractérise donc surtout la grande complexité et la dimension considérable de la molécule et permet d'expliquer, comme l'a tait A. Gautier, que ces matières soient perméables aux réactifs, mais très lentement et de telle sorte que le temps devient une dès conditions de la production des réactions organiques. Ainsi affaiblies, mais continues, ces réactions assurent l'incessante production d'énergie que manifestent les êtres vivants K
Les différents albuminoïdes se distinguent les uns des autres par des caractères de solubilité, de coagulation et de coloration que nous ne pouvons décrire ici et pour l'étude desquels nous renvoyons aux traités de Chimie physiologique. Disons cependant que les protéides d'Hammarsten, traités par les réactifs ordinaires, se dédoublent en matières albumineuses (albuminoïdes proprement dits) et en corps plus simples, surtout en hydrates de carbone ou similaires, tandis que les substances albumineuses ne se dédoublent pas sous l'influence de ces mêmes réactifs. C'est ainsi que la mucine (du liquide salivaire, par exemple), traitée par l'acide sulfurique étendu, donne une substance analogue aux hydrates de carbone, la gomme animale de Landwer, dont la formule, d'après Lôbisch, serait G^2H2ooio j 2H2 0, analogue à celle de la dextrine. Cette
1. Cf. Albuminoïdes {Dictionnaire de physiologie de Richet, I, p. 719).
gomme donne un sucre en C^,(C^H*^0^), incristaliisable, infermentescible, mais qui réduit la liqueur de Barreswill. L'hémoglobine réduite se comporte un peu différemment; traitée aussi paf les acides étendus, à l'abri de l'air, elle donne de l'hématine, ou, en présence de NaCl, du chlorhydrate d'hématine ou hémine, corps cristallisé, plus fixe que les hydrates de carbone. Quant aux albumoïdes, ils sont caractérisés par leur résistance chimique; ils n'existent guère, du reste, qu'à l'état sohde, dans les téguments et le squelette des animaux et dans certaines parties résistantes des végétaux. Presque toutes ces matières, traitées à chaud par l'eau, deviennent solubles et fournissent de la gélatine. On trouve, dans la kératine, un noyau aromatique très fortement représenté, que les acides ou les alcalis mettent tout de suite en évidence. Les mêmes réactifs ne donnent, avec les matières collagènes, que du glycocolle (G^H^AzO^), sorte d'acide amido-acétique.
Enfin les diverses matières albumineuses (qui sont physiologiquement de beaucoup les plus importantes) se distinguent aussi les unes des autres par des caractères très nets. Les albumines sont solubles dans l'eau ; les globuhnes sont insolubles dans l'eau, mais solubles dans les sels dilués; les nucléo-albumines sont insolubles dans l'eau et les sels dilués, mais solubles dans ces derniers quand il y a excès d'alcali ; elles fournissent, en outre, sous l'influence des sucs digestifs, une matière azotée et phosphorée, la nucléinede Miescher(G^^H^^Az'^P^O^*^). Les autres albuminoïdes sont d'origine artificielle ; notons cependant que, comme les albumines naturelles, les albumines coagulées traitées par les acides (HGl) ou les alcalis (KOH) donnent des albuminates.
Toutes les matières albuminoïdes contiennent du carbone, de l'azote, de l'hydrogène, de l'oxygène, souvent du soufre, quelquefois du phosphore, plus rarement du fer ,^ dans les proportions moyennes suivantes :
G 50 à 55 pour 100.
Az 15 à 19 pour 100.
Fo û,33à 0,59 —
Le tableau suivant donne la composition centésimale de quelques albumineuses définies : albumine de Fœuf (I), d'après Lieberkiihn, fibrine du sang de bœuf (II), d'après Dumas et Cahours, caséine du lait de vache (III), d'après Schérer, albumine du blé (IV), albumine des pois (V), albumine des fèves (VI), gluten-caséine du blé (VII) et légumine des pois (VIII), d'après Ritthausen. Ce tableau pourrait être de beaucoup allongé ; mais il est suffisant pour montrer que les albuminoïdes sont loin de posséder cette fixité, cette identité chimique que l'on rencontre dans la plupart des composés minéraux.
Az
La complexité de l'édifice moléculaire des albuminoïdes a rendu très difficile l'établissement de leur formule de constitution ; ce n'est que depuis les beaux travaux de Schutzenberger et de Danilewsky qu'on a quelques idées précises à cet égard.
Mulder, en traitant les albuminoïdes à une température élevée, par la lessive de soude, obtint, après neutralisation de la liqueur, un précipité gélatineux qu'il appela protéine, et il considéra les matières albuminoïdes ou protéiques comme formées par l'union de ce radical avec du phosphore, du soufre, divers sels minéraux, etc. Sterry-Hunt supposait que, à l'état de pureté, l'albumine désulfurée renferme les éléments de la cel-
lulose et de rainmoniaquc, moins ceux de Tcaii. D'après cette dernière théorie, l'albumine répondrait à la cellulose azotée, la fibrine et la caséine k la dextrine et à la gomme, la gélatine à un nitrile de glucose.
La formule de l'albumine, donnée par Lieberkiihn,est restée longtemps classique :
C72Hii2Azi8 0228 = 161 2 (poids moléculaire).
A propos de celte formule, Lôw a fait remarquer que le nombre de ses atomes de carbone est un multiple de celui des atomes de carbone des formules du glucose, de la glycérine, des acides oléique et stéarique. Jl semble en conséquence que les graisses, les hydrates de carbone et les albuminoïdes aient pour base un même groupement atomique, mais à des degrés différents de condensation et de polymérisation. D'autre part, A. Gautier a récemment proposé ^ en partant de cette même formule de Lieberkiihn, d'indiquer comme suit la formation purement théorique des diverses substances que l'on rencontre dans les cellules hépatiques, par simple dédoublement hydrolytique de la matière albuminoïde.
/ +7C0Az'-H> (arée) 1 +oC6H'0O' (glycogène) C72H>'-2Az'80-2S +201120= 1 +G27H460 (cholestérine) Albumine. j + 3 C^H^AzO'^ (glycocoUe)
f +C2mAz03S (taurine) \ +6H
En se basant sur certaines réactions, Harnak démontra qu'il fallait au moins tripler la formule de l'albumine de Lieberkûhn qui devient alors :
C2HH322AzS2 068 82=4618.
celle de Lieberkûhn restant d'ailleurs :
C216[1336AzS4066S3.
i. Chimie de la cellule vivante^ p. 77,
La formule minimum de la globuline des semences de courge serait, d'après Grubler,
C292H48'Az90O83S2 = 6.G37.
On a donné aussi les formules de la matière collagène et de la
gélatine, cette dernière ne différant de la première que
par H^O.
cm H149 Az3i 038 ^ H2 0 = C102 hi8> Az3i 039. Matière collagène. Gélatine.
L'analyse des oxyhémoglobines donne des résultats plus positifs et peut conduire à une formule très générale de la matière albuminoïde. Si, en effet, de la formule de l'hémoglobine, on retranche celle de rhématine,on obtient la formule de la matière albuminoïde.
C712H i30Az8'*O2iSFeS2 — C32H32Az*04Fe Hémoglobine. Hématine.
= C680Hio98Az2l0O2*i 82=16218.
W. Preyer avait proposé, pour l'oxyhémoglobine, la formule suivante :
G608H960AzlS4O179S3Fe.
Enfin, d'après Schutzenberger, la formule de l'albumine de l'œuf serait :
C24Ô H392 Az8s 075 S3 = 5 47 8,
et pour A. Gautier,
C250H409Azfi'^O8iS3 = 5739.
Mais ce sont là des formules brutes qui n'indiquent en aucune manière la structure de la molécule et le mode d'agrégation des différentes parties de ce complexus. Les premières notions précises à cet égard datent des beaux travaux de P. Schutzenberger.
D'après ces recherches, Schutzenberger envisage la molécule d'albumine, abstraction faite de latyrosine et des matières dextriniques toujours en proportions assez faibles, comme une
uré.ide complexe ou diuréide capable de fournir par son dédoublement deux molécules d'urée, de Tacide acétique et un mélange d'acides amidés.
Pour A. Gautier, il y a, dans tout composé albuminoïde, une chaîne ou un noyau central constitué par un groupement dérivé de GAzH et non saturé, par exemple :
— G - (AzH) - C - (AzH) C - (AzH) —
formé par l'union de trois molécules d'acide cyanhydrique, ayant chacune la constitution suivante, en groupement tétratomique (I) ou diatomique (IIj :
— AzH -C —