‹ La physiologie généraleChapitre 38 sur 218 · Lambling, op. cit., p · texte numérisé non relu

Lambling, op. cit., p

Il est évident que l'entrée du fer dans le complexus moléculaire de certaines nucléines constitue un fait d'adaptation analogue à ceux que nous avons déjà cités. Et, à cet égard, les analogies fonctionnelles de cette nucléine ferrugineuse et de la chlorophylle sont curieuses. L'une et l'autre se sont développées au cours de l'évolution phylogénétique dans le but de favoriser, si l'on peut employer cetle formule téîéologique, le fonctionnement physiologique spécifique du complexus vivant dans lequel elle est entrée par adaptation. La chlorophylle n'a vraisemblablement apparu que, le rayonnement solaire s'affaiblissant et la proportion d'acide carbonique diminuant dans l'atmosphère, lorsque les plantes ne furent plus capables par elles seules de réaliser la quantité d'énergie nécessaire pour décomposer CO^ et fixer le carbone; de même, le fer, agent éminemment oxydant, comme nous l'avons vu, n'entra dans le complexus vivant des animaux que pour faciliter l'oxydation, la transformation des énergies potentielles en énergies cinétiques, qui est le propre du fonctionnement parasitiforme des animaux. Et ce qui le prouve bien, c'est que ni l'hémoglobine, ni la chlorophylle, sous leur forme chimique actuelle» ne sont rigoureusement nécessaires ; il suffit que les matières qui se substituent à elles soient capables, l'une d'absorber l'énergie solaire, comme les pigments colorés, l'autre de servir d'agent oxydant, comme le cuivre, qui remplace, dans le sang des céphalopodes, le fer qu'on rencontre chez les vertébrés. Il est également vraisemblable que l'entrée du phosphore et du soufre dans le complexus vivant répond à des nécessités analogues, mais eJles sont pour nous beaucoup moins visibles. Bunge attribue au soufre, comme au fer, le rôle d'agent oxydant, mais cette explication n'est guère admissible pour les cellules végétales. Le phénomène est plus obscur encore pour le phosphore. Si son importance est considérable pour la bonne végétation, puisqu'on est obligé de fournir aux sols pauvres en phosphore des engrais phosphatés; pour les jeunes animaux, puisque le lait et les œufs contiennent du phosphore et que, comme l'a montré Dastre, le chorion des ruminants ren-

ferme des réserves de phosphates de chaux que Tembryon utilise, il faut reconnaître cependant que le mécanisme de son action est à peu près inconnu et qu'on ne peut faire, à son égard, que des hypothèses plus ou moins plausibles, hypothèses qui ne deviendront moins incertaines que lorsqu'on connaîtra la constitution atomique desnucléines.

6» Matières minérales.

Les corps vivants présentent un grand nombre de matières minérales. Parmi celles qu'on a pu isoler, il faut citer, en dehors de l'eau, le chlorure de sodium, le chlorure de potassium, la soude, la potasse, la chaux, la magnésie, l'oxyde de fer, le chlore, le fluor, la silice, les acides phosphorique, sulfurique, carbonique, etc., libres et combinés. Mais il s'en faut de beaucoup que toutes ces matières participent à l'édification du complexus vivant ; la plupart, sans doute, n'ont qu'une action de présence et sont nécessaires seulement à la constitution du milieu dans lequel vit le protoplasma. Néanmoins, il est admissible que, par un fait d'adaptation qu'expliquent les conditions ambiantes supportées par les organismes primitifs, certaines matières minérales soient entrées dans l'édifice moléculaire des protoplasmas, comme tendent à le prouver la sensibilité des albumines à l'égard des plus faibles quantités de matières minérales, les expériences de Raulin sur VAspergillus niger, de Voit et de Forster sur des chiens, et celles de Socin sur des souris. A propos de ces dernières expériences, Bunge a fait remarquer que les matières minérales ne sont peut-être assimilables que si elles se trouvent en combinaison organique, comme la chaux dans le lait. Cette observation, que justifient les expériences trop souvent infructueuses d'alimentation minérale artificielle, tendrait à faire admettre ce que nous disions précédemment, à savoir que certains principes minéraux ont pu, par le fait d'adaptation, entrer dans le complexus protoplasmique vivant et ne sont plus utilisables par lui, s'il a revêtu la forme animale, quand ils ne se présentent pas en

combinaisons organiques plus ou moins voisines ou identiques. Parmi les combinaisons organiques des matières minérales, on peut citer la combinaison soluble de la caséine et du phosphate de calcium, qui existe dans le lait; dans la maturation des fromages, il se forme aussi probablement un albuminate de soude qui redissout la caséine (Landois). Les albuminates, les peptonates sont presque tous des produits artificiels dont l'utilisation par le complexus vivant est des plus douteuses \ nous n'avons donc pas à en parler ici. Quant aux matières minérales à forme inorganique, telles qu'elles sont utilisées par les plantes, nous aurons l'occasion d'y revenir plus loin; nous en avons, d'ailleurs, indiqué, dans le premier paragraphe (cf. p. 20 et sq.) de ce chapitre, les transformations et le rôle biologiques. Tout ce qu'on peut dire ici relativement à ces matières minérales, c'est que, en dehors de celles en petit nombre, au moins d'après ce que nous savons actuellement, qui participent directement à la molécule vivante, ces matières servent surtout à constituer, pour les organismes, le§ organes de protection et de soutien. Comme le dit très bien Charles Richet, il ne serait peut-être pas difficile d'étabhr une classification des êtres d'après cette fixation minérale différente, puisque c'est afin de pouvoir se mouvoir et donner des points d'appui à leurs muscles que les animaux accumulent des sels de chaux, tandis que les végétaux, qui n'ont pas besoin d'un squelette aussi résistant, n'amassent que de la potasse. Mais ce choix lui-même semble lié à une fonction plus générale des protoplasmas végétaux et animaux; les premiers, en effet, fixent le carbone par leur chlorophylle, les seconds l'oxygène par leur hémoglobine. Les premiers accumulent de l'énergie que les seconds dépensent, et la nature des matières qu'ils fixent réciproquement se trouve de la sorte entièrement subordonnée à leur adaptation primitive. C'est ainsi que se montre d'emblée, dans les phénomènes les plus généraux dé la vie, l'influence exclusive de ces facteurs chimiques dont nous allons maintenant étudier l'action au sein même des êtres vivants.

Page 1