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CHAPITRE III

1° Source de ces réactions.

Quelque idée qu'on se fasse de la constitution de la molécule vivante *, cette molécule est inerte par elle-même, comme toutes les molécules chimiques; elle ne varie et se transforme, ne réagit, que sous l'influence des tensions extérieures, des matériaux introduits dans le milieu. Mais tandis que les molécules chimiques des corps bruts ne peuvent se trouver que dans deux conditions : l'indifférence chimique et la destruction, les molécules vivantes peuvent en rencontrer une troisième : la condition de synthèse, c'est-à-dire de la vie manifestée^. A la vérité, les molécules minérales, elles aussi, prennent naissance quand certaines conditions sont réunies ; mais quand elles se forment ainsi, ce ne sont pas elles qui manifestent leurs propriétés, mais bien les substances d'où elles proviennent. Dans les molécules vivantes, il n'en est pas ainsi; c'est précisément quand elles manifestent leurs propriétés qu'elles se synthétisent, bien qu'il y ait simultanément, comme nous le verrons, destruction partielle de certains de leurs groupements atomiques. On peut remarquer, d'autre part, que les cristaux lésés ou tronqués, placés dans leur eau mère, se réparent et s'accroissent, mais il n'y a là aucune réaction de synthèse, puisque leurs molécules préexistaient dans l'eau mère, ni manifestation de leurs propriétés spéci-

1. Toutes ces expressions, molécule vivanfe, substance vivante, matière vivante, sont défectueuses; nous ne les employons ici qu'à défaut de meilleures.

2. Nous verrons plus loin qu'il importe de distinguer la vie élé~ mentaire de la cellule ou du plastide de la vie des êtres plus complexes, pluricellulaires.

fiques. C'est pourquoi nous disons que les molécules vivantes seules peuvent se trouver dans trois conditions : la condition de synthèse, la condition de destruction et enfin la condition d'indifférence chimique. C'est ce que l'on appelle plus communément, mais moins exactement, la vie active,]simort,\sivie latente.

Nous étudierons plus loin ces diverses conditions et les circonstances qui les réalisent. Pour le moment, nous dirons simplement que la condition d'indifférence chimique, appelée vie latente, n'existe peut-être pas rigoureusement pour les substances vivantes et n'est, pour ces dernières, qu'un cas de la destruction, où les phénomènes de décomposition sont extrêmement lents à se produire. En admettant, pour le moment, cette manière de voir, que nous justifierons tout à l'heure, il n'y aurait pour la matière vivante que deux conditions : la condition de synthèse et la condition de destruction.

Comme il est facile de le comprendre, les hmites de la première sont d'autant plus étroites que celles de la seconde sont plus étendues, et naturellement ce sont ces dernières'que nous connaissons le moins mal. Mais ici une nouvelle différence intervient entre les conditions que subissent les molécules inorganiques et les substances plastiques. Dans les premières, en effet, toute réaction est définitive, en ce sens que si elle aboutit à la manifestation des propriétés chimiques du corps, elle détruit ce corps, et le remplace par un ou plusieurs autres, dont les propriétés différentes ne peuvent également apparaître que s'ils se détruisent. Il ne semble pas en être ainsi pour les matières vivantes. J.-W. Judd, du reste, a constaté qu'un cristal peut subir les modifications intimes les plus importantes, qu'elles peuvent altérer profondément ses propriétés optiques et ses autres propriétés physiques, mais que toutefois, si quelques-unes seulement de ses molécules demeurent intactes, le cristal peut conserver non seulement sa forme extérieure, mais encore la faculté de se rénover, de s'accroître et de réparer ses pertes ^

1. J.-W. Judd, la Régénération des cristaux {Revue scieniifiquey If'Ql, premier semestre, p. 804).

C'est là ce qui se passe à peu près pour les plastides ou les organismes peu compliqués placés dans les conditions de la ^ie ralentie ou de la vie latente. Une graine, par exemple, peut être conservée fort longtemps, dans un endroit sec, sans perdre la propriété de germer quand certaines conditions sont réalisées. Elle n'est pas pour cela dans la condition d'indifférence chimique complète, car elle respire, c'est-à-dire absorbe de l'oxygène et rejette de l'acide carbonique — quoique en faible proportions — par conséquent elle se détruit, puisqu'elle ne se trouve pas à la condition de synthèse. De même les expériences déjà anciennes de reviviscence sur les infusoires et les rotateurs, celles plus récentes de Duclaux sur les bactéries, de Verworn sur les rhizopodes privés d'oxygène, de Giard à propos de ïanhydrobiose, montrent qu'il est possible de placer les substances plastiques dans des conditions telles que la destruction ne soit pas définitive pour la totalité des groupements fondamentaux qui figurent dans ces substances. Les expériences sur les anesthésiques confirment pleinement cette manière de voir.

Mais il arrive que, dans un lot de graines ou d'animaux reviviscents, quelques graines ou quelques protozoaires, ne manifestent plus les propriétés de la matière vivante, quand on les place dans les conditions favorables à cette manifestation. On en conclut à juste titre que ces graines ne sont plus des graines, ni ces protozoaires des protozoaires, puisque, mis dans les conditions voulues, Jls ne manifestent pas les propriétés qui les caractérisent. En effet, du chlorure de sodium qui, sous l'influence à chaud de l'acide sulfurique, ne donne pas de sulfate de soude, n'est pas du chlorure de sodium. On en conclut encore que, au cours de la vie latente, certains des groupements ou des matières plastiques ont été détruits et que, par suite, la régénération de ces parties ne peut plus se faire.

C'est là ce qui nous permet de croire que l'état d'indifférence chimique n'existe jamais réellement et qu'il représente — pour les matières vivantes surtout, en raison de leur complexité et

de leur instabilité — une forme très lente, très successive de la destruction.

Nous arrivons ainsi à reconnaître que les matières vivantes, et par conséquent les organismes, ne peuvent se trouver que dans deux conditions : la condition de synthèse et la condition de destruction.

Ces deux conditions sont vraisemblablement simultanées, durant Fétat de vie, au moins si l'on considère l'ensemble du plastide. En tout cas, leur succession est assez rapide pour que nous n'ayons actuellement aucun moyen de l'apprécier. Elles peuvent s'exprimer par les équations suivantes :

I. C02 4- H^O + Az... = 0 + albuminoïdes -{- hydrates de carbone

+ graisses...

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