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CHAPITRE VI

Toutes les matières utiles à un titre quelconque aux organismes peuvent être considérées comme constituant, pour eux, le milieu nutritif. Mais il est préférable de restreindre cette appellation aux seules substances qui interviennent directement dans la synthèse assimilatrice des animaux et des végétaux. Nous définirons donc le milieu nutritif: Fensemble des conditions chimiques extérieures qui permettent à la matière vivante de manifester ses propriétés fondamentales, c'est-àdire de s'accroître et de se reproduire. On désigne communément les éléments du milieu nutritif sous le nom à'aliments.

La natiu?e des aliments, et par conséquent du milieu nutritif, varie avec chaque être. Toutefois, on peut, à cet égard, établir deux grandes divisions : les êtres qui sont capables de se nourrir d'aliments piu'ement minéraux et de réaliser, à l'aide de ces seuls aliments, la synthèse de leur protoplasma, — et ceux qui en sont incapables. Parmi ces derniers, il faut encore distinguer les organismes qui se nourrissent de matières organiques, plus ou moins décomposées, dont ils font une synthèse partielle ; ceux qui se nourrissent de protoplasma végétal, et enfin ceux qui ne peuvent utiliser que le protoplasma animal. On arrive de la sorte à une classification physiologique des êtres que résume le tableau suivant :

Milieu nutritif minéral Plantes à chlorophylle.

I| Saprophytes (champignons, ^ ^ } certaines bactéries, etc.).

Milieu nutritif } végétal . . \ Parasites végétaux.

( Animaux herbivores, animal... Animaux carnivores.

Cette classification n'a évidemment qu'une valeur à peu près

nulle au point de vue de la toxinomie. Et cependant, comme nous le verrons plus loin, l'alimentation ayant joué un rôle dominant, ainsi que le soutient avec raison Y. Delage, sur la différenciation et l'évolution des organismes, il importe d'en tenir grand compte quand il s'agit de physiologie et de biologie générale.

Cette question du rôle du milieu nutritif comme facteur de l'ontogenèse et de la phylogenèse mise ici de côté, il nous faut étudier les conditions du milieu nutritif, telles qu'elles se présentent dans la nature. Nous examinerons donc successivement le milieu minéral, dans lequel ;les plantes à chlorophylle seules peuvent vivre et se développer, et, d'une manière plus générale, le milieu nutritif organique, en nous contentant d'indiquer les ressources diverses en principes alimentaires essentiels que les animaux peuvent rencontrer dans les différents milieux physiques où ils vivent. Nous ne dirons qu'un mot des milieux favorables au développement des saprophytes (champignons et bactéries), et nous passerons rapidement sur la composition des différents aliments que les animaux consomment.

1° Le milieu nutritif minéral.

Seules, les plantes à chlorophylle sont capables, comme il a été dit ci-dessus, de tirer du milieu purement minéral les éléments de leur synthèse et de leur développement. Nous avons brièvement indiqué, au chapitre des Réactions chimiques internes, le mécanisme de cette synthèse; nous n'avons donc pas à y revenir. Cherchons seulement où les plantes vertes puisent leurs aUments et comment elles les utihsent.

En dehors de l'oxygène et de l'eau, les aliments des plantes sont : le carbone et l'azote, empruntés (l'azote en partie, le carbone en totalité) à l'air atmosphérique, l'hydrogène emprunté à l'eau, et les matières minérales empruntées au sol ou aux dissolutions aqueuses.

Le carbone fixé par les plantes vertes provient presque uni-

quement de l'acide carbonique libre ou dissous. Toutefois, le carbone peut aussi pénétrer sous forme de carbonate par les poils radicaux ; mais, par cette voie, d'ailleurs exceptionnelle, eu égard à l'importance de la fonction chlorophyllienne, c'est plutôt sous forme de g-lucose qu'il est absorbé. L'eau ordinaire ne dissout guère que quelques centimètres cubes de GO^ ; mais les eaux de source en contiennent une proportion plus élevée et d'autant plus grande que la pression est plus forte. Certaines eaux thermales renferment même près du double de leur volume d'acide carbonique. L'eau du sol en présente aussi une quantité notable. Quant à l'eau de mer, elle en contient une proportion assez faible, mais sensiblement constante.

Dans l'air atmosphérique, l'acide carbonique est en petite quantité, 2 à 3 dix-millièmes ; mais il existe toujours, bien que ses proportions puissent légèrement varier. Depuis 1881,Mûntz et Aubin ont fait, à cet égard, des recherches très précises. Voici quelques chiffres qui indiquent la quantité de GO- pour 10 000, en France :

Paris (Conservatoire des arts et métiers). 2,88 à 4,22

Ferme de Joinville 2,85 à 3

Vincennes 2,84

Pic du Midi (2 877 mètres) 2,86

Notons que, pour Paris, le chiffre 2,88 s'applique à la moyenne des temps de vent, et i,22 à la moyenne des temps calmes. Les grandes villes en effet, par la respiration humaine, les usines et les cheminées, les combustions diverses, produisent de grandes quantités d'acide carbonique. Pour la ferme de Joinville, le premier chiffre, 2,85, exprime la moyenne du jour ; le second, 5, celle de la nuit. 11 est évident que cette variation provient de ce que le dégagement d'oxygène qui résulte de la fonction chlorophyllienne masque en partie la proportion réelle de GO^.

Le tableau suivant, emprunté également aux recherches de Mûntz et Aubin, donne la proportion d'acide carbonique en différents points du globe. Les chiffres fournis sont des moyennes qui résultent d'un grand nombre d'observations

faites par les membres des expéditions envoyées pour le passage de Vénus sur le soleil, en 1882-1883.

Haïti

Floride

Martinique

Mexique..

Patagonie (Vera-Cruz).

Patagonie (Chubut) . . .

Chili

Moyenne générale

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