Flore du centre de la France, p. IS^j
L\ rilYSIOLOGIE GIÎN. l4
lions par vers, ou, enfin, 73 centigrammes par ver et par jour- Dans certaines parties de l'Angleterre, d'après Gh. Darwin, la moyenne est de 24^7 de déjections par an et par hectare. Ces chiffres peuvent donner une idée du mécanisme de la formation de la terre végétale et l'importance du rôle généralisé des vers de terre.
Ces vers vivent à la surface du sol, sur une épaisseur de 5 à 12 pouces (13 à 33 centimètres); ils pénètrent rarement plus profondément. C'est cette épaisseur du sol qu'ils triturent, qu'ils font périodiquement passer par leur corps et qu'ils ramènent à la surface. Cet ameublissement est éminemment favorable à la végétation. D'ailleurs, comme le dit Darwin, leur besogne principale est de séparer les particules plus fines des plus grosses, de mélanger le tout à des débris végétaux et de le saturer de leurs excrétions intestinales \ Toutefois, la composition de ces déjections n'est pas connue, au point de vue des matériaux utiles qu'elles peuvent fournir aux plantes, de telle sorte qu'il nous est impossible d'apprécier, autrement qu'au point de vue mécanique, l'influence de ces animaux inférieurs sur la végétation. Au surplus, ces relations entre les représentants des deux règnes biologiques ne sont pas rares; il suffit de mentionner ici l'utilisation par les végétaux des calcaires que les animaux élaborent dans leurs organes de protection et de soutien. Mais ce sont là des questions sur lesquelles nous reviendrons ailleurs.
2" Le milieu nutritif des saprophytes.
Les saprophytes sont, comme nous l'avons dit, des organismes végétaux qui, par suite d'une adaptation toujours plus ou moins parasitaire, ont perdu la faculté de se nourrir aux dépens de matériaux purement minéraux, comme les plantes vertes. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que beaucoup de ces organismes réalisent la synthèse complète de leurs albumi-
1. Ch. Darwin, Formation de la te?'re végétale par les vers [Revue scientifigue, 1882, premier semestre, p. 69).
noïdes, mais sont en revanche incapables de fixer directement le carbone, qui en est le point de départ. Or, ils ne peuvent emprunter le carbone assimilable qu'aux combinaisons organiques dans lesquelles ce carbone se trouve engagé. C'est pourquoi ils vivent de préférence parmi les débris organiques s'oxydant et se décomposant lentement à l'air ou véhiculés par le milieu intérieur. Leur apparition dans ce milieu a pour résultat dé donner naissance à des produits nouveaux provenant de leur fonctionnement propre et qui sont souvent toxiques pour les hôtes qu'ils infectent. Beaucoup de champignons et de bactéries se trouvent dans ce cas, et c'est en grande partie aux conditions de milieu auxquelles ils se sont adaptés qu'il faut attribuer les caractères singuliers de leur biologie;, caractères qui les rapprochent parfois visiblement, au point de vue nutritif, des animaux.
Ces organismes se différencient sous l'influence de variations dont les expériences, déjà anciennes, de Buchner sur le Bacillus subtilis, nous donnent une idée. Ces expériences ont été contestées et sont peut-être contestables; mais il n'en est pas de même de celles de J. Massart et de celles de Physalix sur le Bacillus coH communis, qui ont abouti à la démonstration d'un véritable transformisme expérimental. Un transformisme analogue a agi sur certains organismes végétaux élémentaires et les a peu à peu adaptés à des conditions d'alimentation toutes différentes. Parmi les organismes saprophytes ainsi transformés, il faut citer les bactéries pathogènes, qui vivent aux dépens des matières organiques et même des corps vivants, et leur empruntent non seulement des combinaisons carbonées assimilables, mais aussi des combinaisons azotées.
Le milieu nutritif qui convient à ces organismes saprophytes est extrêmement varié, et il ne peut entrer dan^ notre cadre de donner ici toutes les formules de milieu de culture qui expriment ces variations. Nous nous bornerons à quelques indications générales, renvoyant pour le reste aux traités de bactériologie.
Au point de vue du miheu nutritif, on peut d'abord diviser
les saprophytes en deux groupes : ceux qui n'exigent que des combinaisons carbonées organiques ; ceux qui exigent, en outre, des combinaisons azotées organiques. C'est là ce qui distingue essentiellement les saprophytes de tous les autres végétaux. Le carbone, en effet, est le seul élément qui demande, actuellement, pour entrer en synthèse, l'action simultanée des radiations lumineuses et de la chlorophylle. Une fois le glucose formé, ou entré dans l'organisme par voie d'assimilation directe, tous les degrés de la synthèse progressive des albuminoïdes peuvent s'opérer aussi bien à l'obscurité qu'à la lumière, dans une cellule incolore que dans une cellule verte. La synthèse des albuminoïdes est donc accomplie par l'effet d'une quantité d'énergie que le protoplasma vivant trouve dans son propre fonctionnement \ et, à cet égard, les saprophytes, qui n'accomplissent que partiellement cette synthèse, se rapprochent beaucoup plus de la cellule animale que de la cellule végétale.
C'est Pasteur, le premier, qui, par sa méthode synthétique, a fixé expérimentalement la composition du milieu nutritif qui comlent aux saprophytes simples. Voici la composition du milieu de culture des levures et des moisissures, telle que Pasteur l'a établie; mais ce miheu est, en général, peu favorable aux bactéries qui sont surtout saprophytes mixtes (c'est-à-dire ayant aussi besoin de combinaisons azotées organiques) :
Eau distillée. 100 grammes.
Sacre candi 10 —
Carbonate d'ammoniaque 1 —
Gendres de levure I —
Remarquons que le bactéroïde des nodosités, dont nous avons parlé ci-dessus à propos de la fixation de lazote gazeux, est un saprophyte simple qui emprunte aux légumineuses le glucose dont il a besoin. Le microorganisme de AVinogradski, bien qu'incolore, n'en est pas un au contraire, puisqu'il est capable de former directement un hydrate de carbone.