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LE CORPS HUMAIN ET SES MEMBRES

Ayant analysé la tête et ses proportions, il faut maintenant faire le môme travail pour les membres et le corps, et ainsi s'achèvera la description complète de la figure humaine. Nous procéderons, de même que nous l'avons fait pour la tête, en donnant d'abord les proportions de l'ensemble et des parties, et en prenant ensuite chaque partie pour en examiner l'expression particulière et l'effet général.

Proportions du corps et des membres. — Tracez quatre carrés égaux et rangez-les en ligne les uns au-dessus des autres, et vous avez la hauteur et la largeur du corps. Divisez chaque carré horizontalement en deux, et vous avez huit tranches dont chaque ligne supérieure marque: le haut du crâne, le bas du menton, les seins, le nombril, l'aine, le milieu de la cuisse, le bas du genou et la plante des pieds.

Chacune de ces tranches est égale à la hauteur de la tête.

Prenant cette hauteur pour unité, vous verrez qu'elle mesure juste la distance :

Du centre d'un sein au centre de l'autre ;

De chacun de ces deux centres soit au menton soit au nombril ;

Du nombril à l'aine ou à la saillie extérieure de la tête du fémur ;

Que, doublée, elle donne la largeur maximum des épaules;

Triplée, celle du bras depuis la saillie extérieure de la clavicule jusqu'au bout du doigt médius ;

Quadruplée, la longueur de la jambe, du ])ord antérieur du bassin au-dessous du talon ;

Eiihn qu'elle donne la mesure de la profondeur maximum du corps pris de profd à la hauteur des seins.

C'est par rapport à ces proportions, qui constituent le canon idéal de la ligure humaine, que nous mesurons tous instinctivement les diverses parties du corps : sans la notion d'un maximum et d'un minimum nous n'aurions aucune idée précise de la nioyeime de la laille, et nous ne saurions pas dire si un homme est grand ou pelil.

gros ou mince ; et il en serait de même pour les proportions des autres parties du corps.

La surface du corps. — La surface du corps, même à l'état de nudité, n'a que des mouvements mécaniques. Elle est d'ailleurs, dans nos climats, toujours couverte par les vêtements : mais ses formes, ses proportions, ses poses et ses mouvements concourent à l'effet général de la physionomie par l'ensemble des effets particuliers de chaque partie et par l'accord ou l'opposition de cet ensemble avec celui de la tête.

Le corps et la tête. — Ce rapport entre la tête et le corps nous fournit précisément la première observation qu'il y ait à faire : c'est que, selon la grandeur respective de ces deux parties, elles ont un effet différent.

Une tête d'une grandeur donnée paraîtra plus grosse sur un petit corps, plus petite sur un grand. La tête, à part cet effet produit par la comparaison, est par elle-même variable en dimension : dans l'un et l'autre cas l'indice physionomique est le même, car, ainsi que nous l'avons fait voir dans la première partie de notre analyse, une petite tête indique moins de développement intellectuel qu'une grosse.

Mais on prendra garde que cette indication a moins de valeur si la petitesse de la tête n'est que relative à un grand développement du corps ; plus de valeur, si, au contraire, le corps est petit et que la tête le soit aussi.

Effet général de ï ensemble du corps. — Avant d'examiner eu détail les différentes parties du corps, il convient de noter l'effet général qu'au premier aspect il produit. Cet effet s'exerce par les mêmes procédés, se manifeste par les mêmes signes, que celui des traits du visage.

Un corps élevé, dégagé, souple, dont les lignes se développent et s'accordent avec harmonie, exprime tout aussi clairement et tout aussi éloquemment l'élévation et la distinction du cœur et de l'esprit, que le visage d'un galant homme ; un corps épais, lourd, disgracieux, éveille des idées tout opposées; un corps fluet, étroit, mince, misérable, n'inspire au premier abord ni respect ni considération ; un corps mal tourné, bizarre, dégingandé, paraît presque toujours ridicule.

L'ail (lu tailleur et de la couturière dissimulent, il est vrai, une bonne partie de ces imperfections, mais sur les plages des bains de mer, la nature, moins sanglée, moins rembourrée, reprend ses droits, et la physionomie vraie perce, en rondeurs ou en aspérités visibles, sous les plis du costume de bain.

Mais c'est aux écoles de natation de Paris qu'il faut aller si l'on veut observer la physionomie humaine dans sa nudité. On ne peut s'imaginer combien le corps nu a d'expression. Il ne suffit pas de dire que les différences individuelles sont là infiniment plus marquées que sous le vêtement : c'est trop naturel, puisqu'on ne voit pas seulement les différences de visages, mais celles de toutes les parties du corps : il faut ajouter que l'ensemble de la physionomie prend plus d'accent parce que le corps, étant de couleur claire, se voit mieux, et parce que, toutes ses parties se découvrant dans leur forme naturelle sans la déformation qu'y apportent les vêtements^, les aspects et les mouvements en paraissent mieux déterminés et plus précis.

La maigreur et V embonpoint . — Mais dans toutes nos appréciations il importe de tenir compte autant que possible des déformations que l'embonpoint ou la maigreur fait subir au corps. Là encore il y a pour le physionomiste un homme idéal qui n'est ni gras ni maigre, et qui se tient dans cette moyenne si rare entre l'étisie et l'obésité. Ne pouvant dégraisser le sujet avant de l'examiner, il faudra du moins faire abstraction de la graisse et ne compter que ce qu'il a de viande nette.

Le cou. — La longueur et l'étroitesse du cou étaient, d'après les anciens, un signe d'intelligence et d'éloquence, tandis qu'ils en considéraient la largeur et la brièveté comme une marque d'insuffisance intellectuelle.

Ces observations me semblent très vraies : il est rare de trouver un esprit bien délié chez des hommes à cou gros et court ; la paresse, la lourdeur physique et morale^, l'épaisseur de l'intelligence, répondent en général à ce trait du signalement.

La nuque. — La nuque est peut-être la partie du cou dont la forme est le plus significative. Plus elle est ferme et charnue, plus elle atteste la vigueur du tempérament et la force physique ; chez les athlètes elle arrive à montrer deux énormes renllenienls.

La nuque fournit encore une indication presque infaillible ilu peu-

chant à l'amour : c'est lorsque sa peau, épaisse et rouge, forme un bourrelet horizontal qui déborde en arrière et reflue sur le col de la chemise.

Le buste. — La largeur du buste et de la poitrine, lorsque ces parties sont amples et bien bombées, donne un air d'aisance, de force et de hberté, à tout le corps.

Si nous en analysions les proportions et les lignes, nous verrions que, surtout dans la femme, où. la nature semble l'avoir pétri avec une prédilection particulière, le buste, tantôt par l'ampleur et l'opulence de ses contours, tantôt par la grâce et la finesse de ses profils, forme un des plus beaux accords de cette harmonie qu'on appelle la beauté.

Les épaules. — Les épaules, à cause de leur voisinage avec la tête, sont la partie la plus expressive du buste ; lorsqu'elles sont bien dessinées et bien articulées, qu'elles emmanchent bien la tête avec le corps, elles font la grâce, l'élégance ou la noblesse, de toute la personne. Basses, elles donnent au corps un air de mollesse et isolent trop la tête ; hautes, elles l'accompagnent, la font valoir, et impriment à l'ensemble un caractère de fierté un peu sévère.

Le haussement d'épaules, qu'on fait pour exprimer le mépris ou le dédain, confirme cette observation.

Le plus ou moins de hauteur des épaules a encore une autre importance, c'est pour l'apparence de la taille. Considérez deux personnes de corps également hauts et également larges : celle qui a les épaules les plus hautes paraît la plus grande. La masse de son corps occupe plus d'espace, puisqu'elle a en plus l'excédent de hauteur des épaules ; et elle l'occupe dans le sens de la hauteur, puisque les deux corps comparés ne sont pas plus larges l'un que l'autre : on ne voit donc la différence de masse que dans le sens de la hauteur. Or la masse du corps étant beaucoup plus considérable que celle de la tête, c'est son aspect qui détermine l'effet dominant de l'ensemble, et quoique la hauteur totale des deux personnes soit la môme, elle paraît différente. Retournez le raisonnement, et vous vous expliquerez comment les épaules basses font paraître la taille moins élevée.

Proportion des membres. — La proportion des membres a aussi son rôle dans l'ensemble. S'ils sont trop courts ou trop grêles, le corps

perd de son harmonie et de sa dignité. Leur lonj^ueur, leur finesse, au contraire, donnent de la grâce et de la distinction.

Toutes les grandes i^coles de peinture et de sculpture l'ont bien compris. Les antiques nous montrent des corps à tête fine et à membres allongés ; les figures sculptées ou peintes du moyen âge ont des bras et des jambes d'une longueur extrême ; les primitifs, les préraphaélistes, les bolonais, les vénitiens, sont d'accord là-dessus avec Jean Goujon, avec le dix-huitième siècle ; enfin Rubens et Yan Dyck ont consacré dans leurs œuvres cette vérité naturelle et esthétique.

Taglioni. — La célèbre Taglioni, danseuse véritablement extraordinaire, peut être citée comme une preuve vivante de cette vérité. Cette artiste avait une grâce surhumaine, parce que, soit qu'elle s'élevât ou se rapprochât de terre, on aurait dit qu'elle flottait soutenue par un souffle invisible : je l'ai vue une fois dans mon enfance, je ne l'ai jamais oubliée, et aucune autre danseuse ne m a jamais montré' rien qui ressemblât à ce vol d'oiseau.

Le secret de cette merveille, c'est que Taglioni avait des jambes d'une longueur extrême. Un de mes amis, qui la rencontra, fl y a quelques années, dans une maison particulière, la vit s'asseoir et fut frappé de l'incroyable petitesse du buste par rapport aux jambes.

Effet de la longueur des membres. — Plus un membre est long, moins il a besoin de s'écarter pour embrasser l'espace, et moins il a de chemin à faire pour atteindre un point. Dans le même temps, de grandes jambes font de grands pas tandis que de petites jambes en font de petits : qu'il s'agisse d'un espace notable à parcourir, les grandes jambes pourront le parcourir lentement tandis que les petites devront le parcourir précipitamment.

De même et mieux encore lorsqu'il s'agit de s'élever et de se laisser retomber : avec de grandes jambes, l'élévation sera plus lente et plus haute ; avec de petites jambes, elle sera rapide, subite, et moins haute.

Taglioni trouvait donc, dans l'extrême longueur de ses jambes, des moyens d'exécution pour les trois grands effets de la danse : le parcours, c'est-à-dire le déplacement à grande distance en faisant le moins de i)as possible ; la pointe, c'est-à-dire la fiicilité d'élever très

haut le corps sur la pointe des pieds ; enfin le ballon, c'est-à-dire le saut vertical eu Fair.

On peut appliquer la même observation aux mouvements des bras, et c'est ce qui donne de la grâce aux bras longs. Taglioni avait d'ailleurs aussi les bras longs, et ses gestes n'étaient pas moins gracieux que sa danse.

Il ne faut pas oublier que, pour tous les traits du visage, le développement en longueur est par lui-même un élément de grâce et d'iiarmoniC;, et on peut même dire que, pour tous les objets en général, naturels ou artificiels, la longueur et la finesse des parties accessoires produisent le même effet.

En règle générale, si les jambes sont longues les bras sont longs : si elles sont courtes ils sont courts. En effet la longueur ou la brièveté des membres marque le plan d'un type : or chaque individu se rapporte toujours à un type, jamais à deux. Malgré l'infini mélange que l'hérédité fait de ces types individuels, on n'a qu'à regarder la première personne venue pour voir qu'ils se .maintiennent comme si chaque individu faisait un triage des éléments du type qu'il doit garder, etéhminait ce qui en pourrait troubler l'homogénéité. Sans doute il y a des exceptions, mais ce sont des écarts, des infractions à la règle, comme on en voit beaucoup dans la nature.

Grosseur des membres. — Quant à la grosseur des membres, les chefs-d'œuvre de Michel-Ange, de llubens, ceux de notre sculpteur Dubois, montrent qu'elle ennobht et adoucit en môme temps l'expression de la tête, et l'empressement avec laquelle notre école de sculpture applique actuellement cette théorie dans ses ouvrages me semble bien fait pour la confirmer.

Le pied. — Le pied, que la chaussure moderne cache et déforme, n'a plus chez nous le rôle expressif qu'il devait certainement avoir chez les peuples où on le laissait nu : c'est une partie dont nous ne connaissons guère la vraie figure, et les enthousiasmes ou les attendrissements que nous causent un joli pied sont plutôt un triomphe de cordonnier qu'un effet de plastique naturelle. Le pied, pour nous, c'est la chaussure, et voilà comment d ne inarque guère, du moins dans la vie extérieure, autre chose que la condition sociale et la race.

Cependant il est reconnu par tout le monde que plus un pied est

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lin et cambré, plus il marque tle distinction. C'est ainsi que la qualification (le « pied plat » est devenue une des expressions les plus vives du mé'pris.

Les i^outteux ont le pied couil, (''pais et ramassé, et le cou-de-pied très élevé.

Les mains. — Quant aux mains, c'est une autre affaire. Apanage exclusif do l'homme, elles sont pour lui le véritable sceptre par lequel il gouverne le monde. Elles exécutent la plupart des ordres de sa volonté, elles signalent ses sentiments, et elles peuvent exprimer si clairement sa pensée, que leurs mouvements servent de langage aux malheureux privés de la parole.

Aussi sont-elles, après le visage, la partie la plus expressive de la physionomie, et plus on les examine avec soin, plus on est étonné de l'analogie de leurs formes et de leurs lignes avec celles du visage.

On a écrit des livres, on a chanté des poèmes, on a édifié des sciences, à propos des mains. On a essayé d'y lire le caractère, les passions, et jusqu'au sortde l'homme, jusqu'à la destinée des empires.

Pour ce qui est des lignes de la peau des mains, avec toute la bonne volonté du monde il est impossible d'admettre qu'on y puisse trouver des indications du caractère d'une personne, et encore moins la trace ouïe présage des événements de sa vie. Mais pour ce qui se rapporte à la forme des mains ou des doigts, devant la croyance universelle qui, dans tous les temps, a accordé plus ou moins de crédit ou de crédulité, si vous aimez mieux, à la chiromancie, on hésite vraiment à en douter tout à fait. En tout cas il semble que pour en juger avec quelque assurance il faudrait voir comment un chiromancien s'en tirerait si on ne lui laissait voir que la main, tout le reste étant caché : quand on n'a qu'à regarder pour connaître le sexe, l'âge, le tempérament, la condition sociale d'une personne, et qu'en outre on peut lire sur son visage et entendre parler sa voix, on sait déjà plus qu'à moitié ce qu'elle doit être, à moins qu'on ne soit bien peu physionomiste, et les chiromanciens ledevieunent évidemment.

Indices de la main. — Ce qu'on trouve certainement dans la main, c'est l'expression des habitudes générales, une analogie très détaillée avec les traits du visage, et surtout l'expression nuM'veilleusenuMil exacte de l'étal actuel de l'âme.

Théories de Balzac. — Balzac a dit sur la main des choses cliarmautes. Ce serait folie que de prétendre traiter à fond, après lui, un sujet oii, suivant les habitudes de son génie, il a épuisé la réalité à force d'imagination.

Là comme dans toutes ses œuvres il y a une grande part de vrai, mais d'un vrai personnel à l'écrivain, et qui s'obscurcirait beaucoup si on eu ôtait l'art prestigieux avec lequel ces bijoux ont été ciselés.

Prenons pour exemple ce qu'il dit des diversités infinies que peut présenter le plus ou moins de chaleur, de souplesse, de moiteur, de la main: à l'entendre, il n'est pas de nuance si délicate, si fugitive, du sentiment, qui ne se traduise dans ces modifications de la main^ et c'est dit avec tant de conviction, tant d'art, qu'on se laisse aller.

Mais quand ou réfléchit on voit que d'abord, chez la plupart des personnes, les mains sont naturellement sèches, ou moites, ou dures, ou molles, et qu'elles restent toujours ainsi ; qu'ensuite, dans les mains qui changent quelquefois de consistance, ces changements n'ont guère d'autres causes que les variations de la santé et les changements de température ou d'humidité de l'air. C'est ainsi qu'a constamment procédé ce grand enchanteur : il présente des objets réels, mais il les éclaire d'une lumière magique.

Forme des mains. — Ce qui est beaucoup plus sûr et beaucoup plus facile à apprécier, ce sont les signes tirés de la forme et de l'aspect des mains.

La main fine, longue, déhcate, aux doigts effilés, marque la distinction, l'élégance, et des tendances élevées dans l'intelligence comme dans le sentiment : une main épaisse, massive, aux doigts grossiers, donne des indications opposées.

La main indique encore : lorsqu'elle est courte et ferme, la décision du caractère ; si elle est potelée, avec les premières phalanges très grasses, la sensualité sympathique ; si elle est sèche, la raideur et l'iusensibihté ; si elle est osseuse, avec des doigts noueux et des veines saiflanteS;, l'énergie et la profondeur de l'intelligence et du sentiment.

Quant aux mains crochues, c'est-à-dire dont les doigts sont habilueUement infléchis à leur articulation avec la main, efles sont passées en proverbe pour caractériser l'avarice, et on n'a qu'à regarder

les mains des avares qu'on connaît, pour voir la justesse de celte observation.

Les doigts. — Les savants et les chiromanciens ont quantité de théories sur la forme des doigts. On prétend notamment avoir trouvé chez tous les assassins de profession un pouce en spatule ; celui de Lacenaire, celui de Troppmann, sont demeurés célèbres. Je n'ai jamais rien vu de bien décisif dans ces théories, faites après coup et sur cinq ou six individus dont on ne connaissait que trop le caractère et les actes.

Le pouce. — Cependant, d'après ce qu'on m'a souvent fait voir, les pouces longs se trouvent généralement chez des personnes intelhgentes : mais dans ce cas tous les autres doigts sont longs aussi, et le pouce long ne fait que confirmer l'indice d'inteUigence fourni par l'ensemble de la main.

Doigts de malades. — Mais la forme des doigts prend une signification précise dans certains cas de maladie ou d'infirmité. Les doigts des rachitiques sont d'une maigreur et d'une longueur extrêmes ; ceux des phtisiques ont les extrémités en forme de gland ou de massue ; enfin ceux des goutteux sont déformés par des nodosités et par des concrétions calcaires.

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