ACTIONS EXPRESSIVES ÉPISODIQUES
Dans une conférence qu'il fit à la Sorbonne quelques jours avant sa mort, el qu'on peut lire à la page 165 de la Rcruc des Cours scientifiques {t" année), Gratiolet, traitant « de la physionomie en général, et en particulier des mouvements d'expression », avait classé ces mouvements en cinq catégories.
Or, si l'on considère dans leur ensemble les cinq espèces de mouvements ainsi définis par Gratiolet, on reconnaît que tous sont plus ou moins involontaires : ce sont des a expressions naturelles, des mouvements homologues, symboliques, métaphoriques, mixtes ou contradictoires » ; la volonté n'en est pas le moteur essentiel : presque tous sont « automatiques ». Tous sans exception se rapportent incidemment à un état intérieur de l'àme, qui ne se manifeste pas au dehors. L'action principale n'est pas en eux, mais dans la pensée ou dans le sentiment : ils n'en sont que les indices.
Est-ce donc là toute l'activité de la figure humaine? Les actions expressives volontaires que nous avons décrites et analysées précédemment, les actions expressives involontaires que nous étudierons bientôt, ne sortent-elles pas du cadre oii il semble au premier abord que Gratiolet ait voulu enfermer tous les mouvements expressifs ?
Il suffit du titre de la conférence pour se convaincre que, dans ce travail, Gratiolet a eu en vue détudier l'expression sous le rapport principalement psychologique ; que c'est l'état psychologique qu'il a pris pour point de départ, et que l'expression n'était là pour lui, dans les conditions où il se plaçait, qu'un refiet, un rayonnement, du foyer intérieur où brûle la flamme vivante du sentiment et de la pensée.
Cependant, lorsqu'on examine en détail les effets expressifs qu'il a décrits, on reconnaît que toutes ses observations sont exactes et que ces mouvements se produisent continuellement sous nos yeux : or, puisqu'ils ne rentrent ni dans la catégorie des mouvements d'ensemble volontaires, ni dans celle des mouvements d'ensemble involontaires, tels que nous les avons déterminés, et que cependant ils existent, concluons qu'il faut les classer à part.
Les prenant donc tels que les définit Gratiolet, nous les plaçons entre les actions expressives volontaires et les actions expressives involontaires, parce que la volonté n'y joue qu'un rôle secondaire et que c'est plutôt le sentiment ou l'intelligence qui paraissent les régir.
Hemarquant que tous ont ce caractère commun d'être indirectement subordonnés à un acte intellectuel ou sensilif qui est l'action principale, nous leur attribuerons la dénomination générique
\m LA PHYSIONOMIE COMPARÉE
â'éphodiqifes: elle nous semblo oxprimer exactement ce caractère, et, nous respirons, se jusliliera dans tous.
Tous les mouvements d'expression étant môtaplion'ques, ainsi que nous espérons le démontrer à la fin de ce livr(\ nous appellerons métapsych'fqifos ceux que Gratiolet a qualifiés de métaphoriques.
Ces explications préliminaires données, nous allons parcourir les cinq espèces de mouvements épisodiques analysés par Gratiolet ; nous le ferons rapidement;, n'ayant pas l'audace de prétendre refaire ce qu'il a fait d'une manière si brillante.
Nous nous attacherons à rappeler surtout les faits qu'il a cités, demandant seulement la permission d'ajouter, à l'occasion, ceux qu'il nous paraîtra intéressant de citer en plus.
Mouvements prosbo/iques. — Beaucoup de ces mouvements ont pour objet de faciliter l'exercice des sens ou d'en indiquer l'effort. Rien ne peut faire connaître si les espèces de grimaces qu'on fait alors ne favorisent pas réellement la perception, mais nous serions plutôt porté à le croire, par la raison que tous les hommes les font naturellement. Comment admettre qu'ils se soient ainsi, depuis le commencement du monde, obstinés à des mouvements en apparence inutiles, si un instinct supérieur à la raison ne les avait avertis que ces mouvements servent à quelque chose ?
On peut chercher: trouvera-t-on dans toute la nature un animal qui, dans les actes de sa vie, fasse un seul mouvement sans motif? Comment l'homme, le plus intelligent de tous, aurait-il songé à en faire de tels, et précisément dans l'exercice de ses sens, c'est-àdire, des facultés qu'il met le plus continuellement en jeu? Tout porte donc à croire qu'il y a des liens secrets entre les organes de nos sens et les parties voisines que nous voyons se mouYoii' comme pour leur porter aide et assistance.
Dans la vision facile^ dit Gratiolet, l'œil s'ouvre doucement, et aucune contraction violente ne trouble alors la pureté des lignes du visage. Si l'objet est peu distinct, la vue devient plus difficile, et les lignes expressives du visage marquent un effort. On cligne des yeux, on tiraille les coins de la bouche, on fronce les sourcils, on fait la moue, on retrousse le ne/, on penche la ItMt» pour modifier l'angle de la vision ; souvent, et ce geste est l'amilitM" aux
marins, on met la main en abat-jour au-dessus des yeux pour les abriter de la lumière diffuse et y voir de plus loin.
L'ouïe donne lieu à des mouvements de même espèce, qui tendent à faciliter la perception du son, ou tout au moins à exprimer la difficulté qu'on a d'entendre. Les animaux dressent les oreilles; l'homme, qui ne les a pas mobiles, en tourne une en penchant la tête du côté où le son arrive. En même temps, et du même côté, le coin de la bouche se soulève et l'œil cligne. Si l'audition devient plus difficile, la grimace s'accentue, le nez se relève, les dents se découvrent, la joue se ride.
Dans l'odorat, chacun peut observer sur soi-même comment les narines s'épanouissent à un doux parfum, se resserrent à une mauvaise odeur.
La bouche, à son tour, soit comme ouverture respiratoire, soit comme organe de toucher, de gustation, de trituration^ de déglutition et de parole, donne lieu à des mouvements d'expansion ou de contraction en rapport avec une respiration facile ou difficile, avec le bon ou le mauvais goût d'une boisson ou d'un aliment, avec l'idée ou le souvenir d'un objet savoureux ou dégoûtant.
Enfin, ajoute Gratiolet, les organes du toucher, principalement les mains, ont des mouvements divers, et ces mouvements ont leur physionomie. Ils caressent les objets d'où leur viennent des inipressions douces ; ils repoussent les sensations désagréables^ ou s'en éloignent avec effort.
MouvemenU sympathiques. — « Si, dit Gratiolet, la nature des sensations est d'être spécialiste parce que les organes des sens sont spécialement des organes d'abstraction et d'analyse, la nature du sentiment, au contraire, est de se généraliser. » Et plus loin: « Quand un sentiment de plaisir s'éveille à l'occasion de l'action d'un organe sensitif quelconque, tous les organes à leur manière l'acceptent, le déclarent bon.... Ce que je viens de dire du plaisir et des sensations agréables peut être dit de la douleur. Un seul organe est directement lésé : cependant l'organisme entier lutte avec un effort suprême, effort tantôt concentré et muet, tantôt expansif et manifesté par des cris. »
Ici encore, on le voit, le mouvement est l'accessoire, l'épisode
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visible, de l'acte de sensibilité' (lu'on ne voit pas. 11 n'exprime pas cet acte en lui-même, il manileste la sympathie générale de toutes les parties du corps [)Our la douleur ou le plaisir de l'homme intérieur. L'auteur cite comme exemple le petit chat buvant du lait, et il décrit dans son style exquis les mouvements sympathiques de cet animal :
(( Voyez-le s'avancer lentement et llairer avec attention ; ses oreilles se dressent, ses yeux, largement ouverts, expriment le désir; sa langue impatiente, léchant les lèvres, caresse et déguste d'avance l'objet désiré. Il marche avec précaution, le cou tendu. Mais il s'est emparé du liquide embaumé : ses lèvres le touchent, il le savoure; l'objet n'est plus désiré, il est possédé; le sentiment que cet objet éveille s'empare de l'organisme entier ; le petit chat ferme alors les yeux, se considérant lui-même tout pénétré de plaisir.
»I1 se ramasse sur lui-même, il fait le gros dos, il frémit voluptueusement, il semble envelopper de ses membres son corps, source de jouissances adorées, comme pour le mieux posséder ; sa tête se retire doucement entre ses deux épaules, on sent qu'il cherche à oubher le monde, désormais indifférent pour lui : il s'est fait saveur, il s'est fait odeur, et il se renferme en lui-même avec une componction toute particulière. »
Si précieuse que soit cette description par la grâce et par la justesse des détails, elle a encore une valeur plus haute, c'est qu'elle donne, à propos d'un animal pris isolément, une énumération presque complète de tous les signes divers que le contentement inspire aux animaux en général et à l'homme aussi. On doit bien penser que ce n'est pas sans raison que Gratiolet avait choisi cet exemple, qui nous semble suffire à lui seul pour rappeler aussitôt tous les mouvements expressifs dont le caractère est de faire chorus, si on veut bien me permettre ces mots, avec le cri de joie de la sensibilité.
Passant ensuite aux mouvements sympathiques, à la douleur, Gratiolet montre l'animal préoccupé d'abord, fermant les yeux, regardant autour de lui d'un air hagard, puis se retirant dans un lieu écarté, cherchant l'ombre et le silence. Chez l'homme, les symptômes s'accentuent : les mains se crispent, la bouche se rétracte, les yeux se ferment avec effort ou s'ouvrent démesurément ; enlin
riiomme, ainsi que nous l'avons observé ailleurs, semble vouloir s'arracher de lui-même : son corps est devenu pour lui une tunique de Déjanire qui le torture et semble le dévorer de toutes parts.
Ce qui précède nous semble suffire pour que chacun, en s'observant soi-même ou en regardant autour de lui, puisse constater quel rôle considérable jouent les mouvements sympathiques dans celte sensibilité, qui est pour nous plus de la moitié de la vie : il nous semble inutile d'ajouter de nouveaux exemples, puisque nous avons sous les yeux un tableau complet.
Mouvements symboliques. — Les mouvements symboliques se rapportent à l'imagination ; ils traduisent en acte matériel ce qui n'est qu'une idée. Les jouissances des sens, de l'art; le plaisir, la volupté, la rêverie, l'attention, la préoccupation, le travail intellectuel, ne peuvent avoir heu sans qu'en même temps des mouvements visibles n'en viennent accompagner l'action : mouvements si manifestes, si généralement connus de tout le monde, que le mot seul de jouissance, de rêverie, d'attention, par exemple, suffit pour représenter à notre esprit l'air et l'attitude de l'homme qui jouit, rêve ou écoute. De même pour les troubles sensilifs, les idées pénibles, les passions violentes, la douleur, la crainte, l'inquiétude : chacun de ces sentiments se symbolise par des actes extérieurs qui tous, de même que les actions expressives générales dont nous avons traité dans une autre partie de ce travail, sont svmbohques.
Mais il importe ici de bien faire remarquer la différence entre ces actions expressives générales et les mouvements symboliques de Gratiolet : cette différence est que ceux-ci sont inconscients et automatiques, tandis que nos actions expressives générales sont des actes réfléchis et volontaires, véritables métaphores combinées par l'intelligence pour rendre visibles des idées et des raisonnements : c'est une annexe du langage, c'est la mimique naturelle.
Il semble que la volonté inconsciente soit plus particulièrement le caractère des mouvements symboliques. L'expérience du pendule oscillateur est bien connue. Appuyez, disait-ou, votre front sur le bout d'mx' chaîne et laissez pendre la montre : si vous la tenez suspendue au-dessus d'une pièce d'or, ce pendule tournera dans v\n sens ; au-dessus d'une pièce d'argent, il tournera dans un sens contraire ; au-
dessus de la lame d'un couteau, il se balancera droit dans le sens du liauchant. Tout le monde faisait l'expérience, et elle réussissait toujours. M. Chevreul eut l'idée de faire bander les yeux à l'opérateur, et le pendule oscilla au basard.
De là eist sortie la preuve que, même dans l'abstention la plus sincère de toute volonté, l'iiomme, par la seule influence du désir qu'il a de voir réussir une expérience, tricbe à son insu, ou plutôt veut sans savoir qu'il veut. La même explication rend compte des tables tournantes ou dansantes : il suffit de la plus petite attention pour constater qu'on pèse sur la table sans s'en apercevoir.
Dans certains jeux d'adresse comme le billard, on voit souvent le joueur allonger son bras, pencher son corps en avant, comme pour pousser ou diriger la bille qui ne suit pas une bonne direction ou manque d'une impulsion suffisante.
De tous les mouvements épisodiques, ceux de ce genre sont les plus fréquents peut-être : de même que les mouvements accompagnant l'exercice des sens et que nous avons étudiés plus haut sous le nom de prosboliques, ceux-ci sont des efforts symbohques pour faire réussir un acte même quand il n'est plus temps.
J'en puis citer un très grand nombre auxquels chacun de nous se livre plusieurs fois par jour dans les actes de la vie courante. Lever le petit doigt lorsqu'on achève de vider son verre, allonger les lèvres quand on enfile une aiguille, faire pointer la langue au dehors en la pressant entre les lèvres pour réussir une tâche épineuse, se gratter la tête lorsqu'on est embarrassé, porter un ou deux doigts au front pour rappeler un souvenir, sont des, actions communes à tous les hommes, dans tous les temps et dans tous les pays.
Qu'on observe ses propres actions et celles des personnes vivant autour de soi, et on verra que, dans les actes habituels de la vie, dans ceux qui touchent à sa profession ou à ses occupation^, il n'est pas un de nous qui n'ait des façons personnelles de faire, des manies, comme on dit. Or, si on se rend compte de ces faits, on verra que presque tous consistent dans certains gestes ou mouvements inutiles ou surabondants dont nous accompagnons l'acte principal. Dans les repas on a l'occasion d'observer ces sortes de particularités; cela est très sensible dans le travaU des métiers; les
musiciens le font voir très fréquemment, les orateurs aussi.
A ces mouvements mécaniques il ne faut pas oublier d'ajouter les actions respiratoires ou vocales dont Tliomme accompagne souvent ses efforts physiques. Le lian de saint Joseph, ce hurlement bref que le charpentier ou le bûcheron pousse à chaque coup de hache ou de cognée, le grognement du cordonnier tirant le fil, le coup de gorge du gindre pétrissant le pain, en sont les exemples les plus usuels.
L'effort intellectuel est souvent accompagné d'une suspension de l'expiration. A entendre un récit palpitant, à écouter un orateur, un acteur, lorsqu'il énonce des idées ou des sentiments d'un ordre élevé, l'auditeur retient son haleine pour ne la laisser échapper qu'à la fin du passage qui l'intéresse. L'homme qui travaille de tête, s'il vient à être arrêté par quelque difficulté, cesse également de respirer jusqu'à ce qu'il l'ait franchie. Un sentiment subit et violent coupe, comme on dit, la respiration; la joie, la crainte, la douleur, produisent également cet effet.
Chez les personnes de la classe aisée, ces expressions de l'effort sont plus contenues el se réduisent à un développement plus grand de la respiration, qui se fait alors entendre sur un rythme très marqué.
Je me souviens qu'un jour un notaire très gras, très empâté d'encolure, vint au parquet pour retirer des pièces: on lui en demanda reçu et il se mit à un bureau pour l'écrire.
C'était au cœur de l'été, au milieu du jour, dans une pièce mal garantie du rayonnement solaire ; ce digne homme était rouge comme une pivoine, ruisselant de sueur, un peu ému peut-être. Au milieu d'un silence absolu, il se mit à écrire. La plume d'oie qu'on lui avait donnée grinçait à bruit sec sur le papier, s'accrochant de temps à autre pour cracher, et l'écrivain, enfié par la chaleur ambiante et par la tension de toutes ses facultés, soufflait et reniflait à temps égaux, tandis que de grosses gouttes de sueur, tombant une à une sur le papier, le faisaient claquer en s'y aplatissant. Je ne me souviens pas d'avoir rien entendu d'aussi surprenant : considéré au point de vue des actions expressives qui nous occupent, ce trio de plume d'oie, de reniflement et de sueur sonore, mériterait le nom de mouvement symphonique d'expression.
Les actions vocales ne s'arrêtent pas là : le ô hisse ! ô hiô ! des
matelots tirani sur une manœuvre, et les cris du même genre que les ouvriers poussent en cadence dans les efforts d'ensemble, sont aussi des mouvements symboliques vocaux. Les chants sacramentels usités pour tel genre de travail, et d'autant plus fidèlement uiainl(Mius que les travaux sont plus primitifs ou les hommes plus près de l'^'lat de nature, ces chants sont, au même titre que le han de saint Joseph ou que le ô hisse ! ô hiô ! des matelots, un acte instinctif inspiré par la nature à l'homme pour l'encourager au travail et peut-être même pour l'y aider.
Il n'y a pas à douter que le cri, ou tout au moins un bruit quelconque, n'excite puissamment tous les animaux au travail ou à la marche : la parole, bien plus souvent que les coups, conduit les chevaux ou les bœufs. Ces derniers animaux sont très sensibles à la voix de l'homme, et quand le bouvier chante à ses bœufs, ce n'est pas qu'il cherche à leur faire plaisir, mais il sait que le son de cette musique les fera mieux travailler.
Maintenant, que l'homme ait le même instinct, il est à peine besoin de le dire : les tambours, les fifres, les trompettes, les fanfares de chasse, les musiques militaires, les orchestres de danse, les orgues de nos cathédrales, sont-ils autre chose que des moyens d'exciter par le bruit l'activité physique et morale de l'homme, et même celle de ses chiens et de ses chevaux ?
Donc, entre ces grands fracas et le plus petit soupir delà satisfaction discrète, il n'y a qu'une différence de développement ou d'intensité, mais le principe, la source, de l'expression, sont les mêmes.
Mouvements métapsijchiques. — « L'esprit, dit Gratiolet, a ses voluptés qui naissent de la vérité, et ses douleurs que l'erreur engendre. Une proposition philosophique qui agrée est acceptée, une proposition fausse est rejetée par les yeux qui se ferment ou se détournent ; par le ne/ et les lèvres, qui semblent rejeter des odeurs ou des saveurs mauvaises ; par les épaules, qui s'agitent comme pour secouer un joug importun; par les bras, qui repoussent ; par le corps tout entier, qui se rejette en arrière, se détourne ou s'éloigne comme on s'éloignerait d'un spectacle indigne d'être vu. On écoute de plus près un homme dont la conversation vous intéressse, on se rapi)roche de lui, et s'il fait simplement uue lecture , on en vieid à placer sa lête à côté de la sienne pour lire en même temps que lui. »
A la suite de celte observation, Gratioleten citait un grand nombre ; il suffira ici d'indiquer la pantomime du poète qui compose, et dont le visage et les mouvements se transforment sous des aspects divers selon que Finspiration l'entraîne ou lui manque.
Des mouvements presque pareils se produisent lorsque au lieu de nous écouter penser, nous écoutons parler quelqu'un : nous acquiesçons si la compréhension nous est facile, nous protestons si elle ne l'est pas, et cela parles mêmes signes.
Mouvements mixtes. — Par a mouvements mixtes », Gratiolet désignait ceux qui ont lieu dans tous les cas oia l'âme est partagée entre des sentiments contraires. Ce sont pour lui des expressions fausses: il les oppose aux expressions franches, qui se produisent soit sous l'action d'un sentiment simple, soit de l'accord de plusieurs sentiments analogues entre eux.
(( Ces expressions fausses sont fréquentes, dit-il, et presque toutes ont une signification mauvaise. »
Il énumère dans ses exemples : l'incertitude ; le désir en lutte avec la raison ; l'orgueil ; l'envie ; la fatuité ; l'ironie ; la moquerie ; l'hypocrisie.
u L'indécis ne peut rester en place, se gratte les or eiHes, se ronge les ongles, piétine sur lui-même ; l'orgueilleux sourit d'un sourire déplaisant, se redresse, s'étale, fait la roue; l'envieux est tout contracté, tout crispé, il a le regard oblique et menaçant, la bouche serrée et frémissante ; l'hypocrite se présente de biais, regarde en dessous, ses mouvements cauteleux sont ceux d'un renard tournant autour de sa proie. »
Tout cela est parfaitement juste et le paraîtrait encore davantage si nous pouvions reproduire dans tous leurs développements ces tableaux de maître. Nous en faisons voir assez pour montrer combien la contradiction est caractéristique de ces sortes de mouvements, et combien Gratiolet était fondé à en faire une classe à part.
Toutefois nous croyons devoir faire une réserve sur ce qu'on pourrait appeler la moralilé de ces mouvements.
Il nous semble que les bons sentiments et les situations favorables peuvent, aussi bien que les sentiments odieux visés par Gratiolet, donner lieu à des mouvements mixtes analogues à ceux qu'il
It»i LA PHYSIONOMIE COMPAREE
(léciil : il y a (Itis désirs pardouiiables, iiii oigueil jusle,une envie sai]s lieL une faluilé amusante, une ironie j^racieuse, une moquerie aimable ; il n'est pas |iisqu'à l'hypocrisie elle-même qui, dans la politesse indispensable du monde, ne nous oblige chaque jour à des mensonges ou à des comédies. Tout cela se Iraduitpardes mouvements mixtes et contradictoires au même titre que ceux qui sont inspirés par de mauvais sentimenis ; l'aspect en est plus agréable, leur expression provoque la sympathie au lieu d'exciter la répulsion, mais pour Ncnir d'une souice plus pure, leurs effets n'en sont pas moins complexes. Nous ne pouvons douter que s'il lui avait été donné de reprendre et d'achever ses tiavaux sur la physionomie, Gratiolet aurait fait de lui-môme la rectitication que nous proposons.