OBJETS ET ENSEMBLES DE LA NATURE
Donc, pour pouvoir l'étudier et analyser les signes expressifs dans les êtres inanimés, il faut se souvenir que, malgré l'immensité et l'unité de la nature, nous y distinguons des objets, nous les isolons par la pensée, et c'est ainsi, avons-nous remarqué, que la terre, les rochers, les montagnes, les vallées, les fleuves, les lacs, la mer, le ciel, les nuages, et les astres eux-mêmes, paraissent être aussi distincts et presque aussi individuels que les animaux et les végétaux.
A ce seul énoncé on voit, tout de suite que dans ces conditions le nombre des objets de la nature est infini puisqu'il est égal au nombre infini de points de vue sur lesquels nous pouvons fixer nos regards. Aussi, lorsqu'on songe à toutes les idées et à toutes les images que les écrivains, les poètes et les artistes, ont exprimées ou représentées à propos de la nature, et quand on pense que jusqu'à la fin du monde ils ne cesseront pas d'y trouver des sujets nouveaux, on serait presque tenté de renoncer, et de s'en remettre à la poésie et à la peinture du soin de décrire la physionomie des êtres inanimés.
Cependant, malgré tout le prix et toute l'autorité qui s'attachent au nombre immense d'analyses et d'observations que ces deux arts mettent à notre disposition, l'abondance même de ces documents nous empêche de les produire, et nous ne pouvons que les indiquer : c'est une source où l'on pourra toujours vérifier l'exactitude des applications générales que nous allons faire de nos principes en prenant sur la terre, dans les eaux et dans le ciel, les objets ou les ensembles que l'homme considère le plus habituellement dans la nature.
La terre. — Quelque variés que puissent être les paysages sans nombre qui se présentent tour à tour à nos yeux, la terre, abstraction faite des eaux, des végétaux et des êtres vivants qui l'animent, n'est qu'une suite de plaines, de coteaux, de mon-
tagnes et de rochers. Sous l'infinie diversité do couleur, de consistance, de forme et d'étendue, que lui donne la nature particulière des terrains ou des roches, la surface de la terre ne nous offre rien qui ne rentre dans une de ces quatre catégories, La végétation et la lumière sont d'importants éléments de la physionomie de chaque paysage, mais nous n'avons pas à nous en occuper ici, puisque nous les avons détachées pour les étudier à part ; nous en pouvons dire autant des eaux, dont nous analyserons séparément aussi les signes expressifs. Nous ne nous occuperons donc que des effets propres à la disposition, à la forme, h la couleur et à l'étendue, des plaines, des coteaux, des rochers et des montagnes, considérés en eux-mêmes abstraction faite de la végétation et de la lumière qui en peuvent modifier l'aspect.
Les plaines. — Les plaines nous présentent des lignes horizontales plus ou moins uniformes, des plans qui s'étendent indéfiniment dans tous les sens autour de nous, et dont la perspective ne change ou ne s'arrête que si des coteaux, des montagnes ou la limite de l'horizon, viennent la borner. Il en résulte que, partout oîi ils se portent, nos yeux retrouvent une impression égale et pareille d'étendue, de calme, d'uniformité. Plus la plaine sera simple et monotone, plus cette idée se confirmera. Dans le désert, dans les steppes, dans les prairies d'Amérique, l'immensité de cette étendue, jointe au silence et à la solitude qui y régnent, donnera quelque chose de morne et d'effrayant qui tient sans doute pour une grande part à l'isolement de l'homme, au sentiment qu'il a de sa faiblesse, mais dont la principale cause est dans la disposition du sol. L'esprit, à la suite des yeux, se lasse, se décourage, en se voyant perdu dans cette perspective sans fin, et l'épouvante nous prend à nous sentir toujours au centre de ce cercle éternel qui se reforme autour de nous à chacun des pas que nous faisons pour y échapper. Tel est l'elfet du désert, effet qui s'augmente à mesure que le terrain est plus aride, plus désolé, parce que la vie semble alors abandonner la terre qui nous porte.
Dans un pays hai)ité, si la plaine nous montre des traces de culture, si des champs, des prairies, des arbres, des eaux, viennent en varier l'aspect, le sentiment de l'uniformité n'a plus que de la douceur.
On le voit, dans l'nn et dans l'autre cas les propriétés fondamentales de l'expression sont les mêmes, seulement la nature, la couleur, la consistance et les productions du sol, la rendent ici agréable et là sinistre.
Pour prendre des exemples en France, la Beauce, entièrement cultivée en blé avec des villages très éloignés les uns des autres, nous montre l'aspect froid et monotone d'une plaine aussi uniforme qu'on la puisse concevoir.
Qu'on passe en Sologne, la plaine est non moins unie, non moins monotone, mais des rangées de peupliers la partagent en enceintes immenses qui se succèdent régulièrement ; des buissons, des chênes rabougris, des sapins, s'élèvent par-ci par-là et ne font qu'ajouter par leur mine chétive à la misère du paysage : de cela résulte un air de faiblesse et de mélancolie qui règne sur tout ce pays et y donne un aspect si intéressant pour l'artiste.
Sur la plaine de la Crau en Provence, c'est le désert. Pas une plante, pas un grain de terre, rien que des pierres, toujours des pierres : c'est l'image de la désolation et de la mort, parce qu'à la monotonie de la disposition se joint la monotonie de la consistance et de la couleur.
L'impression est tout autre sur les plateaux immenses de la Lozère, dans l'Aubrac. Là on peut cheminer pendant des journées entières à travers des prairies sans autres bornes que l'horizon. Au mois de juin on y marche jusqu'aux genoux dans les fleurs. Sur ces lieux élevés, dans cet air pur oh l'éclat du soleil est éblouissant, on éprouve une ivresse da liberté, un épanouissement de force, parce qu'on y baigne dans la vie et dans l'espace.
Des signes analogues caractérisent les contrées célèbres par la majesté tranquille ou mélancolique de leurs paysages. C'est l'Egypte, étendue au bord du désert et comme endormie dans ses longues assises de terrains plats, avec ses monuments aux formes basses et massives, ses statues raides, ses sphinx couchés horizontalement et qui regardent passer les siècles sans les compter et sans les sentir. C'est la campagne de Rome avec ses plans indécis, ses solitudes mornes, ses ruines pareilles à
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des spectres, et les perspectives fantastiques des âges évanouis.
Len. coteaux. — Que les lignes changent, que les contours des masses de la terre airivent à se coui'ber et à onduler doucement, que la variété des plans et des pentes vienne introduire dans le paysage des ternies d'opposition ou un ensemble d analogie, la nature ne parle-t-elle pas un autre langage? Ces plis de terrains étages, ces chemins qui descendent ou qui s'élèvent en serpentant, ces coteaux qui s'abandonnent, forment tour à tour des tableaux animés, gracieux, mélancoliques, suivant que la tendance de l'ensemble est vers l'harmonie ou vers le contraste.
Dans ces dispositions inclinées ou courbées des terrains et des masses, nous voyons se manifester les propriétés particulières de la ligne courbe, de la droite plus ou moins interrompue combinée de mille façons avec les diverses espèces de courbe. La ligne courbe porte un effet de variété, de transition, qui conduit le regard par des évolutions souples, et la ligne droite, y mêlant de temps à autre sa précision et sa simplicité, marque et divise les parties de cet ensemble harmonieux. L'aspect des coteaux est agréable par cette combinaison d'effets ; il l'est d'ailleurs par une autre raison, c'est que les coteaux, bornant la vue, circonscrivent le paysage et y donnent cette unité et cette netteté qui, comme nous l'avons remarqué plus d'une fois, caractérisent et distinguent clairement l'objet.
Les montagnes et les vallées. — La hauteur des terrains, la raideur des pentes, le relief des saillies, viennent-ils à dominer dans le paysage ; voit-on le dos de la terre se soulever comme pour escalader le ciel, des précipices s'ouvrir, des masses énormes se pencher en surplombant au bord des abîmes, l'expression devient de plus en plus puissante, et des idées de grandeur, d'élévation, de profondeur, nous saisissent à l'aspect de ces grandes scènes. Tel est le principe général de la physionomie des montagnes. Là tout est rassemblé, accumulé, pour nous présenter la force et la matière dans des proportions colossales. La forme des montagnes, qui est presque toujours pyramidale, est faite pour augmenter encore l'apparence de leur grandeiu-, et
par une illusion d'optique qui résulte de cette grandeur même, elles nous paraissent beaucoup plus aiguës qu'elles ne le sont en réalité. Dans les chaînes telles que les Alpes ou les Pyrénées, l'entassement des étages successifs, les échappées sombres ou les perspectives à perte de vue qui s'ouvrent à travers leurs masses, sont pour notre imagination comme un labyrinthe où tout est menaçant, inextricable, hors de proportion avec nos forces ou notre intelligence.
Voilà, quoi qu'on en puisse dire, l'expression vraie des montagnes ; leur aspect terrible nous décourage, nous écrase, et si certains panoramas qu'on y découvre peuvent nous frapper d'admiration, ce n'est pas la montagne, c'est ce qu'on voit de la montagne, qui est admirable. Mais quiconque aura été dans le cas d'habiter au pied des montagnes pourra dire avec nous que rien n'est morne, désespérant, comme la vue de ces énormes tas de matière brute qui cachent le ciel, masquent le soleil et n'inspirent que l'épouvante ou l'ennui.
C'est qu'en effet, malgré l'apparence d'ordre et de groupement qu'elles nous présentent de loin, les montagnes, lorsque nous pénétrons dans leur massif, ne nous offrent plus que ce qu'elles sont en réalité, des bouleversements de la terre sillonnés d'un dédale de vallées, de précipices et de torrents, œuvre de dévastation oii nous ne voyons que des ruines, oii il n'est pas un objet qui ait une figure déterminée, oii le plus grand bloc de rocher n'a pas plus d'intérêt que le plus insignifiant des grains de sable, l'énormité de la montagne les réduisant l'un et l'autre au même néant. La tristesse et l'horreur, quand ce n'est pas l'épouvante, sont écrites en traits menaçants dans le désordre et la confusion de ces lignes, dans l'incohérence de ces masses informes et sans nom. Nous voyons là l'exact contrepied de cet ordre, de cette convenance des parties, qui font pour nous la beauté ; le contrepied aussi de la netteté, du naturel^ qui dans les êtres vivants ou dans les objets agréables de la nature, nous montrent une chose telle qu'elle est et telle qu'elle doit être.
C'est ce qui explique comment les peintres prennent si rarement des montagnes pour sujet de leurs tableaux ; c'est pour cela que la Suisse, en dépit des extases des touristes, n'a jamais inspiré qu'un ou deux artistes, et pour leur faire recommencer toujours
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le mémo tableau, car les paysages de montagne sont toujours les mêmes. Sans doute, en prenant un coin bien choisi dans une vallée, on y pourrait placer une scène intéressante, mais à condition de n'y faire figurer les montagnes que dans le lointain, car dès que la montagne arrive sur la scène avec ses proportions et son effet réel, elle écrase tout et il n'y a plus de tableau.
Qu'on veuille bien prendre garde d'ailleurs que nous ne considérons ici les montagnes qu'en elles-mêmes, et que nous laissons de côté tout ce qui, dans leur aspect^, peut tenir à la végétation dont elles sont parfois couvertes. Les gazons, les masses de verdure, avec l'animation que des torrents et des cascades viennent donner à la scène, composent en effet souvent, au milieu des montagnes, des paysages fort beaux, mais alors ce n'est plus la montagne en elle-même, c'est son contraste avec les eaux et la végétation, qui donne à ces paysages leur intérêt et leur beauté. C'est ainsi que les diverses chaînes de montagnes présentent des aspects si différents quoiqu'au fond elles puissent toutes se rapporter à deux origines : les soulèvements et les volcans.
Les Pyrénées et les montagnes de l'Auvergne sont d'origine volcanique. Formées par les déjections de volcans qui se sont ouverts au hasard des éruptions, rejetant autour de leur cratère des matières toujours les mêmes qui forment un cône dont la forme ou Tinclinaison ne peuvent varier, ces chaînes de montagnes n'ont aucune direction générale, aucune disposition propre, puisque le hasard seul en a formé les sailhes. Les massifs en sont confus, les vallées, sans direction.
Dans les Alpes, au contraire, comme dans toutes les montagnes de soulèvement, les chaînes se dessinent et se succèdent dans un ordre et dans une direction en rapport avec la disposition et la nature des couches soulevées. Cette disposition et les divers degrés de consistance des roches, en opposant plus ou moins de résistance à la poussée souterraine, ont produit des différences de hauteur dans le soulèvement, et lorsque des ruptures ont eu lieu, elles ont été plus ou moins larges, plus ou moins profondes, à proportion de l'épaisseur, de la longueur ou de la dureté des couches. H résulte de tout cela qu'il intervient dans la formation des montagnes de soulèvement un certain nombre de causes mécaniques ou
statiques qui donnent une sorte de régularité aux saillies et aux dépressions. Voilà pourquoi ces montagnes ont une disposition suivie, des étagements marqués, des vallées larges et proportionnées aux élévations qui les dominent. Leurs chaînes s'élèvent progressivement et presque toujours sont couronnées par quelque point culminant comme le Mont Blanc, oii se marque le centre du soulèvement qui les a fait surgir. Voilà pourquoi les Alpes sont plus belles que les Pyrénées, autant du moins que des montagnes peuvent être belles.
Les rochers. — Quoique les rochers ne soient que des masses plus ou moins considérables de matière brute, la diversité de leurs formes, de leurs couleurs, de leur consistance et de leur disposition, y donne tant d'aspects divers, y produit tant de combinaisons d'effets, qu'on peut les considérer comme ce qu'il y a de plus expressif dans les êtres inanimés. La raison en est qu'ils se présentent souvent en groupes ou en masses détachées qui, par suite de la contexture particulière de la roche, prennent une physionomie spécifique et une espèce d'individualité. Les rochers de même nature, en effet, se massent en quantités à peu près égales et prennent des figures qui se ressemblent nécessairement par des traits dominants.
Le granit. — Par exemple le granit, qui est gris, rose ou brun, qui forme une masse d'une seule pièce, et qui se ronge et fond pour ainsi dire dans l'air comme du sucre dans l'eau, présente des formes bizarres, déchiquetées ; il a des aspects fantastiques, tels qu'on les peut voir à la Pointe-du-Raz en Bretagne, sur la côte ouest de l'île de Jersey, et dans le Tyrol autrichien.
Le calcaire. — Le calcaire, dont la couleur est blanche ou grise, qui s'étage par bancs parallèles plus ou moins horizontaux, ne peut jamais produire ces découpures aiguës et bizarres qu'on voit au granit. Mais les soulèvements et les abaissements, désarticulant les couches, y ont produit des cassures, des éclats, dont la section presque toujours perpendiculaire forme toute sorte d'accidents, depuis les fentes qui divisent une couche jusqu'aux failles énormes qui forment des précipices taillés à pic. Loisque la masse calcaire est isolée et de petite dimension, les directions perpendiculaire des cassures et horizontale des couches produi-
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sent une rogiilarit(^ de détail qui fait ressembler certains rochers calcaires à des constructions faites de main d'homme, et c'est ainsi que quelques-uns ont l'air de vieux châteaux écroulés.
Les se/listes, — Avec des couleurs généralement plus sombres et une consistance feuilletée, les schistes, qui d'ailleurs sont souvent entremêlés de terre et couverts de végétation, ont un caractère l)oaucoup moins abrupt, et sont d'une expression moins imposante parce que leur masse est plus détaillée, et aussi parce que, présentant toujours une tranche plus ou moins inchnée, ils n'offrent pas aux yeux ces fronts uniformes et compacts qui donnent un caractère si imposant aux roches calcaires ou granitiques. Le schiste est par excellence le rocher pittoresque, parce qu'il donne par la disposition de ses couches un écoulement aux eaux et, par suite, de Thumidilé au terrain ; une abondante végétation de mousses et de plantes pariétaires s'accroche à ses anfractuosités, et toute sorte d'arbres et de plantes ombragent la terre qui l'avoisine.
Les grès. — Il est une autre espèce de rochers qui, bien que dépourvus de tout caractère de forme ou de disposition, peuvent encore produire un effet d'étonnement par leur grandeur et par le désordre oii nous les voyons : ce sont les grès de Fontainebleau. Ces rochers, isolés ou entassés sans aucun ordre, semblent avoir été abandonnés là par le hasard de quelque cataclysme ; leur énormité fait rêver à la puissance aveugle de la nature, mais rien dans leur confusion ne permet d'y rattacher le moindre sentiment humain. Cependant les mousses dont ils sont presque toujours couverts y donnent des colorations éclatantes qui par leur opposition avec la verdure des arbres produisent des effets très pittoresques.
Les fjords de Norvège. — Pour avoir une idée de la puissance d'expression à laquelle peuvent s'élever les rochers, et les rochers seuls, il faut, comme nous l'avons fait, avoir navigué à travers les fjords de la Norvège.
La côte de Norvège est une sorte de muraille de granit où la mer pénèlr«^ par mille canaux, tranchant parfois si net son passage, que les parties supérieures se sont éboulées et conliuucul
encore de s'ébouler. Le Hardanger fjord et le Sogne fjord offrent les spectacles les plus terribles que la nature du nord puisse montrer. Lorsqu'on voyage pendant des journées entières à travers le labyrinthe de ces gouffres, on a devant les yeux une scène que l'imagination seule peut reproduire ; l'imagination seule, car la disposition des lignes de ce paysage extraordinaire écliappe, par ses proportions inusitées, aux données de ce qu'un artiste doit nécessairement renfermer dans un tableau. Là point de premier plan, point de repoussoirs, point d'échappées se rétrécissant à l'horizon et laissant apercevoir ces lointains dont la finesse fait si bien ressortir le contraste du premier plan et Fharmonie de l'ensemble. Sauf quelques parties un peu détaillées par les anfractuosités d'une baie ou par l'ouverture d'une branche du fjord, murailles de rochers perpendiculaires^ cônes de roche nue, mais tout cela d'une seule pièce, d'une seule teinte, colossal, écrasant, voilà ce qu'un panorama ou un diorama pourrait imiter avec ses dimensions apparentes, mais qu'un tableau ne pourrait rendre en aucune façon. Devant ces masses qui l'épouvantent, l'homme, soit qu'il entende sa voix se perdre dans l'inviolable silence des hautes chnes, soit qu'il ploie et se couche sous les tourbillons de la tempête, subit malgré lui la puissance de cette formidable poésie du nord. L'eau noire des fjords s'ag-ite de bouillonnements mystérieux, les montagnes tremblent, se soulèvent comme pour respirer ; les nuages se condensent en fantômes de héros et de walkiries, et il voit, dans une bataille entre les dieux du ciel et les rochers du Sogne fjord, Thor et Odin frapper de leur lance et de leur marteau la chair de granit de leurs adversaires et, par des blessures larges comme des cavernes, des torrents de pierres, couler du flanc de la montagne.
Par toutes les observations qui précèdent, on peut voir combien les rochers sont supérieurs en expression aux autres parties de la surface terrestre. La grandeur et la disposition des masses, leur couleur et leur consistance, les propriétés des lignes droites, courbes ou brisées, donnent ici leurs effets propres comme dans tous les autres objets de la nature, mais ce qu'il y a en plus, c'est que les rochers se détachent presque toujours en masses de
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gTaiidem's compciral)les entre elles ; que leur équilibre est jusqu'à uu certain point en rapport avec leur forme ; et surtout, que la nature de chaque roche inthie sur la figure du rocher et donne à chaque espèce un caractère particulier: nous pouvons ainsi les considérer à part beaucoup plus facilement qu'un terrain ou qu'une montagne. VA comme on y voit plus ou moins marquée l'action de la pesanteur, on peut dire que l'effet des rochers n'est pas sans quelque rapport avec celui de l'architecture : c'est peut-être ce qui explique pourquoi ils ont à nos yeux une physionomie si expressive.
Dans son Cours de peinture par principes, l'excellent de Piles a très justement apprécié l'effet expressif des rochers, avec l'originalité naïve qui donne tant de prix aux observations de ce grand artiste : « Les roches, dit-il, sont d'elles-mêmes mélancoliques et propres aux solitudes : elles inspirent un air frais quand elles sont accompagnées d'arbrisseaux ; mais elles sont d'un agrément infini lorsque, par le moyen des eaux qui en sortent, ou qui les lavent, elles acquièrent une âme qui les fait en quelque sorte devenir sociables. »
Les eaux. — La mer couvre les trois quarts du globe ; une notable partie des terres est occupée par les cours d'eau, les lacs et les marais. Il n'est pas une molécule de la matière terrestre qui ne contienne de l'eau en plus ou moins forte proportion; l'air en est toujours imbibé; quant aux êtres organisés, les quatre-vingts centièmes de leur substance ne sont que de l'eau. Cet élément est donc, on peut le dire, le plus essentiel de la nature^, aussi joue-t-il un rôle considérable dans la physionomie du globe et des êtres qui le remplissent.
Dans les êtres organisés, l'eau donne aux formes de la vie leur souplesse, leur fraîcheur; dans le reste de la nature, elle pénètre et amollit tous les corps, circule à travers leur masse, et en ressort à l'état liquide pour former les cours d'eau, les lacs et la mer, ou à l'état vaporeux pour former les nuages. On peut donc dire qu'elle est le sang de la terre.
Si l'expression se mesurait à la quantité des choses expressives, l'eau serait l'élément dominant de la physionomie de la nature : mais lorsqu'on en considère l'aspect, on voit ([u'il se réiluit
à un petit nombre d'efTets toujours les mêmes et dont quelquesuns, comme le bouillonnement des cascades ou la coloration des mers, ne sont que le produit de l'action d'une cause étrangère.
L'eau se présente à l'observation dans trois conditions : courante, elle forme les ruisseaux, les torrents, les cascades, les rivières et les fleuves; stagnante, elle s'étend dans les lacs, dans les étangs, dans les marais; salée, c'est la mer. Nous allons relever les signes expressifs particuliers à chacune de ces sortes d'eaux, mais ici comme à propos des montagnes nous ferons observer que nous nous occupons de l'eau en elle-même et que nous ne tenons pas compte de ce que l'aspect des terrains ou de la végétation qui l'avoisine peut y introduire d'expressif: il n'est ici question que de la physionomie propre de l'eau.
Cette réserve, on le voit tout de suite, réduit singulièrement le rôle de l'eau dans le paysage, et ce rôle est en effet toujours relatif et secondaire. Quelque fraîcheur, quelque lumière, que les eaux répandent parmi l'ensemble d'un beau site, elles n'y forment en définitive qu'une étendue plus ou moins agréable par l'unité de leur surface, qui porte une idée de calme et de simplicité, et par le reflet du ciel, qu'elles nous renvoient tout en restant colorées de ses nuances les plus douces ou les plus éclatantes. Dans ces conditions une rivière, un lac tranquille, nous offre un miroir qui double à nos yeux le tableau de la vie. Et même après le coucher du soleil, lorsque sur l'eau presque noire vient reluire le reflet de la lune ou le scintillement des étoiles, un lac endormi peut encore inspirer au poète des chants immortels.
Mais tous ces signes disparaissent dès que le souffle du vent vient rider la surface des eaux, et nous n'avons plus sous les yeux qu'une masse de matière liquide, matière aveugle, monotone, et dont l'aspect devient sinistre lorsqu'aux ombres d'un ciel noir elle se décolore et que le limon vient encore en trouifler la transparence.
La lumière et l'air sont donc au fond l'élément véritable de l'expression des eaux. La lumière y donne le brillant ou la transparence; l'air agit de deux façons, en l'agitant ou en s'y mêlant pour former l'écume des torrents ou de la mer. Enfin, selon la
penlo (lu lil où elles coiilenl, les eaux courantes reçoivent une impulsion, une agitation, plus ou moins rapide, plus ou moins tumultueuse.
Les ruisseaux. — Les ruisseaux, étant peu larges et peu profonds et ne \enant jamais de bien loin, ont des eaux claires et vives; le cours en est rapide, animé; il semble qu'il ait une certaine légèreté. Le ruisseau a du naturel, parce qu'on voit les cailloux du fond de son lit; ces cailloux sont plus colorés parce que l'eau y donne un vernis qui en avive les nuances. Comme tout objet de proportions modérées et qui se présente dans des conditions de vision facile, le ruisseau est agréable, gai à voir, et voilà pourquoi il ligure si souvent dans la poésie lorsqu'on veut éveiller des idées riantes et champêtres.
Les torrents. — Qu'une grande pluie vienne à tomber, le ruisseau grossit, se trouble, bat ses rives, en arrache les herbes et les buissons; il bondit, rejaillit, fait rouler des pierres au travers de ses eaux écumantes ; il ne murmure plus, il rugit : voilà un torrent. A la vivacité, à la grâce légère, de ces eaux tout à l'heure si souriantes, succèdent la violence et le désordre d'un agent de destruction qui redouble de fureur à mesure qu'il se précipite : l'expression se déduit littéralement de tous ces signes, et l'idée de la violence, du désordre et de la destruction, se forme à la vue de cette scène. L'effet des cascades est du même genre, seulement, comme les cascades sont en général une transition permanente entre deux étages du lit d'un cours d'eau tranquille ou tout au plus rapide, nous y laissons de côté l'efTet de violence pour considérer surtout le mouvement des eaux et les beaux effets de lumière que le mélange de l'air y produit eu formant l'écume. Les rivières. — L'effet devient calme et imposant lorsque l'eau forme une rivière ou un fleuve tranquille. C'est alors l'étendue, la lumière réfléchie, qui donnent le caractère, caractère qui s'amplifie à proportion que le fleuve s'élargit, et dont la progression peut s'observer à mesure que, en descendant le cours, on arrive à ces vastes estuaires où les rives s'éloignent de plus en plus jusqu'à se perdre enfin à l'horizon.
Les lacs. — Les lacs, lorsqu'ils atteignent une gi'ande étendue, ressemblent beaucoup à des rivières et n'en dilfèrent d'expression
qu'à cause des paysages qui les entourent. Nous n'avons pas à tenir compte de ces éléments accessoires puisque, nous le répétons, il ne s'agit ici que des eaux.
Les marais. — Quant aux marais, le mélange de l'eau avec la terre a par lui-même quelque chose d'indécis, de désordonné, qui porte un sentiment de trouble. Ils nous présentent des objets d'aspect contradictoire et mal limités entre eux ; nous ne voyons pas bien où la terre finit, oii l'eau commence, ou plutôt ce n'est ni de la terre ni de l'eau. La vision n'est pas facile, puisqu'elle ne peut pas nous montrer quelque chose de bien dessiné, d'aisé à comprendre; le naturel manque aussi, puisque deux éléments sont confondus dans des proportions impossibles à évaluer. Voilà comment, indépendamment des autres caractères que la végétation et la couleur des eaux y viennent imprimer, un marais, par cela seul qu'il est un mélange de deux objets généralement distincts, est triste et peu agréable à voir.
La mer. — La lumière, le mouvement et le bruit, sont les véritables éléments d'expression de la mer : sans ces trois causes qui la modifient, elle ne nous offrirait d'autre aspect que celui d'une étendue morne, image parfaite du néant. C'est ainsi qu'elle paraît aux yeux des hommes qui ont pu voir par une longue et dure expérience ce que devient la poésie de la mer quand on navigue depuis de longs mois sans autre perspective que le ciel et l'eau. C'est ainsi encore qu'on peut la voir du bord de ces plages normandes si plates, si glaciales, lorsque, par un temps de calme, l'eau de la 3Ianche s'étend à perte de vue, grise et lugubre comme un désert. Tous les rêves que les citadins croient faire devant ce prétendu infini ne sont autre chose que des bribes plus ou moins incohérentes des amplifications littéraires que les poètes et les marins en chambre débitent sur l'océan, et après un certain temps de séjour au bord de cet al)îme, on voit que toute celte poésie se réduit à de l'eau en très grande quantité.
Si donc la mer prend souvent à nos yeux des aspects souriants, enchanteurs, ce n'est jamais par elle-même, c'est parce qu'une brise légère anime sa surface, la moire de reflets l)ril]ants, ou que l'azur d'un ciel sans nuages, les splendeurs du soleil couchant, viennent se refléter dans ses eaux ; c'est enfin, et sur-
tout, et presque toujours, parce que les ])ords de quelque (erre enchantée l'entourent d'une ceinture de vie. Alors, à la condition de n'en piendre que la frange d'écume dont elle semble caresser le rivage, la mer peut paraître gracieuse, douce, et devenir l'image de l'amour et du bonheur. C'est alors que le plus grand des poètes accorde sa lyre et chante :
L'océan, amoureux de ces rives tranquilles,
Calme, eu baignant leurs pieds, ses orageux transports,
Et pressant dans ses bras ces golfes et ces îles,
De son humide haleine en rafraîchit les bords.
Lamartink, Méditations .
Mais une fois qu'on est loin du rivage, et si surtout on se trouve en pleine mer, toute cette poésie s'évanouit, et la situation d'un homme qui se trouverait seul au milieu de l'océan ne le céderait guère à celle d'un autre homme seul au milieu d'un désert de sable.
Que les flots viennent à s'agiter, à grossir, et qu'enfin la mer devienne furieuse, enragée, comme on peut la voir souvent, la même distinction est à faire si l'on veut réduire les choses à leur véritable valeur. Quand, solidement soutenus parla terre que nous sentons sous nos pieds, nous assistons du rivage aux bouleversements de la mer, sa puissance, sa colère, l'impétuosité des vagues, les hurlements qu'elles poussent en se fracassant les unes contre les autres, et surtout leur furie à se ruer contre les rochers et les falaises oîi elles se brisent, forment une des scènes les plus tragiques de la nature. Mais la même tempête, si on la subit en pleine mer, ne nous montre que la stupide obéissance de ces masses inertes à la force aveugle qui les secoue. Une fois qu'on est remis du trouble ou de la crainte que le péril inspire d'abord, ces montagnes d'eau toujours les mêmes, toujours en égale fureur, finissent par devenir odieuses et irritantes à voir ; et quelque désespérant que soit à bord le calme plat, un gros temps prolongé est peul-tMre encore plus désespérant d'ennui.
Nous pouvons donc appliquer à la mer ce que nous avons dit des eaux : elle ne vaut en expression que par les mouvements que l'air lui imprime, que par les colorations tour à tour
sombres ou éclatantes qu'elle reçoit des reflels du ciel. Sous je dernier rapport, combinés avec la couleur propre de la mer, qui est d'un vert glauque lorsqu'elle est pure, ces reflets nous font assister à des féeries de lumière d'une splendeur admirable. C'est sur les côtes ouest de la Norvège, entre Bergen et Trondhjem, vers le mois de septembre, qu'on peut voir les plus beaux couchers de soleil. Sans doute le principal effet [en est dû aux colorations du ciel et aux formes des nuages, qui sont extraordinaires, mais la réflexion de la mer, animée encore par l'opposition des îles granitiques s'y détachant en silhouettes noires, y contribue pour une grande part.
En résumé, et pour la réduire à ce qu'elle est en elle-même, la physionomie de la mer se compose de signes de quantité, détendue, de lumière, de mouvement, de direction, qui ne diffèrent en rien des signes fournis par les autres objets de la nature, et qui produisent les mêmes effets d'expression.
L'étendue, l'uniformité, rhorizonialité de la surface de ses eaux, portent une idée de grandeur, de calme, de simplicité, pourvu que, par une trop longue contemplation, notre âme n'arrive pas à s'épuiser, h se perdre, dans cet espace sans bornes, car alors non seulement l'angoisse nous prend, mais un vertige particulier s'empare de nous. C'est ce que bien des personnes éprouvent à marcher trop longtemps, à marée basse, le long des plages ; si on est seul, que le jour vienne à baisser, la mer vous attire.
Au contraire lorsque la mer est agitée, la régularité intermittente des vagues, la formation et la déformation continuelle de ces figures pyramidales ou demi-cylindriques, le contraste du blanc de l'écume avec le vert transparent des crêtes et le bleu noir des masses, la rapidité des mouvements, et enfin le fracas, les hurlements, des lames qui se brisent, sont autant de signes qui portent directement à nos yeux l'image du désordre, de la violence, de la mort, si bien qu'il suffirait de lire la description d'une tempête pour trouver, dans chacun des mots dont on se sert pour la décrire, la formule analytique de la physionomie d'une mer en fureur.
Sans doute, si nous faisions ne fût-ce qu'un pas sur ses ri-
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vaîîes, la mer nous i)llVirail un chainp inépuisable dubservalions, mais il l'audiait y combiner des effets que, pour nous borner, nous avons dû étudier à ])arl. Ici, comme pour la terre nue, comme pour les montagnes, comme pour les lacs et les cours d'eau, nous nous en tenons à l'objet seul, à la masse d'eau considérée uniquement en elle-même, et c'est ainsi que, comme la terre, les montagnes, les lacs et les rivières, la mer ne nous présente qu'un espace neutre, une masse de matière liquide, sans autre expression que celle qui peut lui être communiquée par la lumière ou par le mouvement de l'air. Mais, et c'est là ce qui en fait la grande différence d'avec les êtres organisés, ces expressions sont communiquées et ne proviennent pas de propriétés qui lui soient exclusives.
j^c clel^ — Pour achever l'étude de la physionomie dans les êtres inanimés, nous n'avons plus qu'à considérer les effets expressifs du ciel, c'est-à-dire de l'enveloppe atmosphérique qui s'étend au-dessus de la terre et qui se compose de l'air, des vapeurs, des nuages, de la lumière, et enfin de l'espace infini.
Ce n'est pas du ciel qu'on pourrait dire, comme de la terre et des eaux, qu'il n'a pas d'expression en lui-même : tant s'en faut qu'au contraire il est le grand réflecteur par qui tous les êtres reçoivent, avec les rayons du soleil, la chaleur qui les anime et la clarté qui les rend visibles. Rien que sous ce rapport 'donc le ciel est déjà l'élément principal de l'expression ; mais nous avons, en traitant des effets de la lumière, assez appuyé sur le rôle prépondérant de son influence pour n'avoh* pas à y revenir.
Mais le ciel en lui-même, dans les aspects oii nous le voyons se transfigurer sans cesse, nous présente des scènes si variées, si imposantes, qu'elles passent parfois en magnificence tout ce que la terre peut offrir à nos yeux.
Ciel dorage. — Tout a été dit sur les splendeurs de certains couchers de soleil, sur l'aspect terrifiant de ces ciels d'orage où les nuées, roulant par masses énormes, s'entrechoquent à la lueur des éclairs et aux grondements du tonnerre; et pourtant, quelque saisissantes que soient les descriptions de ces tragédies
célestes, ce qu'elles font penser n'est rien à côté de ce qu'on éprouve à voir de ses yeux une tempête. Il n'est personne au monde qui n'ait là-dessus des souvenirs personnels, et il suffit d'y faire aj^pel pour reconnaître que la grandeur, la confusion, l'amoncellement, de ces masses de nuages, leur couleur sombre, leurs reflets sinistres, le mouvement tumultueux qui les bouleverse, Tobscurité qu'elles répandent sur la terre, et enfin la lueur des éclairs et le fracas de la foudre, sont par euxmêmes la propre image de la puissance, du désordre, et que des sentiments de trouble et d'effroi en sont Teffet tout naturel.
Ciels gris. — Les ciels gris, tels que nous les voyons le plus souvent dans les contrées occidentales de l'Europe, ont pour effet dominant la simplicité et la monotonie, qui varient en degré selon que les nuages sont plus ou moins égaux, que la teinte en est plus ou moins uniforme. Si cette teinte s'éclaircit jusqu'à laisser transparaître le bleu du ciel, ou si elle s'approche du blanc, un ciel gris peut avoir des effets de douceur et d'unité qui en rendent l'aspect agréable et qui se reflètent sur tous les objets de la nature en une lumière égale et fine. En sens contraire, à proportion que les nuages deviennent plus épais et plus sombres, l'effet tourne à la tristesse, et tout, sous le jour gris que le ciel envoie, prend un aspect pauvre et morne : tel est le ciel des bords de la Manche, des côtes de la Norvège.
Ciels nuarjpu.r. — Le ciel bleu, parsemé de nuages de formes diverses, est à la fois le plus pittoresque et le plus agréable, parce qu'il nous offre à la fois des changements continuels de forme, de couleur et de disposition, dans les masses nuageuses, et l'animation d'un mouvement continuel.
Nous ne pouvons pas songer à analyser des objets aussi fugitifs, aussi innombrables, que les nuages du ciel, mais dans les observations que chacun peut faire à tout instant du jour, on n'aura pas de peine à reconnaître que les lois qui règlent l'ordre et la proportion des parties dans toute la nature gouvernent aussi la formation, le développement, le groupement, des nuages; (pu3 le tableau du ciel peut tour à tour paraître harmonieux, grau-
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dioso, bizarre, simple, selon que le souille des veuls el le jeu de lu lumière disposent sur le fond bleu du ciel les masses de cette composition naturelle. C'est ainsi, quand le hasard nous présente un ensemble de nuages heureusement disposés pour la perspective, que nous pouvons voir, comme dans tous les objets de la nature, l'ordre et la convenance des parties nous montrer jusque dans le ciel une nouvelle forme de la beauté.
Les diiïérentes heures du jour, les variations atmosphériques, amènent d'ailleurs des variations en nombre infini dans l'aspect du ciel : nous en avons décrit les principales lorsque nous avons traité des elfets particuliers de la lumière et des mouvements atmosphériques : nous y renvoyons le lecteur.
(Jlcl bleu. — Enlin le ciel bleu, que nous ne voyons guère qu'en été dans nos climats, et qui pour certaines contrées de la terre est d'une fixité presque continuelle, est par lui-même transparent, égal, uniforme, invariable, et si, dans nos climats brumeux, nous nous sommes accoutumés à en faire l'emblème de la paix, de la joie, de la confiance, c'est que nous le considérons principalement par opposition aux ciels gris ou nuageux qui nous cachent le soleil la plupart du temps.
Mais on revient vite de cette poésie quand on a vécu pendant quelques mois sous les ciels des pays chauds, ciels implacables, ciels éternels, oi^i du matin au soir on ne voit que du bleu, toujours du bleu, et puis du bleu encore. 11 n'y a rien de plus lugubre que ces jours aveuglants qui se rallument chaque matin pour tlamboyer jusqu'au soir, et le ciel paraît une solitude aussi morne que la mer. Une seule chose est plus désespérante encore que ce spectacle : c'est de se trouver en pleine mer, par calme plat, sous un de ces ciels bleus.
Ici se termine ce que nous avions à exposer sur la physionomie des ùlres inorganiques. Dans ce cluunp d'étude (\\\\ cm-
brasserait au besoin toute la création, nous avons laissé de côté bien des choses, mais on ne peut pas tout dire^ et même iî ne faut pas tout dire. Nous espérons cependant avoir montré par assez d'exemples et de preuves la vérité que nous avons entrepris de mettre en lumière.
Notre travail d'analyse est fini : il nous reste maintenant à tirer nos conclusions, et ce sera le sujet du chapitre qui va suivre.