LES TRAITS FIXES DE LA TÊTE
Si maintenant nous prenons chacun des traits en lui-même, nous voyons que chacun a son rôle, rôle qui devient d'autant plus prépondérant que le trait est plus marqué. Nous nous occuperons d'abord des traits fixes de la tête .
\Le crâne. — Les deux masses de la face et du crâne semblent soumises à une sorte d'équilibre de pondération : on peut dire que ce que la face gagne, le crâne le perd et réciproquement : comme si, sur la quantité de la masse du corps, la nature avait assigné une portion fiie à la tête prise en bloc, sauf à la face et au crâne à s'arranger entre eux pour la répartition.
Cette loi est d'ailleurs générale, et l'excès ou le défaut d'une partie tendent toujours, sauf les cas de difformité décidée, à se compenser par d'autres parties.
;, Sans doute il y a de grosses têtes et de petites têtes, puisqu'il y a de grands et de petits hommes et que les uns et les autres sont plus ou moins bien proportionnés : mais l'écart ne dépasse jamais certaines limites, tandis que si les crânes avaient pu se disproportionner indéfiniment à là face, quelle qu'en eût été l'étendue, il y aurait eu des têtes monstrueuses ou microscopiques,
i Fixité de la masse de la tête. — Remarquons d'ailleurs qu'il y a en général beaucoup moins de différences entre les têtes qu'entre les corps. Je crois voir à cela deux raisons : la première, c'est que le volume de la tête étant beaucoup moindre que celui du corps, les plus petites variations en quantité y produisent proportionnellement des différences plus sensibles ; la seconde, c'est que la tête étant le siège des appareils si nombreux de l'intelligence et des sens, la part de développement nécessaire à chacun de ces organes ne pourrait être réduite ou augmentée indéfiniment sans que tout le corps fût conpromis.
Effets des proportions relatives du crâne et de la face. — En ce qui touche la proportion de la face par rapport à celle du crâne, nous pouvons dire d'une manière générale que le développement du crâne, tant qu'il n'est pas excessif, donne à la tête uu air imposant et intelli-
2(i LA l'HYSIONOMIt; COMPAREE
gxMil, eU[[w [)lus il (liiiiimic, plus, par conséquent, l'élondue relative (le la face augmente, et plus l'expression s'abaisse et devient vulgaire.
Les /Hirfies du crâne. — Nous avons à considérer le crâne sous cinq aspects : une partie antérieure, une partie postérieure, deux parties latérales et une partie supérieure.
T/u'Oric cnuiiuscop'tque du siège des facultés. — C'est une théorie désormais admise aujourd'hui par les anthropologistes, que les parties antérieures de la tête sont le siège de l'intelligence; que les parties latérales et postérieures sont le siège de la sensibilité ; que les parties supérieures sont le siège de la moralité.
Objection. — On peut faire à cette théorie la môme objection, insoluble selon moi, qu'à toutes les autres théories médico-psychologiques : c'est que si on sait ce qu'on dit lorsqu'on désigne telle ou telle partie du corps humain, il est impossible de savoir si l'intelligence, la morahté et la sensibilité, sont réellement des organes particuliers de l'âme comme l'estomac et le cœur sont des organes du corps, et s'ils s'encadrent précisément dans les compartiments que la physiologie leur assigne. Je dis que la question est insoluble, à moins qu'on n'arrive à analyser scientifiquement, c'est-à-dire expérimentalement, la nature et l'organisation de ces trois prétendus éléments de lame : et c'est ce qui me semble impossible.
Néanmoins, sous le bénéfice de cette réserve, on peut donner comme acquis en fait que, au point de vue de la physionomie, cette théorie correspond assez bien au résultat des faits qu'on peut observer. *
Expression des parties du crâne. — Le développement antérieur de la tête, dont le front fournit la plus grande masse, est reconnu par tout le monde comme un des signes les plus assurés de l'intelligence ; l'élévation du sommet de la tête donne une expression de majesté tellement sensible, que, chez tous les peuples et dans tous les temps, les hommes ont employé des coiffures élevées comme insignes de l'autorité, de la sagesse, de la supériorité sous toutes les formes ; le développement latéral excessif donne au contraire à la tête un air de bassesse ; enfin l'excès des parties postérieures y imprime un aspect bestial.
Ces aspects extérieurs répondent assez bien au caraclère et aux
penchants du sujet observé : dans beaucoup de cas on a pu vérifier, sur des têtes de criminels, le rapport entre certaines conformations du crâne et la nature des crimes commis par ces monstres.
Méprises des ph7'énologistes. — Mais en sens contraire il est certain que des phrénologistes célèbres, et Gall lui-même, s'y sont trompés bien des fois : les exemples de ces méprises sont trop connus pour qu'il soit utile de les rappeler ici.
Notionacquise. — Ce qui reste de tout cela, c'est une sorte de notion de sens commun, et qui a une grande valeur : l'opinion générale est à peu près d'accord pour reconnaître à ces variations des parties du crâne la signification que nous avons indiquée, et toutes les fois que des artistes, dei poètes, des romanciers, ont à caractériser un personnage dans le sens de la moralité, de l'intelligence ou de la sensibilité, ils le font conformément à cette donnée. Il faut donc admettre qu'elle est fondée jusqu'à un certain point.
Pondération des parties du crdne. — La règle de pondération que nous avons proposée en ce qui concerne le volume respectif du crâne et de la face semble encore vraie quant au volume respectif des parties du crâne : ce qu'une partie gagne, une autre le perd. La raison est ici la même : si, par exemple, à un occiput énorme répondait un front énorme, le crâne serait monstrueux.
Proportions idéales du crdne. — Pour nous résumer en ce qui concerne le crâne, rappelons ici un principe qui domine la physionomie comme il domine toute l'organisation animale en général : c'est que, au-dessus de tous ces indices qu'on peut légitimement considérer comme attachés à certaines formes et à certaines proportions, il y a un indice encore bien plus sûr du parfait développement des facultés de l'homme ; et cet indice, c'est précisément l'absence de prédominance aucune. Un crâne où l'on trouverait toutes les parties également développées, voilà le crâne idéal, absolument comme, dans la figure humaine, l'idéal delà beauté, et par conséquent de la physionomie, serait un corps et un visage oii pas un trait ne s'écarterait de cette proportion parfaite qui est l'harmonie même de la nature, parce qu'elle donne à chaque trait de l'ensemble toute sa valeur. Et cette proportion est aussi la règle suprême de l'art.
Les tempes. — Il n'y a pas d'observation bien intéressante à faire au sujet des tempes, au moins au point de vue de la physionomie.
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Cotto partie du cràiie est ubsoliiincnl inerte et doit être considérée plutùt comme une sorte du complément du front, qu'elle amplifie et achève d'une façon plus ou moins heureuse.
Le renflement des tempes, lorsqu'il vient se joindre à d'autres indi ces analogues, contribue à donner au visage un aspect de force et de dureté : des tempes déprimées, maigres, indiquent la faiblesse, la délicatesse, et rarement un esprit vigoureux : mais, somme toute, ce sont là des indices aussi fugitifs que cette partie est secondaire.
Les pommettes. — Les pommettes sont peut-être, malgré le peu d'attention qu'on y attache d'ordinaire, la partie la plus importante du visage.
D'abord, comme le front, elles sont la transition entre le crâne et la face, et de leur accent, de leur caractère, dépend l'harmonie entre ces deux parties de la tête. De plus, par la place qu'elles occupent, elles contribuent pour une grande part à l'effet des yeux, du nez et de la bouche, qui sont les parties les plus vivantes, les plus décisives, de l'ensemble physionomique.
Enfin, comme elles sont immobiles, leur fixité invariable maintient à travers les variations incessantes des autres traits une dominante caractéi'istique que rien ne peut altérer.
On peut donc considérer les pommettes comme la clef de voûte, si j'ose dire, des constructions de la face. Leur ampleur, la fermeté de leurs plans, donnent au visage un caractère d'autant plus imposant que les parties voisines, comme l'arcade sourcilière, le nez, le maxillaire supérieur, sont forcément modelées dans le même accent.
Au point de vue de l'esthétique, qui se confond de si près avec celui de la physionomie, les proportions des pommettes ont la plus grande influence sur la beauté, et quiconque voudra se donner la très douce peine d'analyser et de méditer dans toutes ses parties la figure d'une belle femme, reconnaîtra combien il est vrai de dire que les pommettes sont le chef-lieu de toute jolie figure, le centre où s'engendrent toutes les surfaces, le foyer où viennent converger toutes les lignes.
En général, et à part les cas d'excès, le développement des pommettes indique l'énergie morale aussi bien (pie la l'oice physique, et se trouve le plus souvent chez des personnes plus positives et viNaces qu'idéalistes ou langoureuses.
Les indications sont contraires lorsque cette partie est peu saillante, que le modelé en est indécis ou irréguiier : dans ce cas on peut tirer à peu près les mêmes conclusions que des mêmes caractères observés sur le front. Les gens faibles, les mystiques, les ascétiques, les sectaires, en un mot les hommes en qui la pensée reflue constamment à l'intérieur ou s'envole hors du monde réel, sont remarquables par le peu de développement de leurs pommettes.
Les artistes de tous les temps n'ont jamais manqué d'observer, dans le choix de leurs types, cette loi physionomique, et après les innombrables dissertations où les critiques ont essayé de caractériser l'œuvre des divers peintres, il serait vrai peut-être d'ajouter, que, rien qu'aux pommettes, on peut reconnaître l'auteur d'une figure.
Les mâchoires. — Quoique la partie inférieure en soit mécaniquement mobile, les mâchoires doivent être plutôt classées parmi les parties fixes du visage, parce que, comme les pommettes^ elles marquent les saillies osseuses et concourent avec elles à donner ce caractère solide qui demeure invariable et permanent à travers les transformations des parties mobiles de la face.
Les mâchoires, selon qu'elles sont plus ou moins développées dans un sens ou dans l'autre, fournissent des indices correspondant à ceux qu'on peut tirer des aspects analogues des pommettes : si leur développement, l'ampleur ou la dureté de leur modelé, marquent également l'énergie physique et morale, leur exiguïté, leur délicatesse, trahissent le manque d'énergie active et, par opposition, la prédominance des facultés intellectuelles ou sentimentales.
La mâchoire inférieure. — L'attention se porte en général beaucoup plus sur la mâchoire inférieure, parce qu'elle seule est mobile, parce qu'elle marque le quart du contour du visage, et que ses proportions et ses formes ont une infiuence plus étendue sur l'effet d'ensemble, tandis que la mâchoire supérieure est engagée dans les joues et les lèvres, et n'exerce aucun mouvement.
11 est de fait que la mâchoire inférieure joue un rôle beaucoup plus apparent. Elle arrive d'ailleurs à prendre dans certains cas une importance extrême, excessive: car si, par son développement et son épaisseur, elle vient à prédominer sur les parties élevées du visage, elle en abaisse, elle en matérialise l'expression.
Elle contribue pour la plus grande part, dans ce cas, à réaliser
l'applicalioii du principe que nous avons posé en commençant, à savoir que plus les parties inférieures y prédominent, plus l'expression du visage s'abaisse et se matérialise. Cela est si vrai que, pour caractériser une personne d'une épaisse et lourde incapacité, on dit : ({ C'est une forte mâchoire. »
La mâchoire inférieure fournit encore, et d'une façon très sûre, une indication sur lu force physique du sujet : lorsque les muscles en sont très saillants, renflés en rond, cela dénote une force très grande.
Dans certaines mâchoires moins massives, les muscles, au lieu d'être renflés en long, font saillie par arêtes anguleuses : c'est alors plutôt signe d'énergie morale.
Identité d' expression du mouvement et de la forme. — A ce sujet on peut faire une observation bonne à garder, car elle s'applique à toutes les interprétations physionomiques : c'est que le mouvement, l'accent, qui dans chaque trait expriment à nos yeux tel ou tel sentiment, tel ou tel penchant, sont identiquement les mêmes, soit que le trait soit naturellement ainsi construit, soit qu'il prenne ce mouvement et cet accent sous l'influence passagère du moment. Il résulte donc de cela que, pour le dédain, par exemple, tous les hommes qui voudront exprimer ce sentiment seront obligés de donner à leurs lèvres l'accent et le mouvement que la nature a donnés à son ouvrage lorsqu'elle a modelé les lèvres du dédaigneux.
Eh bien, nous pouvons appliquer cette observation au sujet de la mâchoire inférieure. Lorsque, sous l'influence d'une émotion violente, l'homme veut cependant se contenir, il serre la mâchoire : au milieu du calme afîecté de tout le reste du visage, le frémissement des muscles maxillaires produit un grand effet, et d'autant plus grand qu'on y voit, plus clairement qu'on ne saurait dire, s'y concentrer tout l'effort d'une âme prête à éclater.
La mâchoire supérieure. — En ce qui touche la mâchoii'C supérieure, il faut observer que, si en effet elle est absorbée, à partir des canines, par les masses des joues, toute sa partie antérieure entre les canines détermine le degré plus ou moins grand de saillie, et aussi de hauteur, de la lèvre supérieure. Sans anticiper ici sur ce que nous aurons à dire plus loin" au sujet de la proportion des lèvres, notons du moins que la mâchoire supérieure coniribue indirectement à fair<' \arici' cette pro})orfion.
Prognathwne . — 'Mais ce n'est pas tout, et dans le prognathisme, c'est-à-dire quand les mâchoires, fortement projetées en avant, poussent au dehors les deats, ce n'est pas seulement la forme de la bouche qui est modifiée par l'avancement des lèvres, mais les dents sont mises à nu; souvent même, au plus léger mouvement, au moindre sourire^, les gencives se découvrent, et la mâchoire supérieure entre ainsi en scène pour mêler à l'expression générale une note commune et grossière qui souvent dépare des visages d'ailleurs agréables. Ce défaut, heureusement, peut être facilement réparé par une légère opération qu'on fait sous la lèvre supérieure.
Les dents. — Les dents, malgré leur nature presque minérale qui en fait en apparence des corps étrangers implantés dans un organisme vivant, jouent cependant un rôle considérable dans la physionomie.
Je ne perds pas de vue que, par un bénéfice dont je ne sais trop s'il faut se réjouir ou s'affliger, ces osselets partagent avec les cheveux le privilège de pouvoir être artificiellement imités, et que dans ce cas leur signification perd singulièrement de sa créance ; mais à part cette objection, l'importance physionomique des dents n'est pas discutable.
Belles dents, vilaines dents. — Des dents blanches et bien rangées donnent à tout le visage un air de fête; des dents jaunes, branlantes, délabrées, éparses en désordre sur des gencives malsaines, jettent dans l'âme des pensées navrantes de décadence et de dévastation, et l'observateur ne peut s'empêcher de trouver un reflet de ces tristes impressions sur le visage affligé d'un tel désastre.
Ajoutez à cela que, sauf exception, les gens mal dentés, mâchant insuffisamment, digèrent mal, qu'au contraire les befles dents sont un gage presque assuré de digestioQ admirable, et voilà déjà une raison pour que les mauvaises dents coïncident toujours avec le caractère triste et contraint que la dyspepsie inflige à ses victimes, tandis qu'une belle dentition assure à ses élus une bonne humeur toujours épanouie.
Influence des dents sur le rire. — 11 faut de plus noter, et ceci est d'observation, que, par l'effet d'une faiblesse bien excusable, un rien suffit pour faire rire à gorge déployée une personne qui se sait de belles dents, tandis qu'il faut des événements extraordinaires pour
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faire oiiM-ii' les bouches mal meublées, et eucore a-t-ou grand soin de serrer les lèvres, comme lorsque, tout en étant obligé d'ouvrir la fenêtre, ou se cache derrière le rideau.
Les yratules dents. — Quoi qu'il en soit, les grandes dents réveillent d'inu^ fa('on assez mar([uée des idées de corroclion, de régularité; elles donnent l'air respectable ; loin d'exciter aucun sentiment profane, elles semblent porter l'âme vers les régions calmes où se plaisent les natures consciencieuses. Elles conviennent aux personnages graves et donnent un air de solennité à l'accomplissement des grands devoirs de la vie. Les dents longues sont caractéristiques de la race anglaise, qui est honnête, positive, énergique, et peu sentimentale.
Les petites dents. — De petites dents, bien égales, bien serrées, indiquent en général, d'abord une bonne santé, mais aussi des penchants vers la sensualité. Soit qu'elles favorisent la gourmandise, soit que les gourmands en profitent par leur faute, il est certain qu'ils sont d'ordinaire supérieurement outillés sous ce rapport ; on est porté à faire souvent ce qu'on fait facdement et avec plaisir, et voilà, sans plus insister sur celte question de responsabilité, comment les gastronomes sont amenés à faire, le plus souvent qu'ils peuvent, la meilleure chère possible.
Certains savants prétendent, dit-on, que des dents blanches, fines et serrées, indiquent chez la femme un développement extrême, ils vont, m'a-t-on assuré, jusqu'à dire : excessif, de la sensibilité sympathique. Mais je ne suis pas en mesure de contrôler leur opinion, n'ayant pas lu leurs ouvrages.
Grinceme?it de dents. — Dans certains états de rage ou de colère, le grincement des dents vient ajouter à l'expression générale des autres traits une note d'une énergie terrible. D'autres fois elles se montrent à découvert et donnent au visac:e un air de férocité d'autant plus saisissant que ce mouvement est familier aux animaux irrités ou allâmes. C'est pour cela qu'on dit : « montrer les dents ».
L'oreille. — L'oreille, si mol)ile et si expressive chez les quadrupèdes, semble réduite chez l'homme à un rôle purement passif. O^tilques-uns prétendent que chez l'homme primitif, le pavillon, au lieu d'être comme chez nous appliqué parallèlement à la paroi du ciAne, s'en écartait et faisait saillie.
Certains peuples, particulièrement de raciî uuuigolique ou malaise,
ont les oreilles ainsi plantées. Chez les personnes de notre race oii on la rencontre, cette disposition anormale donne au visage un aspect inaccoutumé dont l'effet est par cela même assez difficile à déterminer, mais' qui, somme toute^ n'est pas favorable et se résume en une impression de sauvagerie, de bestialité.
Les oreilles, n'étant guère qu'un cartilage inerte couvert de peau, n'ont pas d'expression par elles-mêmes. De face on n'en voit que l'épaisseur, de sorte qu'elles font fort peu d'effet.
Quand au contraire on considère la tête de profd^, on les voit de face, et leur dimension, l'élégance ou la grossièreté de leurs contours, leur donnent une grande importance dans l'ensemble.
Des oreilles trop grandes, rouges, épaisses, sont considérées comme un indice de lourdeur intellectuelle ; fines, délicates, bien dessinées, comme annonçant un esprit délié. Je ue trouve pas l'observation bien justifiée par les faits: il y a des gens très spirituels qui out des oreilles énormes, et d'autres très sots qui les ont toutes petites. Ce qui est vrai, c'est que la petitesse des oreilles, comme celle des mains et des pieds, a toujours été tenue pour un signe de race, parce qu'en effet elle donne au visage de la distinction.
Inertie de ForeHle. — Au surplus on ne voit guère comment l'intelligence ou le sentiment pourrait influer sur la forme des oreilles. Sans doute elles sont, comme les yeux, le nez, la bouche et la main, un organe des sens, mais un organe inerte. Si elles ont, dans la surprise ou dans l'attention, un léger mouvement d'élévation, c'est un déplacement presque imperceptiljle, qui n'ajoute rien à l'expression, et qui fait que nous devons les classer parmi les traits fixes du visage. L'oreille n'est en somme qu'un cornet acoustique ouvert jour et nuit, et qui ne peut rien par lui-même pour entendre plus ou moins bien, tandis que les yeux, le nez, la bouche et la main, sont toujours en mouvement, toujours en quête, et ne cessent d'exécuter toute espèce de manœuvres afin d'assurer l'exactitude des sensations qu'ils sont chargés de recueillir.
Position de Toreille. — 11 faut observer cependant que, malgré leur insignifiance propre, les oreilles peuvent, selon leur position, contribuer à facceut de la physionomie. Lorsqu'elles sont posées très bas, elles complètent l'expression d'un visage où les traits sont inclinés du centre au dehors, et qui marque peu d'intelligence et d'ac-
livilr : si elles sont posi'^es très haut, elles ajoutent à la vivacité de la physionomie et coïncident presque toujours avec des traits relevés du centi-e au dehors, ce qui est un signe d'esprit et de gaîté.
Le front. — Un front large ou élevé annonce la largeur ou l'élévation de l'intelligence : un front bas on étroit donne des indications contraires: voilà la formule générale de l'expression de cette partie.
Mais ici, comme dans tons les traits, celte expression n'est pas uniquement une affaire de quaidilé : le plus ou moins de saillie des surfaces, la douceur ou la dureté des contours et des angles, la proportion ou la disproportion des détails, et enfin, ce qui est d'ailleurs applicable à tous les traits en général, l'aspect de la peau et le rapport avec les parties avoisinantes, sont autant de causes qui viennent modifier l'expression.
Un front un peu bas, surtout s'il est large, blanc, uni, donne à ton le visage un aspect de calme et de sérénité ; et si, comme il arrive presque toujours dans ce cas, le dessus de tête est en même temps haut et bien développé, l'ensemble de la tête prend une très belle expression.
Coiffure. — Ce développement des parties supérieures a encore un autre effet dont la mode et la coquetterie n'ont pas manqué de tirer avantage ; c'est qu'en donnant beaucoup de valeur aux parties supérieures, il fait paraître plus fins et moins importants les traits inférieurs du visage. Or ces traits, surtout la bouche et le menton, étant ceux qui laissent le plus souvent à désirer, il en résulte que les coiffures tombant sur le front embellissent presque tous ceux qui les adoptent, et voilà pourquoi elles ont tant de succès.
Formes du front. — La forme du front, la direction de ses plans, l'accent de ses courbes, sont déterminés par le type général de la tête. Selon que les traits sont droits, saillants, délicats, grossiers, ronds ou aquilins, le fi"ont se modèle dans le même sens. Nous nous bornerons à indiquer les principaux effets d'expression résultant de ces diversités.
Arcades sourcilières. — Lorsque les arcades sourcilières sont saillantes et épaisses, surtout vers le milieu du front ; que l'angle extéi'ieur de cette arcade est fortement marqué, et qu'en même temps les ileux bosses du front se deàsinent vigoureusement, le front exprime l'énergie, la volonté, la persévérance. Cette expression est presque» toujours
confirmée par l'épaisseur des sourcils ; la saillie des arcades donne de la profondeur à l'orbite et, par suite, du feu au regard. La profondeur de Torbite, à son tour, amène la saillie du nez, qui est presque toujours accompagnée de celle du menton. Et comme, d'autre part, le développement des pommettes est presque toujours égal à la distance entre les deux angles inférieurs du front, on voit combien l'expression de cette partie est liée à celle de l'ensemble.
Des inductions contraires doivent être tirées lorsque le modelé du front manque de saillie ; on voit d'ailleurs alors tous les autres traits s'effacer.
Déformations du front. — Quoi qu'il en soit le front développé est un indice considérable d'intelligence. Mais comme pour tous les traits, c'est à condition qu'il soit régulièrement construit, c'està-dire qu'il ne s'écarte pas de cette moyenne de direction, de rectitude, de courbure, de saillie et même de dimension, qui fait à première vue distinguer un trait normal d'une difformité.
Quelque haut ou large qu'il puisse être, le front cessera d'indiquer l'intelligence s'il est bombé ou creux outre mesure, s'il est bourrelé de liosses ou défoncé par des dépressions irrégulières, et l'excès de son développement pourra coïncider avec un abaissement intellectuel indéfini, car on voit des idiots dont le front est d'une grosseur monstrueuse.
Le front dans V antique. — Si l'on s'en rapporte à l'antique, le front, normalement, devrait être perpendiculaire. Je crois, au moins d'après les observations que chacun de nous peut faire sur le vivant, qu'il serait plus exact de dire qu'il est presque toujours plus ou moins inchné en arrière, rarement en avant. Sans doute l'antique nous présente toujours des fronts perpendiculaires, mais les sculpteurs de ce temps ont pris leurs modèles dans la race grecque, et à moins d'accepter ce type comme un canon absolu pour toute l'humanité, ce qui est difficile, il faut bien tenir compte de l'observation pour établir la moyenne vraie.
Front perpendiculaire. — Quoi qu'il en soit, il y a des fronls perpendiculaires. Ils appartiennent généralement au type brachycépliale, et concourent, par leur accord avec les autres signes propres à ce type, à une expression de calme dans la sensibilité et de solidité dans l'intelligence.
3G I.A l'HYSlONOMIK COMPARÉH
Front incliné. — L'inclinaison en arrière, en allt'geant et en (l(''gageant le haut du visage, lui donne de la vivacité. Elle le met en valeur par une autre raison, c'est qu'il se trouve par-là plus éclairé. D'ailleurs cette disposition coïncide presque toujours avec des sourcils, des yeux, des coins de bouche, relevés à droite et à gauche, disposition qui dénote généralement beaucoup d'esprit et d'intelligence. On peut donc dire que le front légèrement incHné en arrière est un signe de supériorité intellectuelle.
Mais c'est à condition, comme toujours, qu'il n'y ait pas excès, sans quoi on se trouve en présence d'un front fuyant dont la direction aplatit et repousse en arrière la masse cérébrale, et qui est au contraire l'indice d'un abaissement pouvant descendre, dans certains types, jusqu'à la férocité bestiale, comme chez Robespierre, par exemple.
En sens contraire, un front légèrement incliné en avant marque d'une manière très imposante la grandeur et la puissance de l'âme. La lumière le frappant moins directement, il est moins éclairé et prend nn voile de pénombre. Les anciens ont appliqué cette observation dans leur type de Jupiter, où le front surplombe en avant d'une manière frappante.
Chez les simples mortels qu'il m'a été donné de coudoyer, cette disposition du front m'a toujours paru caractériser plutôt l'orgueil qu'une grande supériorité intellectuelle : je l'ai observée surtout chez certains orateurs boursouflés et vides, chez des poètes incompris et incompréhensibles, et je dois dire que dans tous les personnages auxquels je pense en ce moment, cette variété d'orgueil avait un caractère particuhèrement irritant d'insolence et de mauvaise humeur, et qu'il s'accompagnait, dans la plupart des cas. de faiblesse intellectuelle et d'insuffisance du sens moral.
Irrcgidarité.f; du front. — L'étranglement, Ta^datissement, de la partie supérieure du front, sa dépression latérale trop accentuée, indiquent en général la faiblesse, l'incohérence, la bizarrerie des idées ; ces irrégularités, toutes les fois qu'elles ont pour effet de Irouhler la pondération et la suite des plans et des surfaces du front, coriespondent presque toujours à des irrégularités intérieures.
Pcfui du front. — L'état de la peau du front donne lieu à des observations analogues. Indépendannnent des (liUei'em'es que son modelé
présente, il y a dans la peau, dans les muscles et jusque dans les Yeines, de cette partie, des diversités qui donnent au front et, par suite, au visage, une expression très dilîérente.
Sa peau fine, claire, unie, étendue sans tension ni tiraillement, est un indice de calme et d'ordre dans la pensée. Si cette peau est épaisse, rugueuse, rouge, froncée par bourrelets, le front prend une expression tumultueuse et agitée qui indique des habitudes de vivacité ou de violence.
Front de F insolent. — Dans la face de Tinsolent^ qui est généralement tendue et rouge, le front semble le siège particulier du diagnostic, et le langage usuel l'atteste : on dit de l'audacieux ou de l'impudent qu' a il a du front » ; pour dépeindre un orgueilleux à l'air insultant, on dit qu'il a « le front huilé ^y, parce que la peau de son front reluit comme si elle étail couverte d'huile.
Rides du front. — Les rides du front ont la plus grande importance, et rien que leur diversité infinie suffirait à le démontrer, quand on songe que chacune est un véritable graphique d'autant d'impressions et de sentiments différents, et que ces signes éloquents ne sont séparés que par une mince paroi du cerveau qui, on peut le dire, les a tracés.
Pour ma part je me suis demandé bien souvent pourquoi, au lieu de consulter les rides de la main, on n'avait pas songé plutôt à consulter celles du front : je crois que là, au lieu des hiéroglyphes fantastiques qu'on croit débrouiller dans les plis d'une main, on lirait à livre ouvert des inscriptions aussi claires que la pensée dont elles sont la trace. Les vices ont leur stigmate, la douleur a son burin, dont les signes ne trompent pas.
Quoi qu'il en soit, les rides du front, en tenant compte, bien entendu, des conditions du tempérament et des effets de l'âge, sont tout d'abord une marque d'activité intellectuelle ou sentimentale.
J]lles manquent presque absolument chez les peuples primitifs ; elles manquent souvent aussi chez les personnes vouées à une vie calme ou contemplative.
Les femmes ont généralement le front moins ridé que les hommes, et cela à proportion que leur vie est plus calme : on peut le remarquer chez les religieuses et les vieilles filles, oii ce signe concorde souvent avec un teint clair et reposé.
38 l'\ IMlYSIONOMIh: COMPARÉE
Les rides les plus significativos du front sont les lignes verticales entre les soin-cils, et les rides horizontales au-dessus des sourcils.
J{it/(>s rcrt'icales. — Les premières, qui sont le résultat d'un froncement IVé([uent des sourcils, indiquent, si elles sont fines, l'attention habituelle, une légèi-e ironie, parfois une vue un peu courte ; elles sont alors accompagnées d'un plissement de la paupière inférieure,, parce que, dans ces cas, l'homme est porté à cligner légèrement des yeux.
Si les rides, au contraire, sont profondes, déterminant entre elles un rentlement considéral)le, et que les paupières inférieures ne soient pas ridées, ce qui indique que le sujet fronce les sourcils sans cligner des yeux, c'est marque d'énergie dans la volonté, signe d'une pensée dominante, d'une idée fixe ; témoignage d'un sentiment profond, pénible ; trace ineffaçable de quelque grande douleur.
L'expression devient plus saisissante et tourne h la brutalité lorsque la ride est réduite à un seul sillon durement tranché entre les deux masses sourcilières. Elle indique alors plutôt une disposition fixe et intime qu'une trace de sentiments ou de pensées laissées par des événements extérieurs. .
Les veines frontales. — La grosseur des veines frontales, presque toujours accompagnée de leur gonflement subit à la moindre émotion, donne au front un aspect de force aveugle et peu intelligente, surtout si la peau est épaisse, le teint violemment coloré : sur certains fronts osseux bien développés, aux plans savants, à teinte de vieil ivoire, quelques veines ardoisées courant sous une peau sèche et mate ajoutent singulièrement, au contraire, à l'air d'intelligence du front.
Rides horizontales. — La peau du front, il fiuit y bien prendre garde, est soumise à deux sortes de traction : l'une, de haut en bas, dans le froncement des sourcils ; l'autre, de bas en haut, quand les sourcils se relèvent. Sans doute la profondeur des rides est en raison composée de ce double tiraillement, le ph occasionné par de fréquents abaissements se creusant encore à mesure que des relèvements se renouvellent : mais avec un peu d'attention on n'aura pas de peine à constater que la disposition et la profondeur des rides ne sont pas les mêmes dans tous les cas.
Lorsque les mouvements d'abaissement sont fréquents, les mouvements d'élévation sont rares et réciproquement, puisque chacuii «le
ces mouvements caractérise des habitudes d'esprit différentes ; de plus, chez les personnes qui froncent souvent les sourcils, ce froncement est toujours momentané, et la traction ne s'exerce que sur le bas de la peau du front : il en résulte que les rides se tracent immédiatement au-dessus des sourcils et laissent le haut du front uni : elles sont plus fines. Lorsqu'au contraire on relève habituellement les sourcils, la peau du front est refoulée dans toute sa hauteur, et il se fait plusieurs rangs de rides plus profondes.
Or Félévation momentanée des sourcils, qui en général exprime des sensations vives, des idées subites comme la surprise, la terreur, une douleur violente, devient chez certains sujets une disposition habituelle, et alors, même lorsque la peau du front est au repos, les rides formées par suite de cette habitude ne doivent pas être confondues avec les rides du froncement de sourcils. Elles ont, comme on voit, des causes mécaniques opposées ; elles donnent aussi des signes bien différents. .
Signe de la bêtise. — La vanité, la sottise, la naïveté poussée jusqu'à la bêtise, se traduisent sans doute parfois par une espèce de froncement de sourcils bien connu, mais l'épanouissement excessif de la face et, par suite, l'élévation des sourcils, sont tellement reconnus pour le signe classique de la bêtise, que fout le monde, quand on veut la représenter, épanouit sa bouche, écarquille les yeux et relève les sourcils.
Explication. — Tout cet ensemble de mouvements s'explique de la manière la plus précise. La tête est le siège des sens ; c'est par leurs appareds qu'elle perçoit les impressions extérieures : le cerveau sentil une difficulté à percevoir ces impressions, instinctivement il cherche à ouvrir plus grandes ses communications avec l'extérieur.
Chez les fous, l'élévation des sourcils devient un signe de la plus grande importance. Ce mouvement arrive alors à se fixer en un retroussement violent de toute la peau, qui forme plusieurs rangs de bourrelets ; cela contribue, avec l'état des autres traits, à donner au fou cet air de déii qui domine dans toute sa physionomie.
L'explication que nous venons de donner s'applique ici avec plus de probabilité encore : le cerveau du fou, bouleversé de fond en comble par le désordre de ses sensations et de son intelligence, fait effort sur les instruments des sens pour saisir l'idée qui lui échappe^
LliS TRAITS MOBILES DU VISAGE
Nous ni'i'ivons mainlenant aux traits niohiies (tu visage, à ceux qui, parle jeu (les pièces osseuses, cartilagiueuses ou musculaires, clout ils sont formés, exécutent directement des mouvements ou des déplacements.
Nous n'y avons pas placé le front, parce que les mouvements d'élévation ou d'abaissement qui s'y produisent ne sont que le reflux, sur la peau de sa partie supérieure, des mouvements des sourcils. Mais il n'est pas sans intérêt de remarquer que le front, par sa position intermédiaire entre le crâne et la face, et aussi parla nature de ses mouvements, est la transition entre la masse immobile du crâne et la masse mobile de la face.
Les traits mobiles du visage sont, dans l'ordre où nous les examinerons . les yeux, les cils, les sourcils, le nez, la bouche, les joues, le menton, le teint, les cheveux et la barbe.
Des yeux. — Les yeux sont en général considérés comme le trait le plus expressif de la physionomie.
La première raison en est qu'il yen a deux, et que leur effet simultané se trouve tout d'abord doublé.
La seconde raison est qu'ils sont animés de deux mouvements, celui des paupières et celui du globe de l'œil ; on pourrait même compter un troisième ordre de mouvements dans les contractions et les rétractions de la pupille, qui modifient si profondément l'expression du regard.
Pour décrire d'une façon complète la physionomie de l'œil, il faudrait un véritable traité sur la matière, car non seulement l'œil exprime d'une manière saisissante les mouvements de l'âme, mais on lui fait dire une infinité de choses qu'on croit y voir et qui ne sont souvent que dans l'imagination du philosophe, de l'amoureux ou de l'artiste, qui les interroge.
Le regard. — il faut convenir qu'il est de certains regai'ds dont la profondeur a quelque chose d'effrayant, et que si on conqjare l'expression des autres traits du même visage, ceux-ci semblent beaucoup moins expressifs.
Vriiic c//(fse (le P erpressioii des yetn-. — 11 faut cependant ne [)as s(>
laisser mener trop loin par cette impression, et prendre garde d'abord que l'effet extraordinaire des yeux dépend en grande partie des traits qui les avoisinent, tels que les sourcils, le front, le nez, et plus encore de la bouche, qui est la moitié de la physionomie. — .
Il faut ensuite remarquer que les yeux sont la partie la mieux connue, parce que c'est toujours là qu'on se regarde ; que c'est celle qui caractérise le mieux l'individu, parce qu'en la voyant on voit toujours en même temps les sourcils, le front et le nez : et voilà pourquoi on est d'accord qu'un portrait ressemble toujours si le haut du visage est exactement représenté.
Épreuve. — Mais si l'on pouvait ne voir absolument que les deux yeux d'une personne, rien que les yeux, sans les sourcils, non seulement on ne la reconnaîtrait pas, mais on verrait avec étonnement que l'œil le plus beau et le plus expressif n'a guère plus de regard qu'un œil de verre.
Contre-épreuve. — Pour faire la contre-épreuve de cette observation on n'a qu'à regarder de très près les yeux d'une tête peinte ou dessinée. En les comparant à des yeux vivants, on aura peine à comprendre comment l'illusion peut être obtenue, car une grande partie des détails de l'œil vivant sont omis dans la peinture. Et cependant, même dans une œuvre ordinaire, le regard, son expression, sa profondeur qui semble pénétrer jusqu'au foyer intérieur de l'âme, sont aussi saisissants que la nature même : c'est que là, comme sur le vivant, l'œd emprunte son expression à tout l'ensemble des autres traits.
Ensemble oculaire . — Il est impossible d'isoler l'œil des sourcils et des cils, auxquels il emprunte une grande partie de son expression. Sa situation, sa disposition ; la forme et la grosseur, le plus ou moins de saillie, du globe oculaire; la couleur, la dimension de la prunelle, le plus ou moins d'ouverture de la pupille ; la nuance et l'état du blanc de Tœil et de la peau des paupières ; la forme de ces paupières, leurs mouvements et ceux de l'œil lui-môme; enfin jusqu'au rapport de la couleur des yeux avec celle des cils, des sourcils et des cheveux, voilà autant de caractères dont chacun a une signification d'autant plussensibleque les yeux, point central de la physionomie, sont, ainsi que nous l'avons fait observer tout à l'heure, le trait qu'on connaît le mieux et qu'on interprète le plus volontiers.
i2 LA IMIYSIONÛMIH COMPAUi:!!]
Position des yen i. — La sitiialiou tles yeux, leur distance, leur disposition, varient beaucoup; chacune de ces vaiiations a une grande importance, parce qu'elles constituent des modilications dans le plan nicine du type, et par conséquent dans ses caractères essentiels.
Ecartement normaldes yeu.r. — Dans la règle, la distance entre les deux yeux, prise au coin tie chaque œd à droite et à gauche du nez, doit être égale à la longueur d'un œd d'un coin à l'autre. Mais, en fait, cette proportion se réalise rarement, et les yeux sont toujours plus ou moins rapprochés, plus ou moins écartés.
Rapprochement des yeux. — Le rapprochement s'observe plus sonvent dans les visages longs ; l'écartement, dans les visages larges. Des yeux rapprochés acquièrent beaucoup de feu et de vivacité.
Explication. — La théorie de la vision explique à merveille ce résultat : lorsque nous regardons, nous ne voyons très nettement qn'un point et, tout autour, décroissant de netteté jusqu'à finir par s'éteindre, les points environnants. Si donc les yeux que nous regardons sont très rapprochés, bien que nous n'en fixions qu'un à la fois, nous apercevrons l'autre beaucoup mieux.
11 y encore à cela une autre raison non moins décisive : c'est que plus deux objets semblables sont rapprochés, plus chacun d'eux fait d'effet. Si les objets sont dissemblables, leur opposition mutuelle en est augmentée.
Yeux écartés. — Des yeux écartés perdent, au contraire, en vivacité pour gagner en calme et en douceur. Cette disposition, dont les artistes savent tirer des effets heureux pour imprimer de la majesté, de la placidité, à certaines têtes, donne au visage un air de moralité, mais lui ôte de l'intelligence : d est de fait qu'en général elle ne se trouve pas chez des personnes d'une intelligence remarquable. Mais comme cet ecartement des yeux marque ordinairement la douceur et la sagesse, un honnête homme peut encore s'en contenter.
L orbite. — Le plus ou moins de profondeur de l'orbite intlue extrêmement sur l'expression des yeux.
Yeux enfoncés. — Des yeux enfoncés prennent une éuergie et une profondeur qui se répandent sur toute l'expression de l'ensemble, (hi reconnaît généralement à ce signe une nature ardente, uu e(eur sensible, une volonté ferme, un caractère marqué en tout. Les bilieux el le
LHOMMP] 43
nerveux, à raison de l'accent particulier de leur ossature, présentent souvent cette disposition.
D'une manière plus générale on peut observer qu'elle se rencontre presque exclusivement chez les dolichocéphales, oii elle coïncide avec le rapprochement des yeux, tandis qu'elle est plus rare chez les brachycéphales,qui ont les yeux plutôt écartés. On peut même tenir pour constant que jamais des yeux saillants ne sont rapprochés, et que jamais des yeux enfoncés ne sont écartés.
Yeux saillants. — La saillie du globe oculaire, qui, lorsqu'elle est modérée, rend l'œil vif, clair et brillant, lui donne un aspect vitreux lorsqu'elle devient excessive, et imprime à tout le visage un air de stupéfaction, d'ahurissement, qui ne se rencontre pas souvent chez une personne intelligente.
Symbolisme et lumière. — Ces différences d'effet ne s'expliquent pas seulement par le symbolisme naturel de la saillie, qui éveille le sentiment positif de la matière, ou delà profondeur, qui éveille celui plus vague d'un espace indéterminé : les différences de lumière y sont pour la plus grande part. L'œil enfoncé est plus voilé d'ombre, et cette ombre fait valoir son éclat; l'œil saillant, s'il l'est modérément, est éclairé: s'il l'est excessivement, il détonne sur le reste du visage, et l'effet est défavorable.
Horizontalité de r œil. — Dans la disposition absolument normale, la ligne droite allant d'un angle à l'autre de l'œil est horizontale. Cette disposition ne se rencontre que chez l'homme, et elle lui est tellement exclusive qu'on peut la compter, suivant moi, comme un des caractères qui le distinguent des autres animaux.
Ses variations. — Mais cette horizontalité, pas plus que les autres caractères, n'est mathématiquement égale chez tous les individus, et de môme qu'il se trouve des hommes qui n'ont pas d'intelhgence, qui marchent courbés, ou dont les mains sont mal conformées, de même il en est chez qui la ligne des yeux est plus souvent inchnée vers le nez ou vers les tempes.
Inclinaison convergente. — Dans le premier cas, l'inclinaison donne à l'œil beaucoup de finesse et de vivacité ; et comme cette disposition coïncide presque toujours avec une direction analogue des sourcils, des narines et des coins de la bouche, qui est un signe d'esprit, elle donne les mêmes indications.
A\ LA rilYSIONOMlE GOMPAIIKK
Inclinaison divergente. — Lorsque au contraire les yeux sont abaissés vers les tempes, si ce mouvement est excessif il marque une dépression notable dans rinlelligence : c'est ce qui fait « les yeux bêtes », comme on dit. Mais si l'abaissement est modéré, particulièrement s'il est accompagné d'un long pli de la paupière, c'est signe de penchant à la volupté, et l'œil prend une expression de puissante douceur.
Grandeur des yeux. — On peut dire qu'en général la grandeur des yeux indique rinlelligence et que leur petitesse donne une indication contraire. Mais ici comme toujours l'excès de grandeur dépasse la portée de l'expression, et lorsque l'œil est par trop grand il finit par perdre sa valeur pour se noyer dans une espèce de vague et de langueur.
Explication de r effet. — On peut aisément rendre compte de cet effet. Dans des yeux excessivement grands, il y a beaucoup de blanc; l'ombre des paupières n'en adoucit qu'une partie, et la prunelle, qui parait proportionnellement plus petite, parcourt à travers ce blanc, dans les mouvements de l'œil, des espaces plus grands ; elle se déplace donc plus vite, et ce va-et-vient continuel, désagréable à voir, ôte au regard de son expression .
La prunelle ou iris. — La couleur de la prunelle présente un nombre infini de variétés, et ce serait beaucoup dire que de prétendre assigner à chacune de ces mille nuances une signification particulière.
Cette couleur, qui le plus souvent est en rapport avec celle des cheveux et des sourcils, est par-dessus tout un indice du tempérament ; mais à part les variétés et les anomalies, les nuances ne peuvent donner que des indications bien aventurées, surtout si l'on tient compte des préventions qu.e l'ensemljle des traits donne nécessairement.
Autant qu'il est permis de préciser au milieu des innombrables variétés qu'il offre, l'œil est généralement clair chez le sanguin, foncé chez le bilieux, vivement nuancé chez le nerveux, et faiblement coloré chez le fiegmatique.
Ces colorations correspondent très probablement à des modes d'activité différents dans la circulation et l'innervation. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que cette classification des tempéranu'uls est loin d être absolument physiologique, et qu'on n'en peut pas déduire des observations loiil à fait scientifiques : mais nous avons à faire ici plus d'arl et de philosopliie que de science.
Prunelles claires. — Les yeux clairs, soit bleus, soit gris, soit fauves, indiquent en général plus d'aisance et de vivacité que de sensibilité ou d'intelligence.
Prunelles foncées. — Les yeux foncés, bleus, gris, bruns, noirs, verts, marquent l'intensité du sentiment, l'énergie de la volonté, la profondeur des conceptions.
Prunelles nuancées. — Les yeux nuancés, et plus particulièrement les yeux pers, c'est-à-dire mêlés de vert et d'orangé tournant plus ou moins au gris, au bleu ou au noir, indiquent l'excès dans le sentiment, une volonté irrégulière et disproportionnée, de l'esprit, de l'élévation dans les idées et souvent de la faiblesse dans le caractère.
Prunelles pâles. — Enfin les yeux pâles, peu colorés, sans expression et sans éclat, se rencontrent d'ordinaire chez des personnes à intelligence lourde ou faible, à sensibilité émoussée, à caractère plutôt inerte qu'énergique.
Rapport des prunelles avec le tempérament. — On voit qu'en somme toutes ces inductions correspondent assez exactement à celles que fournit le tempérament, parce qu'en effet c'est le tempérament surtout qui donne la couleur aux yeux.
Pour avoir toute leur valeur, il faudra sans doute qu'elles coïncident avec des signes physionomiques concordants ; mais c'est ce qui arrivera la plupart du temps.
Une faut d'ailleurs pas perdre de vue que la multiplicité des nuances de l'œil doit inspirer une grande réserve, car il est probable qu'on y trouve plu5 de diversité encore que dans les caractères.
Prunelles disparates. — C'est surtout en matière de coloration que l'on doit être sobre de théories, car c'est là que la nature se livre aux écarts les plus capricieux. Ainsi, pour le sujet qui nous occupe, un physionomiste, s'il ne s'en rapportait qu'à la couleur de l'iris, serait bien embarrassé pour interpréter d'après ce signe le caractère d'une personne qui a un œil bleu et un œil noir, comme cela se rencontre quelquefois.
Dimension des prunelles. — La dimension des prunelles a beaucoup d'importance dans l'effet du regard. Lorsque la prunelle est grande, elle y donne une expression de calme et de puissance ; lorsqu'elle est petite, et particulièrement si l'œil est foncé, ses déplacements se marquent davantage, et le coud d'œil est plus vif.
HQ LA IMIYSIONOMIH COMPAHEK
La niinilU'. — Eiiliii roiiNciliin' dr la pupille fournit des indications que le pliysiononiisle ne doit pas négliger, et qui pour le médecin deviennent des symptômes d(! piemièi'e importance. Les pupilles dilatées donnent à l'œil quelque chose de vague, qui rend le regard vide et sombre ; au contraire, lorsque la pupille est étroite, l'expression de l'œd en devient plus précise et plus ferme.
Pupilles dilatées. — La dilatation momentanée de la pupille est un signe de défaillance, de vive émotion, de terreur. En physiologie, elle est expliquée par le relâchement des freins que le grand sympathique fait fonctionner sur certaines parties du système musculaire. La prunelle est un écran circulaire percé d'un trou, et qui ne reste tendu que par la traction contraire d'un anneau musculaire central, traction que le grand sympathique maintient; si, })ar suite d'un trouble quelconque, le grand sympathique cesse d'agir, la pupille est abandonnée à elle-même, elle se rétracte vers ses bords, et son trou central, qui est la pupille, s'élargit.
Action des maladies et des poisons sur la pupille. — Certaines maladies, l'action de poisons tels que la belladone, par exemple, déterminent un élargissement de la pupille. Ce signe est également un des diagnostics les plus constants et les plus assurés de la folie, lorsque les pupilles sont inégales.
Le blanc de l'o'il. — L'état et la couleur du blanc de Tœil ne sont pas sans une certaine importance dans la physionomie. Lorsqu'd est hien pur et bien blanc, c'est signe de bonne santé, de vie régulière et calme, de circulation facile : au contraire, chez les personnes d'un tempérament échauffé ou malsain, qui boivent ou mangent outre mesure, qui sont violentes de caractère, disposées aux congestions, le blanc de l'œil est presque toujours injecté, marbré déveines rouges ou Ideues, épaissi ou sillonné de filets jaunâtres.
Nuances, variations. — Bien que sa véritable nuance soit modifiée pour notre vue par le contraste de la couleur des prunelles, le blanc tire plus ou moins sur le jaune chez les hilieux. Il en est de même chez les nègres, dont les yeux sont très injectés quoiqu'ils paraissent si blancs par leur opposition à la couleur de la peau.
Les paupières. — La disposition et lafoi'uie des paupières ont encore plus d'importance. C'est d'abord ce ([iii décide de la grandeur ou de la petitesse de l'œil ; c'est aussi ce qui lui donne sa forme.
Œil long^ œil rond. — Selon que la tranche de la paupière est plus ou moins courbée, l'œil est en amande ou rond. Dans le premier cas il a plus de douceur et d'élégance et indique plutôt des penchants analogues, confirmés d'ailleurs par l'expression de l'œil et des autres traits, presque toujours fins et allongés.
L'œil rond a plus de fixité, plus d'énergie : c'est l'œil de l'homme positif et froid; on le rencontre le plus souvent dans le visage rond ou carré du brachycéphale.
Paupière longue. — Lorsque la peau de l'arcade sourcilière ne la couvre pas de ses replis, la paupière est longue, c'est-à-dire que son cartilage, monté sur le globe de l'œil, se détache en hémisphère ; et lorsque la paupière s'abaisse, cette saiUie, en se développant, donne au regard une expression superbe de grâce, de pudeur, chez les femmes, de distinction et de dignité chez les hommes.
Paupières courtes, minces, épaisses, fines, fortes. — Des paupières courtes, confondues dans la masse de l'orbite, ôtent au contraire à l'œil une grande partie de sa finesse et de son expression.
Des paupières trop minces rendent l'œil plat et vitreux; trop épaisses, elles en éteignent l'éclat, tandis que, fines, elles y ajoutent de la délicatesse, et fortes, de l'énergie et de la profondeur.
Couleur de la peau des paupières. — La couleur de la peau des paupières a aussi une infiuence très grande sur l'ensemble des yeux. Des paupières rouges, ridées, larmoyantes, y donnent, ainsi qu'à tout le visage, un air de maladie, de faiblesse, d'aigreur. Des paupières trop blanches éteignent l'éclat du regard; roses, elles l'animent; brunes, elles lui donnent une si étrange profondeur, que bien des femmes, surtout en Orient, se les noircissent avec le khei.l pour obtenir cet effet.
Explication de r effet des paupières. — Tous ces effets s'expliquent parle plus ou moins d'ombre portée que les paupières jettent sur le globe de l'œil. Cette ombre a sa juste mesure dans la moyenne hors r (S de laquelle tout tombe dans l'excès. X
OuK-erture et tranche des paupières. — La netteté de la tranche ^\^^^"^*^^ des paupières, la hardiesse et le beau développement des courbes de son ouverture, sont un des signes qu'on rencontre le plus souvent chez l^s-artistes. J'oserais presque dire que, des nombreux artistes que je connais, il n'en est pas un qui ne présente ce signe.
48 LA PHYSIONOMIE COMPAHKH
On peut tenir pour certain que l'œil de l'artiste, tant par une aptitude naturelle que par suite d'iMudes et de préorcupalions constantes, devient chez lui un organe prépondérant où doivent se concentrer de plus en plus toute son intelligence et toute sa sensibilité ; comment pourrait-il se faire qu'une conformation et un aspect particulier ne fussent pas le résultat d'une aptitude native développée par le travail et la contemplation ?
Peau de r orbite. — La peau de l'orbite, que l'on confond trop souvent avec la paupière, contribue pour une grande part à l'expression et à la forme de l'œil.
Hors les cas très rares où elle laisse voir la paupière dans toute sa hauteur, elle la voile plus ou moins d'un repli qui tantôt forme bourrelet, tantôt tombe comme une espèce de draperie.
Bourrelet, bouffissure. — Tant que le bourrelet laisse bien se dessiner le bord de la paupière, F œil n'y perd pas de sa vivacité et même il en peut prendre un peu d'énergie: mais si la peau est bouffie et déborde jusqu'à couvrir le bord, l'œil se rapetisse, le regard s'éteint, et l'expression du visage se déprime et s'alourdit.
Draperie. — Au contraire lorsque la peau forme un pli penchant vers le coin extérieur de l'œil, le regard prend un air de calme et de réflexion, et ce signe est considéré généralement comme indiquant la prudence. On peut observer ce trait dans beaucoup de portraits de Rigaud : il donne beaucoup de dignité à la physionomie.
C'est exactement l'effet de la draperie : contraster par des lignes et des masses d'accent différent, voiler les parties accessoires, et faire ressortir d'autant mieux l'objet central du tableau.
Les cils. — Les cils, lorsqu'ils sont bruns, ajoutent à l'expression du regard, que cette expression soit douce ou énergique : cetetfet est donc relatif ou subordonné. 11 résulte d'abord de l'opposition de leur hgne, qui marque nettement l'ouverture de l'œil ; il résulte aussi de l'ombre qu'ils projettent sur le blanc et sur la prunelle.
Les cils extrêmement longs ne se trouvent jamais chez des personnes d'une intelligence exceptionnelle.
Les cils clairs ne modifient pas sensiblement l'effet des yeux. Les cils blanchâtres, enfin, leur ôtentune grande partie de leur expression et donnent au regard un caractère confus, farineux, brouillé, ([iii ne coïncide pas souvent avec une intelligence bien vive.
Les sourcils. — Les sourcils, au contraire, ont une importance considérable, non seulement par l'éclat et la vivacité qu'ils peuvent donner aux yeux, mais par leur expression propre. C'est un trait qui marque vivement la physionomie, parce qu'il trace en quelque sorte, par sa disposition et par ses formes, le plan du type, et cela à proportion que le type est plus accentué.
La courbure et l'ampleur de la ligne des sourcils sont un des signes les plus assurés de l'énergie et de la stabilité du caractère.
Leur finesse, lorsqu'ils diminuent en pointe, indique la subtilité de l'esprit .
Des sourcils épais et bien fournis, horizontaux, marquent la force, v .
le calme, la patience. vc^i^t - ^û^ " ^^ X
Si leur épaisseur devient excessive, que le poil en soit inégal et hérissé, c'est signe d'une intelligence lourde, de penchants matériels.
Les sourcils relevés vers les tempes indiquent l'esprit; abaissés vers les tempes, la faiblesse de caractère et d'intelligence. -. x^o^xTv^t'î'' o\CV^^^
Les sourcils en accent circonflexe, c'est-à-dire rapprochés et relevés au-dessus du nez, indiquent la prétention, l'orgueil.
Des sourcils de peu de longueur, formant deux touffes isolées au milieu de l'arcade sourcilière, et placés très haut, sont signe de gaîté, de légèreté d'esprit et de caractère.
Enfin des sourcils en arc de cercle très large et très arrondi donnent au visage un air d'étonnement et de naïveté que les personnes intelligentes présentent rarement.
La nuance plus ou moins foncée des sourcils donne, comme pour les cils, plus ou moins d'énergie à ces effets.
Rapport de couleur entre les yeux et les cheveux. — Les rapports d'analogie ou d'opposition entre la couleur des yeux et celle des cheveux produisent des effets tantôt simples, lorsqu'il y a analogie, tantôt complexes, lorsqu'il y a opposition.
Dans le premier cas, lorsque les yeux et les cheveux sont très foncés ou très clairs, l'expression et le caractère donnés par ces nuances prennent plus d'énergie et d'unité: dans le second cas, au contraire, les valeurs gagnent d'autant plus que l'opposition est plus marquée, mais en même temps l'effet physionomique se décompose en deux parties, l'une produite parla nuance des cheveux, l'autre, parcelle des yeux.
-0 I.A PHYSIONOMIE GOMPARKE
11 en rôsultL' Uiiilùl l'accoid, fuiiiiiR' loisquL' les bruns oui les yeux bleus, ou encore lorsque les blonds les ont bruns ; tantôt une dissonance plus ou moins étrange, plus ou moins désagréable, lorsque les yeux d'un brun sont jaune clair ou vert émeraude, lorsqu'un roux les a très noirs.
Rien que ces oppositions de couleur entre l'oeil et les cheveux doivent être considérées surtout comme des anomalies, elles ne sont pas sans portée physionomique.
Bruns aux yeiw bleus. — Les yeux bleus chez les bruns, surtout si . la nuance en est très claire, donnent au visage un air de franchise "-^V. généreuse chez l'homme, de droiture et de candeur chez la femme : au point de vue de la beauté, c'est une des plus douces combinaisons de la nature. .
L'opposilion d'yeux très noirs avec des cheveux très blonds, tout \ en produisant aussi d'admirables effets de beauté, a quelque chose d'étrange: les yeux noirs ont moins de regard que les bleus, et marquent par eux-mêmes l'énergie : à côté de ces cheveux blonds, au milieu d'un visage pâle ou très clair, ils sont comme une énigme, comme un mystère, qu'il n'est pas toujours facile de démêler, surtout dans un visage de femme, surtout quand la beauté vient aggraver et multiplier les dangers d'une erreur de diagnostic.
Roux aux yeux ?wirs. — Des observations analogues peuvent être faites sur la combinaison d'yeux noirs avec des cheveux roux, où l'effet est encore plus étrange.
Tout bien considéré, et autant que j'en ai pu juger par mes observations personnelles, j'ai toujours trouvé, dans les personnes blondes ou rousses à yeux noirs, beaucoup d'élan, une volonté fantasque, des affections violentes, un tour original dans l'esprit, de l'aptitude aux arts, du goût pour le plaisir, une grande hardiesse d'intelligence : enfin quelque chose comme les qualités de ces magnifiques chevaux alezans que tout le monde veut monter et qui jettent tout le monde à terre.
Le fiez, son hnportance au point de rue de la phijsionom'ie^ de la beauté et de tanthropoloyie. — Le nez, comme chacun sait, est au milieu du visage, et cette position suffit déjà pour expli([uer riuq)orlance de son rôle dans l'ensemble, surtout si on se rappelle ([u'on ne peut pas regarder les yeux sans le voir du même coup d'(eil. il est \rai
qu'on voit aussi le front et les joues, mais ce sont des parties pleines et uniformes, tandis que le nez est saillant : c'est le point culminant du visage, si bien même qu'on peut compter cette disposition comme un des caractères exclusifs de Fliomme, car chez tous les animaux le nez est empâté dans la face.
Enfin le nez est un trait osseux dans sa partie supérieure, ce qui lie intimement ses formes à celles des autres traits osseux, c'est-à-dire du crâne, du front, des tempes, des pommettes, des mâchoires et du menton ; et comme il est en saillie avancée, il arbore, pourrait-on dire, au plus haut degré d'évidence le caractère du type.
Le nez, au point de vue anthropologique, a donc une très grande signification.
Au point de vue de la physionomie, il n'en a pas moins, et cela par deux raisons.
La première, c'est que s'il est osseux à la base, son extrémité est cartilagineuse, et, de plus, mobile, tellement mobile que ses mouvements s'étendent à toute sa hauteur.
La seconde raison est que le nez, étant par sa position centrale en continuité directe avec le front, les sourcils, les yeux, les pommettes, les joues et la bouche, c'est-à-dire avec tous les traits, sauf le menton, les oreilles et les mâchoires, exerce sur chacun de ces traits un effet il'harmonie ou de contraste d'autant plus décisif qu'il se produit au contact : et nous avons vu, à propos des yeux, que plus les objets sont rapprochés, plus leur opposition ou leur accord s'accentue.
L'ensemble de ces considérations montre du même coup comment la forme du nez doit avoir autant d'influence sur la beauté que sur l'expression. Les mêmes raisons expliquent comment la ressemblance d'un portrait dépend en si grande partie de celle du nez : tenez est le plus caractéristique des traits; dans les caricatures, c'est là qu'on force le plus l'exagération.
Éléments de l'analyse du nez. — Les expressions de grandeur ou de petitesse ne suffisent pas pour analyser les dimensions du nez, car il faut considérer sa longueur de haut en bas, sa largeur en travers, sa sailHe en avant, outre qu'il varie en développement à divers points de sa masse. Les narines et le bout du nez n'offrent pas moins de diversité.
Nez long. — Un nez long indique l'intelligence sérieuse et le senti-
52 LA l'IiYSIONOMIK COMPARÉK
ment grave : un nez court, moins (rinlelligence et des sentiments plus variables. Si le nez devient très lonj^, le visage prend un air de recueil-^^ ""^ lement, d'abattement : c'est ce qu'on exprime en disant, d'une personne qui éprouve une déception, (lu'elle <( allonge le nez». Cela s'explique d'ailleurs : dans ce cas on baisse la tête, et le nez se découvre dans toute sa longueur.
Petit nez. — L'extrême petitesse du nez est reconnue au contraire comme un signe de sottise: on dit : u faire voir à quelqu'un son nez camus •), pour signitier qu'on lui montre qu'il n'est qu'une bête.
Nez large. — Si le nez est long et large, c'est marque de force, ^ de solidité de caractère ; s'il est long et mince, c'est signe de prudence, de rectitude d'esprit. S'il est à la fois court et large, il indique une intelligence et une sensibilité grossières; court et étroit, il ôte à la pliysionomie toute animation, et le visage trabit une insignitîance et une faiblesse d'esprit et de cœur que l'observation du sujet con- (irme presque toujours.
Nez fin, nez épais. — La finesse ou l'épaisseur transversale du nez donne des indications analogues à celles qu'on peut tirer de la grosseur ou de la petitesse de son ensemble : nez fin, intelligence déliée; nez épais, intelligence lourde.
Saillie du nez. — Le plus ou moins de saillie du nez, surtout dans sa partie osseuse, donne plutôt une mesure d'énergie générale qu'une détermination d'aptitude spéciale. Cette saillie est à son plus haut degré dans le type aquilin, qui est généralement celui des hommes d'énergie.
Profondeur des orbites. — Le plus ou moins de profondeur des orbites détermine une saillie proportionnelle de la partie haute du nez ; le plus ou moins de rapprochement des yeux laisse plus ou moins d'épaisseur à cette partie.
Si elle est saillante, le nez prend une énergie pénétrante dans l'expression ; le regard est alors ingénieux; si elle est épaisse, c'est l'énergie calme.
Nez droit. — Lorsque, comme dans l'antique, le haut du nez continue le front par une hgne droite, le visage prend un caractère d'ordre et d'harmonie, mais il perd en vivacité pour gagner en sérénité. A moins (jue les autres traits n'en contre-balaucent l'effet, cette disposition indique une intelligence et nue sensibilité (oui au phis moyenues.
Bout du nez. — On peut dire de Texlrémité du nez à peu près de même que de son épaisseur et de sa saillie : plus cette extrémité est fine, délicatement modelée, mobile, plus on en peut inférer d'augures favorables pour la supériorité sensitive et sentimentale.
J'ai connu un homme d'une intelligence tout à fait extraordinaire, doué en même temps des plus nobles facultés affectives, et qui avait un nez si long, si fin, si parlant, oserai-je dire, que ses enfants devinaient, aux mouvements de ce nez, si leur père parlait sérieusement ou par plaisanterie.
Formes diverses du nez. — Le nez aquilin, avons-nous dit, caractérise en général les natures énergiques ; nous pouvons ajouter qu'il est, sauf l'exception de la phtisie, un signe de longévité. Il accompagne le plus souvent la grandeur de la stature : les géants ont presque tous le nez aquilin. Le nez plus ou moins droit est un trait de forme et de . direction moyenne, qui ne signifie pas grand'chose sous ce rapport : la forme générale, l'insertion avec le front, et la disposition des narines, peuvent seules en compléter l'appréciation.
ISez retroussé. — Le nez retroussé, qui coïncide presque toujours avec une mine éveillée et des traits à l'avenant, est signe de légèreté d'esprit, de franchise, de gaîté, de bon cai^actère.
JSez camus. — Le nez camus est celui qui manque de saillie et qui semble aplati. Cette disposition est si généralement tenue pour signe de niaiserie, qu'on dit « être camus, être bien camus », dans le même sens que a rester sot » ou « être bien attrapé ».
Nez épaté. — Un nez épaté est encore plus aplati que le nez camus : c'est un signe de lourdeur, de stupidité grossière. Dans le jargon parisien actuel, « épater » quelqu'un, c'est l'écraser, l'assommer, d'étonnement ou d'admiration, comme fait au nez un coup de poing qui l'épate.
Nez pendant. — Le nez pendant se trouve particulièrement chez des personnes portées à la tristesse, aux idées noires : c'est par excel- \ "Q^' -^ lence le nez du pessimiste et du misanthrope..
JSez crochu. — Crochu, ce trait signifie de la raideur, delà dureté,
une certaine bizarrerie de caractère, surtout si les arêtes sont tranchantes et sèches.
Nez de travers. — De travers, il donne au visage une expression apparente de méfiance, parce que le visage a l'air de nous regarder de
54 I^A rMlYSlONOMIK COMPARÉE
travers. HiiMi que cette irrégularité doive être surtout considérée comme une déviation presque mécanique, on peut appliquer ici une observation assez digne dallention : c'est qu'en général les écarts des traits, lorsqu'ils sont suffisamment marqués, correspondent à un défaut d'é(iuilil)re dans les sentiments ou les penchants que ces traits exprimeraient dans un visage normal."
- Narines larges. — Les narines larges sont par elles-mêmes un instrument bien disposé pour la respiration ; elles se rencontrent presque toujours avec des yeux grands, bien ouverts, une bouche grande aussi et bien fendue : elles caractérisent donc ce qu'on appelle une nature en dehors, disons le mot: ouverte, c'est-à-dire la gaîté, la bonne humeur ; elles ont de plus une signification particulière, et elles décèlent un vif penchant à l'amour. Quand cette disposition s'exagère, elle peut aller jusqu'à caractériser la violence et la cruauté.
Narines longues. — Lorsque l'ouverture de la narine est développée en longueur, c'est signe d'un odorat fin et d'une intelligence supérieure. Les anciens avaient noté cela : Phèdre, dans une de ses fables, qualifie Esope de naris emunctx senex, c'est-à-dire vieillard à la narine bien mouchée, bien évidée.
Nari?ies pincées ou sèches. Le nez de Louis XI. — Les narines pincées et sèches expriment la concentration, la patience ferme, la dissimulation, la froideur calculée du caractère : les avares, les fanatiques, les ascètes, les misanthropes, portent ce signe, qui dans certaines combinaisons avec d'autres signes, peut devenir un indice de cruauté froide et réfléchie. Le nez de Louis XI en est un exemple très déterminant.
Mode d'insertion du nez. — Le mode de son insertion dans les joues fournit encore des diversités notables dans l'expression du nez. Si le corps du nez se détache franchement de la masse, et que les contours des narines soient bien nets et bien fouillés, l'expression propre du trait en lui-même se dégage nettement : si au contraire les narines sont empâtées dans les joues, que le corps du nez soit comme engorgé, il en résulte un aspect lourd et confus qui se répand sur tout le visage.
Principe de la netteté de P expression. — Ces observations nous fournissent l'occasion de poser encore un principe général : c'est ({ue plus un trait est nettement déterminé dans sa masse et dans ses lignes,
plus son expression propre prend de force et de précision, et plus, en même temps, chacun des autres traits, et l'ensemble à son tour, en prennent aussi. Car c'est une loi de la nature que la beauté, l'ordre et Tharmonie s'établissent et s'achèvent d'autant plus parfaitement que chaque chose se montre mieux telle qu'elle doit être pour remplir son office.
La peau du nez . — Bien qu'en général la peau du nez participe à la teinte générale des joues, des causes de diverse nature viennent quelquefois y donner une teinte très dillérente ; chez les personnes pâles ou maigres, c'est à peu près celle du front ; chez les personnes colorées, grasses ou couperosées, elle est plus approchante de celle des joues.
La circulation est à peu près aussi active dans le nez que dans les joues : aussi, par le froid ou la chaleur, voit-on ces deux traits rougir également. La couleur du nez est donc avant tout une affaire de teint.
Cependant lorsque cette couleur est extrêmement blanche ou extrêmement rouge, elle peut indiquer: dans le premier cas, un excès de sensibilité nerveuse, la pauvreté du sang, ou bien une tendance habituelle à la concentration, au mysticisme ; dans le second cas, réchauffement et Taiçfreur du sanfr, une irritation de l'estomac, mais rien qui ait rapport au caractère ou aux penchants.
Enfin, lorsque le nez est violet et couvert de gros bourgeons bleuâtres qui dans ce cas se reproduisent sur les lèvres, on peut presque à coup sûr affirmer que le sujet boit beaucoup de vin rouge : le nez est-il au contraire veiné de bleu, d'un rouge clair piqueté de points plus foncés, c'est le « petit vin blanc du pays » qui donne la teinture. Dans ces deux cas le nez perd son titre pour prendre la qualification de « trogne ».
La bouche. — La bouche est sans contredit le trait le plus expressif du visage. Il y a à cela plusieurs raisons.
D'abord elle est plus mobile qu'aucune autre partie, parce qu'elle a des muscles qui non seulement la font mouvoir dans toutes les directions, mais qui de plus lui permettent à la fois de s'agrandir, de se rétrécir, de s'arrondir, de s'allonger, et enfin de se déplacer tout d'une pièce, à droite, à gauche, en haut, en bas, en biais, tout en restant plus ou moins ouverte, plus ou moins arrondie.
56 LA PHYSIONOMIE GOMPAIIÉH
I)o plus ^^'n^ielnl)le de la lioiiclie uo se compose pas seulement de deux lèMTs ayaid cliacuue des elTels propres: les dénis, ainsi que nous i'a\ons vu, concourent pour une grande pari à l'aspect et à l'expression des lèvres, cl il n'est pas jusqu'à la langue qui, à de certains moments, pronu'uée sur les lèvres ou pointant entre les dents, ne vienne ajouter une note 1res vive et très expressive aux signes de la préoccupation, du dédain ou de la moquerie, par exemple.
Ce n'est pas tout : la bouche est rinslrumenl de la parole, le portevoix du cri, l'embouchure de la respiration, le vestibule de la nuti'ition. l'organe du goùl, el pour loul dire enliu. le siège du rire et le sanctuaire du baiser.
On le voit, la vie tout entière voltige sur les lèvres de l'homme ; elle y passe et repasse à chaque fois qu'il respire : vodà pourquoi la nature, en concentrant là tant de facultés, a dû y montrer, tellement au vif, l'image visible de tons les mouvements de l'âme.
(Irande bouche, petite bouche. — L'extrême grandeur ou l'extrême petitesse de la bouche est un excès qui, comme tous les excès, constitue un signe défavorable ; dans les deux cas, la bouche perd toute expression : la trop petite est d'un niais, la trop grande, d'un nigaud.
En dehors de ces écarts, les petites bouches sont plus fines, les grandes bouches, plus intelligentes. Mais la dimension n'est qu'un des moindres éléments de l'expression : la coupe, le modelé, la consistance, de chacune des deux lèvres, leurs formes respectives, et surtout la disposition du lobe central et des coins, foid varier à l'infini les effets, sans parler des mouvements que chaque personne, suivant son caractère et les infiuences extérieures, imprime à ses lèvres.
Coins de la bouclie. — La disposition des coins de la bouche, avec leur prolongement en arrière et en dessous, fait la moitié de l'expression de ce trait.
Lorsque cette partie est doucement et délicatement modelée, elle est un signe sur de douceur et de grâce dans le caractère. Les gens durs, violents, sévères, portent, on peut le dire, toute leur énergie dans les coins de leur bouche. Ce trait se \oit très accusé chez les Bretons el chez les Espagnols du midi. En sens contraire il arrive que la commissure des lèvres se prolonge par un simple sillon presque horizontal, très légei', qui se perd mollement dans la peau des joues ; pi('S([ue toujoui'sles coins extérieurs des jtaupières ollVeut aloi's
la même disposition ; il en résulte, pour la bouche et pour les yeux, mie expression d'un charme infini.
Cet indice est d'autant plus essentiel à noter, que cette partie de la bouche, étant manœuvrée par plusieurs muscles, est peut-être la plus difficile à tenir en bride, et c'est elle qui trahit le plus souvent son homme.
Bouche abaissée aux coi?îs. — Une bouche descendant du centre vers les coins indique du sérieux, de la gravité, de la tristesse ; le chagrin, comme nous le savons tous, hélas ! par notre propre expérience, produit naturellement cette disposition des lèvres.
Bouche relevée aux coins. — Lorsqu'au contraire les lèvres sont naturellement relevées vers les coins, ce qui se rencontre d'ordinaire avec des narines, des yeux et des sourcils relevés de même, c'est signe d'esprit, d'intelligence vive, de gaîté.
Bouche serrée. — Il est des personnes qui ont habituellement les lèvres serrées en rond comme une bourse à coulisse : c'est signe d'attention, de concentration habituelle, de souffrance physique, de chagrin, de constipation... Comme degré d'intelligence, cela n'a pas de portée.
Bouche béante. — D'autres personnes laissent pendre leur lèvre inférieure et ont ainsi la bouche souvent béante : comme signe habituel, cela marque un laisser-aller moral et intellectuel; comme signe accidentel, c'est un effet de la surprise, de l'abattement, de la consternation, de l'incertitude.
Lèvres entr ouvertes. — Mais il en est autrement lorsque, dans un mouvement rapide de surprise, de reproche, de crainte, de colère, les lèvres s'entr'ouvrent : dans ce cas elles sont soutenues, plus ou moins contractées, souvent même agitées d'un tremblement convulsif; elles expriment alors les sentiments que nous venons d'indiquer. Et si, au heu d'être l'effet d'un état passager de l'âme, cette disposition des lèvres est habituelle au sujet, elle est l'indice d'une imagination ardente, de sentiments tumultueux, d'une intelligence active et profonde, d'un caractère résolu. C'est un des moyens dont les acteurs tragiques se servent le plus souvent lorsqu'ils jouent des rôles de traîtres ou de tyrans,
Modelé des lèvres. — Le modelé des lèvres diffère beaucoup, et change le caractère de la bouche. Lorsqu'il est ferme, tranché, il donne, selon le degré, de l'énergie ou de la dureté à l'expiession ;
58 I.A PHYSIONOMIE COMPAHKK
lorsqu'il ost luoelltnix, iiul/'cis, il Tadoucit ou rellace. Mais comme ces (litfprcnres ti«Mineut ou jj;iau(le partie à la cousislance de la peau et des tissus, elles sont surtout une affaire de tempérament et de race, «'I il ne l'audrait pas y attacher une signification absolue.
Principe de la prépondérance individuel Ip . — Nous trouvons en effet ici le lieu de placer une observaticm générale dont il faut toujours tenir compte : c'est que le tempérament et la race ne sont en détiuitive que des inlluences de milieu : or ces intluences n'empêchent pas les aptitudes et les facultés individuelles de diversifier les individus. Malgré son tempérament, malgré sa nationalité, chaque homme est avant tout un organisme indépendant, une âme libre, et son action sur luimême peut annuler dans une mesure indéfinie l'influence du milieu où il vit : la preuve, c'est que dans tous les tempéraments et chez tous les peuples, on rencontre toutes les variétés possibles de caractère et d'intelligence.
La lèvre supérieure. — Le plus ou moins de longueur verticale de la lèvre supérieure, son plus ou moins de saillie en avant, contribuent beaucoup à varier l'expression de la bouche et sont des signes d'une importance notable.
La lèvre longue et verticale indique la prudence et la réserve, et se rencontre plutôt dans un visage intelligent ; courte et saillante, elle donne une expression de dignité, de force, et est, d'ailleurs, très favorable à la beauté, parce qu'en même temps elle découvre bien la lèvre inférieure.
Lobe central de la lèvre supérieure. — Le développement du lobe central de la lèvre supérieure, lorsque ce lobe est bien modelé, est d'un effet très énergique ; il donne un air de décision et d'autorité, et accentue avec une vivacité singulière l'énergie d'une physionomie.
Lorsque la lèvre supérieure déborde sur l'inférieure, la bouche perd de son expression, par la raison bien simple que, de ses deux parties, l'une est cachée sous la masse et voilée par l'ombre ; le visage est moins expressif et prend l'air morne et consterné.
Lèvre inférieure. — En sens contraire la saillie prépondérante de la lèvre inférieure, qui la met en lumière et donne plus de saillie à l'autre lèvre, est un signe de force, d'aplomb dans le tempérament et dans les idées. Cela donne l'air capable et décidé.
Lèvres droites. — Un»; bouche dont les lèvi'(*s ont une ouvei'ture
droite et horizontale indique une nature calme, correcte, un peu froide même, surtout quand les lèvres sont minces. Qu'elles le soient encore davantage, serrées et comme sèches, c'est sig^ne d'un caractère sec, rigide, concentré, dissimulé, et de froideur dans les sentiments affectifs, surtout du côté de la tendresse.
Lèvres onduleuses. — Plus, au contraire, la bouche est ondulée dans la ligne de jonction des deux lèvres, plus on peut supposer de vivacité, de fantaisie et d'ardeur dans les sentiments, surtout si les lèvres sont d'une certaine épaisseur.
Lèvres épanouies. — Que si les lèvres ainsi disposées sont rebondies, s'épanouissant en dehors et se découpant en arc d'un pourpre vif sur la blancheur de la peau, c'est le sigue éclatant d'une disposition habituelle à la franchise, à la bonté, au plaisir, à la gaîté.
Lèvres sensuelles. — Cette disposition devient un indice considérable de sensualité lorsque la rougeur et l'épanouissement des lèvres s'accentuent encore ; Brillât-Savarin a noté avec raison ce signe comme un de ceux qui caractérisent le plus sûrement une jolie gourmande, et on peut l'attribuer avec non moins de confiance à toutes les sortes de sensualité.
Indice intellectuel de la bouche. — En terminant, remarquons que la bouche pourrait, presque à elle seule, servir à mesurer du premier coup d'œil le degré de culture intellectuelle et même de civilisation, de l'individu qu'on considère. Plus une race est primitive, plus sa bouche est inerte et dépourvue d'expression.
La bouche du paysan. — On peut observer cela sans sortir de chez nous, et on est frappé de l'aspect tout particulier de la bouche des paysans : c'est une fente, une ouverture, et rien de plus.
C'est que si la bouche, comme nous l'avons remarqué en commençant, est le siège de plusieurs facultés exercées également par tous les hommes, elle est l'instrument de la parole, instrument qui ne peut pas manquer de se modeler sur la parole ; or^ la parole c'est l'intelhgence même, et voilà pourquoi le paysan, qui exerce moins son intelligence, a une bouche moins expressive.
La bouche du singe. Le cri de Gratiolet. — Toute proportion gardée, on peut rappeler ici le mot superbe de Gratiolet discutant les caractères du singe, et s'écriant, à propos de la bouche de cet animal, qu'on prétend assimiler à la nôtre :
60 LA PMYSIUNOMII': COMPAllEE
— Ces lèvres ne parleront jamais !
Les joues. — Les joues complèleiil, par leur modelé aussi bien que parleurs mouvements, renseml)le (lu visage et celui de l'expression. Bien que la plus grande partie de ces mouvements soient produits indirectement par (MMix de la bouche ou des mâchoires, les joues ont, à plusieurs points de vue, une importance considérabl(\
D'aboid, comme tous les traits doubles, elles foui la symétrie ou rasyméirie du visage, et c'est une observation qu'il faut appliquer à tous les traits doubles, yeux, sourcils, narines, pommettes, dont l'inégalité trouble l'effet propre et l'effet d'ensemble, tandis que le visage est d'autant plus harmonieux que ces doubles traits sont plus semblables : car c'est une règle en toutes choses, et particulièrement en physionomie, que l'égalité et la ressemblance composent l'harmonie, et que l'inégalité et la dissemblance produisent la dissonance.
Les joues forment, avec le front, la plus grande partie de la surface môme du visage, elles se continuent et ne font qu'un avec les pommettes et les mâchoires ; c'est sur cet espace relativement neutre et calme que se dessinent et se détachent les traits parlants, si on peut dire, du visage, les yeux, le nez, la bouche : ceux-ci sont le tableau de la physionomie, elle en est le fond.
Enfin les joues sont la partie dont le coloris est le plus animé, le plus variable au gré des impressions du moment, le plus significatif au point de vue de la santé, du tempérament, de la race, du sexe même, puisque c'est ce qui donne le teint, et le teint, dont nous aurons à parler à part, n'est pas moins important comme indice physionomique que comme condition de la beauté.
Les joues ont peu d'expression par elles-mêmes ; elles portent surtout l'indice du tempérament et on ne peut guère en tirer d'inductions que sur des penchants tenant de près à la constitution qu'elles annoncent.
Joues massives. — On trouvera donc des joues massives chez les hommes de forte complexion, à musculature puissante, et leur aspect complétera un visage où les penchants physiques s'annoncent comme prédominants.
Joues maigres. — Les joues maigres donneront des indications opposées et coïncideront avec un ensemble opposé aussi, et le visage prendra uu air plus fiu, plus intelligent.
Joues pendantes. — Les joues pendantes, lorsque cette disposition est modérée, donnent beaucoup de force et de dignité à la physionomie. Mais il faut que la masse conserve de l'ampleur et de la fermeté, car si elle est flasque et lâche, l'expression est contraire et donne un air de mollesse, de délabrement.
Dépression des joues. — Une certaine dépression dans les joues audessous des pommettes donne à la physionomie quelque chose de puissant, et cet effet se double, chez les personnes d'un certain âge, par un sillon plus ou moins profond qui se marque à la suite.
Les fossettes. — Les fossettes donnent, lorsqu'elles sont modérées, beaucoup de grâce et de vivacité au visage, particulièrement quand elles accompagnent le rire. Les fossettes trop marquées, celles qui se maintiennent même dans les moments où le visage reste sérieux, y impriment un cachet de vulgarité, de rusticité : les paysans en ont assez souvent de cette sorte. Au reste il semble bien que, tout considéré, on ne les rencontre guère sur des têtes très intelligentes.
Le rictus. — Il est un autre trait, au contraire, qui caractérise beaucoup la physionomie dans le sens de l'énergie; c'est le rictus, cette ride qui, partant de la narine, descend, contournant les muscles de la bouche, les séparant, par un sillon plus ou moins profond, de ceux de la joue, et allant se perdre au bord de la mâchoire inférieure. Ce trait, selon la disposition et la consistance des parties qu'il sépare, refoule en bourrelets plus ou moins épais la peau des joues, lui donnant beaucoup de relief et de mouvement, tandis qu'en même temps, rassemblant et encadrant la masse des lèvres, il en accentue et en augmente l'expression. On le voit, c'est toujours le même principe : tout ce qui se met en évidence, tout ce qui met en évidence, est favorable à la physionomie.
Le uienton. — Le menton est encore, avec la mâchoire, dont il n'est d'ailleurs qu'un prolongement, généralement d'accord avec les pommettes et les mâchoires pour marquer par des formes analogues des penchants doux ou violents, élevés ou bas, suivant qu'il est faible ou fort, délicat ou grossier.
Les variétés de son modèle donnent à ce trait des expressions d'autant plus diverses qu'elles se lient très étroitement à celles de la bouche, et d'autant plus énergiques que le menton est doué d'une certaine mobilité de haut en bas et de bas en haut.
62 LA PHYSIONOMIE GOMPAREK
Mentim nirn''. — Un menton carit'ï du bas indique la force, le calme, dans l'action comme dans la pensée ; cette indication acquiert plus d'énergie si le menton est creusé d'une fossette profonde. Cette fossette correspond d'ailleurs presque toujours à un sillon droit très marqué entre les sourcils, et ces deux signes sont le résultat de l'épaisseur de la peau et de la grosseur des muscles de la face.
Ceci montre une fois de plus comment l'expression de chacun des traits du visage est à la fois propre à sa forme particulière et concordante avec l'effet de chacun des autres traits et de l'ensemble de tous.
Analogie du menton avec les autres traits. — Les lignes du menton sont généralement analogues à celles des autres traits : cela est surtout frappant dans le type aquilin, où la courbe concave du menton est pour ainsi dire égale à la courbure convexe du nez, tandis que sa longueur et sa saiUie sont aussi proportionnelles à la mesure du même trait. 11 suffit de songer à la figure de Polichinelle pour vérifier ce rapport.
Exceptions. — Cependant le menton, à la différence des parties hautes si bien liées entre elles, présente souvent un écart considérable par rapport aux autres parties osseuses de la face, et on voit de très petits mentons dans des visages à traits supérieurs très larges, comme aussi de très grands au bas de visages à petits traits.
Cet écart ne va cependant pas jusqu'à se mettre en opposition avec le style du type, et on ne verra jamais un menton plat ou carré avec un nez aquilin, ni un menton recourbé en avant, c'est-à-dire aquilin, avec un visage plat ou carré.
En résumé, un menton saillant, aux lignes hardies, aux masses fermes, indique l'énergie et l'activité ; un menton effacé, aux lignes indécises, peu étoffé en chair, trahit la faiblesse et la timidité. On peut aussi, au point de vue intellectuel, tirer dans un sens ou dans l'autre les mêmes indications.
Menton des bavards et des menteurs. — Je crois que si l'on voulait bien les observer, on reconnaîtrait, ainsi que je crois l'avoir remarqué, que les menteurs et les bavards ont dans le menton quelque chose de tout particulier : leur menton est large, perpendiculaire, sans saillie centrale ; les angles latéraux en sont arrondis, et la peau en est tendue de façon à devenir souvent luisante, surtout lorsqu'ils parleid.
Le teint. — Le teint, ({U(>i(iu'il s'étende à toute la surface de la peau
du corps, ne se considère, au point de vue de la physionomie, que sur le visage. Malgré tout ce que les traits ont de fixité, de saillie, de signification propre ou collective, on n'imagine pas à quel point le teint influe sur Texpression du visage : on n'a qu'à mettre un blanc et un nègre en présence pour faire sauter aux yeux cette vérité.
On objectera peut-être que les traits du nègre ne diffèrent pas moins que sa couleur des traits et de la couleur du blanc : mais on peut répondre que si les traits diffèrent, c'est en grande partie parce que le teint est différent, et on n'en verra que mieux ressortir l'importance de cette coloration, puisqu'elle est un des signes les plus essentiels de la race, du tempérament et, par conséquent, du caractère.
Le teint et la beauté. — (Juant à la beauté, le teint en fait la moitié : la preuve, c'est que la coutume de se mettre du blanc, du rouge et autres cosmétiques analogues, a été, de tout temps et chez tous les peuples, reconnue et pratiquée comme le moyen le plus efficace d'embellir le visage.
La clarté. — Ceci nous fournit la première et plus importante obs.ervation à faire sur le teint, c'est qu'en général la clarté et l'animation y sont un avantage. En effet, on peut dire d'abord que plus le visage est clair, plus il est facile et agréable à voir.
Les acteurs et la lumière. — Sur la scène, on a soin d'éclairer le visage des acteurs en dessus et en dessous. Sans doute c'est afin qu'on les voie mieux, mais cet éclat les embellit beaucoup, et d'ailleurs ils ajoutent encore à cet effet en se mettant encore plus de blanc et de rouge qu'on ne s'en met à la ville.
U éclairage du modèle. — Tous les artistes savent que, à part quelques têtes d'une expression particulièrement marquée, un modèle gagne en beauté à proportion qu'il est plus éclairé.
Tout celase justifie par ce principe que l'effet de chaque chose est d'autant plus achevé que cette chose exprime plus clairement ce qu'elle est et qu'on en peut plus facilement juger: un teint clair est agréable à voir parce qu'on le voit bien, tout comme on a plaisir à voir des yeux bien nets et bien ouverts, une bouche délicatement et fermement modelée.
Couleur de la peau. — La couleur de la peau vivante est d'un orangé plus ou moins clair; cette couleur résulte du mélange du rouge du sang et du jaune de la peau ; la peau, par elle-même et dépourvue de
04 LA PHYSIONOMIH GOMPAIIKK
sauji,, «'st (run jaune [)r('s(|iie citmii, iiiiisi qu'on peut le voir sur les morts. Toutes les nuances de la peau sont au fond dérivées de celle-là.
Colordtion de rare. — indépendamment de cette teinte propre, la peau se colore plus ou moins en brun, et même en jaune, en rouge et en noir, dans certaines races ou dans certains individus parla transparence du piynicntuin^ couche colorante placée sur le derme. Enlin le hàle, les taches de rousseur, ou des particularités de nuance de l'épiderme, la foncent plus ou moins.
Caractéristigur du teint. — Un teint clair caractérise en générai le tempérament sanguin et le tempérament lymphatique. Dans le premier cas il est rosé et variable, dans le second, blanc et reposé.
Les indications sont à peu près les mêmes que celles du tempérament auquel elles correspondent, et sur lesquelles il serait superflu de revenir. Ce qu'on peut dire, c'est qu'en général le teint clair indique plutôt l'aisance que la force de la vie; et même, lorsqu'il devient excessivement clair, c'est signe de faiblesse de complexion et, par conséquent, de peu d'énergie dans le caractère.
Teint hlonc. — Un teint blanc et mat, s'il est laiteux, marque le lymphatisme ; un peu plus de force de tempérament, et plutôt du calme que de la faiblesse dans les sentiments.
Teint rosé. — Un teint uniformément rosé indique un mélange des tempéraments sanguin et lymphatique, et une moyenne entre les aptitudes de ces deux tempéraments.
Teint rouge. — On voit, chez des personnes maigres et à cheveux roux ou blonds, des teints d'un rosé uniforme dont le ton est tellement vif, que la peau ressemble à de la viande crue. Cette couleur, avec celle des cheveux roux, forme un ensemble étrange, et donne au visage une espèce d'égarement vague : l'expression de la physionomie est nulle ou indécise. Je ne ci'ois pas qu'on trouve ce genre de teint sur des visages aquilins. Soit qu'il reste propre aux types peu accentués, soit à cause de l'uniformité d'une teinte aussi violente, il produit très rarement un effet favorable.
Teint pâle. — Quant au teint pâle, on peut dire qu'il forme la transition entre les teints clairs et les teints foncés, car selon sa nuance il peut appartenir à des tempéraments très différents.
Pâleur nmladice. — La pâleur de l'anémie ou couperose est un jaune citron excessivement clair; celle de l'hydropique est grise,
comme plombée ; celle du poitrinaire est rose pâle ; dans le bilieux, dans certains malades du foie, elle est jaune ou d'un rose piqueté particulier ; enfin il y a des gens qui sont naturellement pâles quoiqu'ils ne puissent être classés dans aucune de ces catégories, et dont la peau est d'un orangé très clair : c'est le teint mat.
Indications de la pâleur. — Laissant de côté les cas de maladie, que nous avons dû citer pour les exclure, disons seulement que la pâleur, dans les teints mats comme dans les teints bilieux, indique en général du calme et de la concentration. Elle est le signe bien reconnu du chagrin^ du travail intellectuel, d'habitudes méditatives, de penchants au spirituaHsme ; les savants, les ascètes, les fanatiques, ont presque toujours le teint pâle.
Enfin, comme indication de l'activité du sujet, la pâleur est la trace de grandes fatigues, de veilles habituelles, d'excès fréquents : elle est un des signes de l'ivrognerie parl'alcool.
Quand les excès arrivent à un point extrême, la pâleur alcoolique s'accompagne de hvidités plombées qui ponctuent la peau. Bien des mois après le siège de Paris et la défaite de la Commune, on reconnaissait facilement à ce signe, sous leurs habits bourgeois, les hommes qui avaient fait partie des bataillons insurgés : ils avaient la figure jaune et bleue.
Rougeur. — La rougeur du teint, particulièrement propre aux sanguins, est chez eux un signe de vivacité lorsqu'elle est modérée, de violence lorsqu'elle est excessive et que les joues, le nez, le front, le menton et les oreilles, sont grossièrement rougis de sang par plaques et par sillons.
Chez r apoplectique. — Chez les apoplectiques, le rouge tourne, avec l'âge, au violet et au bleu, et donne au visage une turgescence flamboyante dont l'effet est parfois épouvantable. Mais ce n'est plus alors qu'un symptôme pathologique.
Chez les ivrognes. — On trouve des signes analogues, avec une intensité concentrée sur le nez, chez les ivrognes qui se grisent avec du vin. Je ne saurais dire s'il y a là une teinture par infiltration des principes colorants du raisin, ou si cette nuance est simplement l'effet de la congestion habituelle au buveur, mais l'aspect et le ton d'une face d'ivrogne le font distinguer à première vue d'un apoplectique ou d'un sanguin.
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Chez les scrnfuleua-. — 11 y a une certaine nuance de rougeur du teint qui est propre aux scrofuleux : c'est la nuance rouge brique. Bien que la scrofule ne soit qu'une maladie et non un élément physionomique, robser\ation est bonne h noter pour les personnes en quête de mariage.
Teints bruns. — Le teint brun, qui caractérise en général le tempérament bilieux, mais qui se rencontre souvent dans d'autres cas, donne à l'ensemble des traits plus d'unité et d'énergie, par la double raison que les ombres, aggravées par la teinte brune de la peau, en deviennent plus marquées, et que les clairs, adoucis par la même teinte, s'enlèvent plus doucement, à la différence du teint clair, où les contours et les saillies de chaque trait sont très éclairés et leurs ombres peu marquées. Et voilà comment il se fait que le teint clair détaille mieux chacun des traits, et que le teint brun en concentre mieux l'effet d'ensemble.
La différence du brun au clair n'agit d'ailleurs pas uniquement sur l'ensemble général, et elle change encore le rapport relatif d'un trait à un autre : par exemple, l'opposition entre de grands yeux et un front bas ne donnera pas le même effet avec un teint clair qu'avec un teint brun : dans le premier cas, l'œil sera placide et sans expression ; dans le second cas, il paraîtra reluisant et hagard.
Nuances du teint brun. — On peut ramener à quatre nuances tous les teints bruns de la race blanche: ces nuances sont le jaune, le cuivré, l'olive et le brun, c'est-à-dire un noir plus ou moins éclairci d'orangé.
Le tempérament, la race, les conditions de vie, font prédominer avec plus ou moins d'intensité telle ou telle de ces nuances. Ces variétés ne donnent à la physionomie que des accents ou des degrés, mais, comme tous les cai-actères collectifs, elles n'en laissent pas moins subsister les particularités et les aptitudes individuelles: la plupart des Flamands ont le teint clair, la plupart des Espagnols ont le teint brun, et cela n'empêche pas (pi'il n'y ait parmi eux, comme parmi les peuples à teint jaune ou à IcinI noir, une diversité infinie.
JRaces exotiques. — En dehors de la race blanche et de l'Europe, on peut dire que la nature a épuisé tous les tons, sauf le bleu, pour barbouiller la figure de nos congénères des quatre autres ])aities du monde. Depuis le nègre noir comme de l'encre jusqu'à In Taïtienne
dorée comme mie orange, elle a fait des gens sépia, ocre brun, terre de Sienne, \eau fauve, rouge brique, bronze florentin, cuir de Russie, vieil acajou, laiton, cuivre rouge ; il y en a même, dit-on, dont la peau est rose vif comme celle d'un radis. Tout cela, ce sont des hommes, mais quand on voit certains d'entre eux^ vraiment on a peine à le croire.
Les cheveux et la barbe. — Considérés au point de vue physiologique, les cheveux et la barbe occuperaient un rang tout à fait secondaire dans les traits du visage, car ils ne constituent par euxmêmes qu'une espèce de végétation, et ils peuvent manquer complètement ou disparaître sans que le visage en soit gravement compromis, tandis qu'il est défiguré si un seul des autres traits est détruit.
IMais lorsqu'on aura observé avec attention un certain nombre de têtes d'homme et de femme, on reconnaîtra l'immense importance des cheveux et de la barbe.
Importance de la coiffure. — La coiffure, non seulement chez les nations civihsées, mais chez les derniers des sauvages, a toujours été pour l'homme et pour la femme le premier et le plus essentiel de leurs soins : il y a des peuples qui ne s'habillent pas, mais il n'y en a point qui ne se coiffent.
C'est qu'en effet la coiffure, on peut le dire, transfigure la tête : elle en change la dimension apparente, elle en modifie les proportions, elle couvre ou découvre tour à tour le front, les joues et le cou, avec des effets divers selon la couleur des cheveux, selon les relations de cette couleur avec la nuance de la peau.
La barbe. — Chez l'homme, la barbe vient doubler et plus l'importance de ces modifications, puisque, entière, elle peut couvrir la moitié de la face, et que, rasée partiellement, elle forme, sous le nom de moustaches, de favoris ou de barbiche, de véritables traits artificiels. Ces traits substituent à la physionomie naturelle une physionomie acquise, intentionnelle, dont la signification est d'autant plus sûre qu'elle a été volontairement recherchée.
Lnportance des cJicceux et de la barbe. — Loin donc d'être réduits au rôle de simples appendices accessoires, les cheveux et la barbe sont une partie très active, très vivante, des traits de la physionomie : ils le sont à cause de leur souplesse, qui permet d'en varier indéfiniment les
masses, les lignes et la disposition ; ils le sont à cause de leur insensibilité et de leur croissance continue, grâce auxquelles on peut les couper, li's teindre, les épiler, ou les laisser croître indéfiniment.
Leur c.rpression . — Ce n'est pas tout, et nous allons voir qu'ils ont, suivant leur cousislauce, leur plus ou moins de poli ou de souplesse, leur mode d'inseition ou d'alignement, une grande variété d'aspects correspondant à autant d'effets d'expression.
Leur t m pur tance en ethnologie. — Enfin, et c'est là qu'on peut se rendre compte du rôle de la chevelure dans l'humanité, c'est par sa nuance que se détermine le classement de chacun de nous en bruns, blonds, châtains et roux, sans parler, hélas ! des gris et des blancs. Je ne compte pas les chauves, qui sont hors concours.
Celte couleur des cheveux, qui, d'ailleurs^ sauf quelques exceptions, est en même temps celle de la barbe, est d'un effet décisif dans la physionomie, parce qu'elle en est un des traits les plus frappants.
Effet cr expression selon leur nuance. — Plus les cheveux sont bruns, plus le visage prend un air d'énergie : à mesure, au contraire, que la nuance en tourne au châtain, l'expression devient plus calme ; et si, chez les blonds ou les roux, on rencontre des visages énergiques, c'est le plus souvent dans les autres traits qu'on en trouve l'indice.
Cependant des chevelures de nuance claire peuvent donner à certains visages enflammés ou truculents un caractère beaucoup plus violent encore, mais c'est qu'alors ces chevelures sont d'une nature particuhère, ainsi que nous le verrons.
Nuances franches^ nuances douteuses. — Que les cheveux soient foncés ou clairs, l'effet en est d'autant plus marqué que la nuance est plus franche : des cheveux d'une nuance fausse ou douteuse ne jouent aucun rôle dans l'expression; des cheveux décolorés, inégaux de couleur, i)euvent même éteindre en partie l'effet des autres traits.
Rapport de la nuance des cheveux avec le tempérament. — Dans l'état scrofuleux ou lymphatique, ils sont souvent d'une nuance pâle et trouble qui confirme les autres signes.
Dans nos races européennes, les cheveux très foncés se rencontrent le plus souvent chez les bilieux ; les cheveux châtain ou blond cendré, chez les sanguins ; châtain plus souvenl foncé, chez les nerveux; blond pâle ou tirant sur le brun, chez les lynq)athiques. Ouanl à la nuance rouge et aux divers roux qu'elle forme en se combinant avec le brun
OU le blond, ou la rencontre dans tous les tempéraments, sauf peutêtre le bilieux.
De toutes ces nuances et de leurs combinaisons infinies on ne saurait tirer d'autres inductions que celles des tempéraments, et encore voit-on qu'elles sont loin de concorder toujours chacune avec un tempérament particulier. Il faut donc se borner à constater l'effet d'accentuation plus ou moins marqué produit par le foncé ou le clair des cheveux et de la barbe, et ne pas pousser plus loin, sous peine de tomber dans la fantaisie. Il y a d'autant plus de raison à cela, que, surtout pour les cheveux clairs, la teinture en modifie les nuances à l'infini, et des chevelures blondes, sur certains visages de jolies femmes, changent continuellement d'un jour à l'autre comme l'aspect d'un ciel
plus ou moins doré.
Co7imtance des cheveux. — Ce qui est plus significatif et plus précis dans la chevelure, c'est sa consistance. Des cheveux souples, fins, brillants, unis, forment des surfaces unies et satinées, des contours allongés et calmes : si, au contraire, les cheveux sont secs, gros, ternes, rudes, l'aspect est tout différent, les surfaces sont moins éclairées de reflets, les masses sont plus raides, plus vivement marquées. Dans le premier cas, l'effet est doux et donne au visage du calme et de l'harmonie ; dans le second cas, l'effet est dur ou marqué, et produit un aspect tendant plutôt à l'agitation, au désordre.
Cheveux plats. — Les cheveux tout à fait plats, qui d'ailleurs sont presque toujours en même temps fins et clairs, sont tellement reconnus comme un signe de bassesse, de dissimulation, d'humilité, d'avarice, que sur le théâtre on n'a jamais manqué de représenter les
traîtres,. les avares, les hypocrites, et en général ce qu'on appelle
un pauvre diable, avec des cheveux plats.
Pauvreté ou abondance des cheveux. — La pauvreté de la chevelure
et de la barbe est en effet un signe de tempérament faible, et, par
conséquent, de cœur médiocre.
Cheveux frisés. —Au contraire, les cheveux frisés sont un indice
presque certain de vigueur physique et d'énergie morale, mais non de
supériorité intellectuelle. On a vu plus d'un héros frisé, mais d'homme
de génie, je ne crois pas.
Cheveux crépus. — Ouant aux cheveux crépus, à leur maximum de
torsion ils caractérisent la race nègre et d'autres races aussi peu in-
tollitjoiites, ot je no vois pas d'ici de tête crépue, sauf une, qui recèle de grands trésors d'intelligeuee.
Cheveux ondes. — Les cheveux ondes, généralement gros et épais, sont un signe de bon tempérament, et la santé du corps est un gage de la santé de l'Ame : Mens sana in corpore sa?îo, comme disaient les anciens.
CJiereux des malades. — Dans certaines maladies, et notamment dans le mal de Pott, les cheveux deviennent ternes et rêches. On sait que l'état du poil est aussi un indice de santé ou de maladie chez les animaux, selon que ce poil est brillant ou terne.
Disposition des cheveux. — Enfin, pour ne rien oublier, notons que le mode de disposition des cheveux n'est pas sans une action sensible sur l'effet du visage. Si les cheveux sont plantés très bas et en ligne droite sur le front, ils lui ôtent toute sa valeur, mais ils font ressortir beaucoup les yeux et paraîtrç plus lin le bas du visage : somme toute, cela donne l'air moins intelligent.
S'ils sont plantés très haut et encore en ligne droite, le front prend une étendue considérable, et le visage s'ennoblit.
Les cheveux dont la plantation s'avance en pointe sur les tempes et se découpe sur le haut du front en courbes rentrantes, favorisent l'aspect de distinction, d'harmonie et de franchise, d'un visage gracieux ou noble. Dans l'extrême jeunesse, une coiffure à la chinoise donne au visage d'une jeune fille une fraîcheur et une grâce incomparables ; une femme en pleine fleur de beauté gagne toujours à découvrir ses tempes et à relever ses cheveux.
Chez l'homme, le dégagement des contours du front éclaircit et ennoblit l'expression.
Cheveux blancs ou gris. — La nuance grise ou blanche des cheveux n'est, à proprement parler, qu'un signe de l'âge.
Bien que ces nuances aient un effet très marqué sur la physionomie, en réveillant naturellement les idées de sérieux ou de respect que les cheveux gris ou hlancs portent avec eux, ce ne sont pas des traits du visage. Néanmoins il faut noter, au point de vue de l'ensemble, que les cheveux gris, suivant qu'ils le sont plus ou moins, donnent de l'énergie à certaines figures martiales ou accentuées, surtout lorsque la peau est brune, et adoucissent les figures à expression moyenne et <i teint clair ou rosé.
Quant aux cheveux blancs, s'ils donnent de la majesté au \isage des vieillards, c'est qu'ils entourent ce visage d'une plus grande lumière qui éclaircit le teint et atténue les ombres des rides .
La poudre. — C'est par la même raison que la poudre embellit si généralement ceux qui s'en blanchissent les cheveux : un visage à demi jeune et à demi vieux ne peut pas regagner toute sa jeunesse, mais il regagne la moitié de ses avantages et il perd la moitié de ses inconvénients.
Couleur et disposition de la barbe. — La couleur, la consistance et la disposition de la barbe peuvent donner lieu aux mêmes observations que les cheveux : ce qui est vrai des cheveux en est vrai par les mêmes raisons, et il serait oiseux de le répéter.
Son expression. — Mais ce qu'on n'a pas, ce me semble, assez remarqué, et dont les artistes tiennent cependant le plus grand compte dans le choix de leurs modèles, c'est la variété et l'énergie de l'expression de la barbC;, non seulement selon sa couleur, ce dont nous ne reparlerons plus, mais à cause des diverses façons dont elle est plantée.
Épaisseur de la barbe. — D'abord, si de légères différences d'épaisseur n'y signifient pas grand'chose au point de vue de l'intelligence, il est certain qu'une barbe excessivement fine, inégale, pauvre, est un signe de faiblesse ; mais ce qui est plus sûr encore, c'est que la barbe excessivement épaisse est un signe d'épaisseur et de lourdeur dans rintelligence, et de force physique.
Ses formes diverses. — Je crois qu'on peut aller plus loin, et tout en convenant que je n'ai pas assez observé pour formuler une conclusion précise, je ne puis m'empêcher de croire qu'aux formes si différentes que prennent la barbe et surtout les moustaches^ correspondent des indications plus ou moins intimes sur le caractère de l'homme. Il y a des barbes dont l'expression est aussi énergique que celle des autres traits du visage, et ce qui me porte à croire qu'on pourrait essayer d'observer dans cette direction, c'est la diversité des coupes et des dispositions que la plupart des hommes donnent à leur barbe avec tant de soiu et d'intention réQéchie. Ce n'est pas ici la même chose que la coiffure : la coiffure se dispose sur la partie osseuse de la tête, tandis que la barbe s'étend sur les traits mobiles, notamment sur la bouche, s'y modèle et en suit les mouvements, au moins dans une certaine mesure.
72 LA l'IlVSIONOMIK COMI'AUKK
C(n//)es rt (lispositions artificielles de la barbe; leurs effets. — En y rétléchissanl avec attoiitioii, on peut, je crois, dc^terminer pour chacune des coupes el des dispositions de la Ijarlic relîet qu'elles produisent, et même en montrer la raison. 11 est d'abord reconnu par loul le nioiulc (|ue chaque coupe de la barbe a son expression particulière, qui, sauf très peu d'exceptions, est cherchée à dessein par celui ({iii a adopte cette coupe pour hii-nième ou l'a imposée à ses sul)ordonnés.
C'est ainsi que les moustaches onlétéde tout temps et sont encore aujourd'hui prescrites aux mihtaires. Les personnes qui veulent avoir l'air militaire ou martial, les adoptent également. Pour les uns comme pour les autres la raison est la même et le résultat est le même. Les moustaches donnent de la vivacité à la physionomie par des effets faciles à analyser. Elles sont d'une couleur plus foncée que la peau, elles ouf du relief: elles se détachent donc doublement sur le fond lisse et clair de la face : elles y font mouvement et contraste. Elles sont de plus en travers du visage, elles le coupent : nouveau contraste par opposition avec la ligne verticale du nez ; par leur parallélisme avec les sourcils, elles donnent delà valeur aux yeux en les soulignant. Rien donc que par leur position, leur relief et leur couleur, elles avivent le tableau physionomique. .^lais ce n'est pas tout, et selon la disposition, le plus ou moins de longueur, les ondulations ou les frisures qu'on y donne, elles prennent des formes plus ou moins crânes, plus ou moins cavahères ou imposantes. Elles sont d'ailleurs très expressives par une autre raison, c'est que, couvrant les lèvres, elles en sont le prolongement, en suivent les mouvements et même les amphfient, si bien que le spectateur y voit malgré lui des lèvres, mais des lèvres d'un aspect formidable et barbare : les moustaches, en un mot, sont la bouche portée à un plus haut degré d'expression.
Les favoris seuls, qui sont généralement adoptés par les marins et parles magistrats, ont un effet difTérent qui peut s'expliquer par des raisons analogues. Ils laissent à découvert le milieu du visage^ notamment la bouche, qui en est le trait le plus intellectuel, ainsi que nous l'avons remarqué : ils ne peuvent donc rien ajoutera la physionomie dans le sens de la vivacité. Mais en formant masse de cluuiue côté des joues, ils (loiiiiciil de la précision au coiilour du \isage, de la
symétrie aux traits, et éveillent, par leur direction verticale et leur volume, une idée d'équilibre et de poids qui s'accorde avec celle qu'on se fait de l'autorité calme, de la fermeté froide, nécessaires à un marin ou à un magistrat.
La barbe entière, lorsqu'elle est portée longue, forme une sorte de draperie ou de voile qui supprime la moitié du visage pour n'en laisser paraître que les parties les plus élevées : de là l'expression de calme et de majesté qu'une longue barbe porte d'ordinaire, à moins que le visage et le reste de la personne n'y contredisent, bien entendu.
La barbe très courte ou rase est défavorable à la physionomie. Réduite à la longueur d'un poil de chien, elle couvre d'une couche épaisse et uniforme la moitié du visage : elle en supprime donc la moitié de l'expression et ne la remplace pas, comme fait la barbe longue, par un effet significatif. Que si à la barbe courte on ajoute des lunettes, le visage n'est plus qu'un masque sans regard et sans sourire.
Le collier hébraïque, moyen terme entre la barbe entière et les favoris, donne des effets qui tiennent de ces deux coupes. Mais il a un inconvénient qu'on ne saurait méconnaître, c'est qu'il est rarement avantageux à l'harmonie physionomique, en circonscrivant trop durement le contour du visage : il donne par suite un air rude et commun.
Quant à la barbe de bouc comme la portent les Américains, il n'y a pas de figure qui puisse y résister : ce bouquet de poils isolé au bas d'une figure rasée, ce prolongement et cette importance donnés au trait le plus insignifiant et le plus massif du visage, font un effet très désagréable. Cet effet peut d'ailleurs s'expliquer comme ceux des moustaches et des favoris : chaque trait, cela est incontestable, porte avec lui, une idée qui s'élève ou s'abaisse selon qu'il est plus ou moins développé : or, le menton ne représente que des idées très secondaires dans l'ensemble de l'expression : son développement apparent ne sera donc pas plus agréable aux yeux et à l'esprit que ne l'est son développement réel lorsqu'il est d'une grandeur excessive.
Indépendamment de ce que la coupe lui donne, la barbe peut varier en expression d'après la façon dont on la dispose. Les effets divers qu'on |)eut ainsi produire résultent des mêmes principes gêné-
74 LA PHYSIONOMIE COMI'AHIÔK
raux qui prc^sident à l'expression des traits. Selon que l'ordre ou 1(î dt»sordre, la correction ou Tirrégulaiité, répanonisseinent ou la concentration, domineront dans la disposition de la barbe, il y aura des elTefs agréables, désagréables, etc.
Mais c'est assez insister sur ces traits secondaires du visage : notre observation n'avait d'autre intérêt que de montrer, même dans cette partie presque inerte, l'application des principes universels et invariables de l'expression.
Les fonmes à barbe. — 11 n'est pas sans exemple de voir la barbe fleurir ou sévir avec plus ou moins d'abondance sur un visage féminin. Chez certaines femmes elle prend des développements tels qu'elle peut devenir pour elles, suivant la façon dont elles la subissent, un bienfait, ou une calamité : un bienfait si elles en tirent profit pour se montrer dans les foires ; une calamité, si elles prennent le parti de se raser comme un sapeur cassé de son grade.
Cependant on m'a cité une dame qui avait trouvé moyen de tirer vanité d'un superbe collier de barbe noire dont un caprice delà nature l'avait gratifiée, et qu'elle étalait en se rengorgeant.
On rencontre assez souvent dans le monde des femmes portant des favoris ou des moustaches qui, vu les usages du sexe, ne sont pas précisément à l'ordonnance : un nuage de poils follets sur les joues, et même des petites moustaches bien fines et bien nettes, ne déparent pas, aussi irrémédiablement qu'on veut le dire, un joli visage de brune.
Mais il y faut du choix et de la qualité : des poils gros, frisés, inégaux, fleurissant au coin des lèvres et de chaque côté du menton, sont quelque chose d'affreux : l'effet en est déplorable, et il faut nous couper cela.
Question de la brune et de la blonde. — 11 ne serait pas séant de quitter ce sujet sans dire au moins un mot d'une question sur laquelle les docteurs disputent encore et disputeront probablement jusqu'à la fin des siècles : je veux parlei' de la ([uesliVui de la biuiu^ el de la Idonde.
Aux yeux d'un observateur siqxM'ficiel ou indilférenl, il send)le que cette nuance plus ou nu)ius foncée d'un (m iieiueul ualiu-el ue puisse pas avoir grande iutluence sur le ecrur ou sur l'espiil de la lenuue qu'il déeoi'e, car si l'ou considère la même diversité daus l'IuMunu»,
on ne voit pas que d'être brun ou blond fasse une grande différence dans le caractère.
Lc8 peuples blonds et les peuples bruns. — Cependant si, au lieu de réduire nos observations à quelques individus isolés pris dans le même pays et dans la même race, nous comparions en masse les peuples blonds aux peuples bruns, nous trouverions dans la couleur des cheveux plus qu'un hasard de nuance, et cette couleur prendrait autant d'importance que les autres traits généraux de la physionomie, tels que le type, le teint, la taille, qui sans doute diversifient les individus d'une même race, mais qui deviennent des caractères ethnologiques lorsqu'ils viennent à se généraliser et à prédominer chez tel ou tel peuple pris dans son ensemble.
Le règne blonde et le règne brune. — Quoi qu'il en soit, il est certain que, dans l'état actuel de nos sentiments et de nos mœurs, les femmes blondes et les femmes brunes ne sont pas simplement des variétés d'une même espèce, et que, si on se rend compte de l'immense différence qui les distingue;, la seule solution possible de la question sera de dire que les femmes blondes et les femmes brunes forment véritablement deux règnes à part.
Cela tient-il à l'esthétique que le nom seul de blonde ou de brune fait déborder de tous les cœurs, ou bien est-ce la suite du régime particulier de toilette et de sensibilité que la couleur de ses cheveux impose à la femme, toujours est-il que le roman, le théâtre^ la poésie, la peinture, la critique et la morale, sans parler de l'amour, travaillent incessamment à poser, à éclairer, à discuter, avec une ardeur insatiable, cette question de la brune et de la blonde, qui de tout temps a passionné les plus grands esprits, tourmenté de scrupules infinis les cœurs les plus sincères.
Conclusions motivées. — Je ne puis pas songer à approfondir ici une question qui demanderait toute une vie d'étude et de travail, mais je me crois fondé, d'après ma propre expérience et celle de mes voisins, à proposer au moins des conclusions que je crois suffisamment justifiées, et que voici :
Quand on songe à tout ce qu'il y a de bonté, de candeur, de loyauté, de dévouement, de. fidélité, de douceur, de sûreté, d'harmonie, de sensibilité, dans la brune;
Et quand on rêve à tout ce qu'on peut découvrir de grâce, de séduc-
7«; LA PHYSIONOMIE GOMPAHEK
tioii, de L'hatlerie, (reiilliousiasme, de caprice, de violence, de mystère, de poésie, de passion, chez la blonde ;
iMais quand on voit combien égalemenl belles peuvent être une brune et une blonde judicieusement choisies ;
Tout bien pesé et considéré, je conclus que le plus sage serait d'aimer la blonde et d'épouser la brune.
S'il se trouve quelqu'un pour me dire lequel vaut mieux de l'amour ou du mariage, que celui-là me jette la première pierre.