‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 105 sur 172 · MLMIQUE DES DIVERS TRAVAUX INTELLECTUELS · texte numérisé non relu

MLMIQUE DES DIVERS TRAVAUX INTELLECTUELS

fluence de la percussion pour éveiller dans le cerveau des mouvements moléculaires est tout à fait évidente.

Travail de la parole. Le visage s'allume ; l'œil, le cou, le tronc, les bras, les mains entrent en sympathie d'action avec la pensée qu'on exprime ; tantôt le geste marque les pauses et colore les idées ; tantôt il fait l'office du chœur dans la tragédie antique. La parole est le personnage principal ; les gestes sont le chœur qui suit la pensée, pour la renforcer et la compléter. Personne ne peut être un grand orateur sans savoir bien diriger ses gestes ; et chez quelques hommes éloquents, le geste est encore plus beau et fait plus d'effet que la parole parlée. Le désaccord entre la parole et le geste est une des plus fâcheuses manifestations de la médiocrité de l'esprit et souvent il suffit à nous révéler qu'un discours a été appris par cœur sans être compris. Au contraire, chez ceux qui parlent difficilement, le geste est trop en avance sur la parole, il semble vouloir la traîner hors de l'étroite prison où elle s'agite et se débat pour pouvoir trouver une issue.

Il y aurait un volume à écrire sur ce sujet ; mais le peu oui a été dit suffit à déterminer le problème et à indiquer dans quelle voie se trouve la solution. Du reste dans les livres anciens ou modernes consacrés à l'art oratoire on trouverait d'excellents matériaux, qu'il suffirait de coordonner d'après la méthode scientifique pour en tirer les lois qui gouvernent les harmonies sublimes et admirables de la parole et du geste.

Travail mécanique, travail artistique, travail scientifique. Ces formes diverses du travail intellectuel ont aussi des expressions mimiques difïérentes. L'homme livré aux travaux mécaniques et le sculpteur expriment à peu près de même le travail intérieur, et les muscles de la main et de la bouche concentrent en eux-mêmes une force mimique extraordinaire que j'appellerai plastique. Il y a certains gestes de la main, presque indéfinissables, qui sont propres aux sculpteurs. 11 semble que sous leurs doigts la pierre devienne vivante et parle ; leur éloquente sténographie de mouvements peut faire comprendre comment la forme pensée par le cerveau de l'artiste passe à travers ses doigts pour s'incarner dans la matière plastique et docile, qui se modèle sous son inspiration.

Chez le peintre, au contraire, la mimique se rapporte aux yeux plus qu'à la main ou à la bouche ; les yeux cherchent avec inquiétude des perspectives, des couleurs et des figures qui puissent correspondre à notre pensée intérieure.

Le travail scientifique est trop varié pour avoir une mi*

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us LA MIMIQUE DE LA PENSÉE

mique unique; sa mimique est, en général, un enchevêtrement des expressions de l'attention et de la méditation. Mais elle modifie considérablement, suivant les instruments dont on fait usage pour rechercher la vérité.

Travail poétique ou d'imagination. Dans ce travail Timagination et les émotions jouent souvent un grand rôle ; aussi la mimique tire-t-elle sa force et sa chaleur de ces conditions spéciales; d'ailleurs l'intensité de l'énergie qui se dégage est assez grande pour suffire à elle seule à donner à la mimique un caractère expansif et excentrique. Les hommes médiocres, qui n'ont jamais compris ce que c'est que l'inspiration, sont seuls à croire qu'on peut écrire di maniera, et émouvoir les autres sans rien ressentir pour son compte.

Le vieil Horace qui, en fait d'art, en savait long, a, il y a déjà bien des siècles, prononcé l'ostracisme contre ces messieurs. Si vis me flere, dolendum est primimi ipsi tWi, a-t-il écrit. Toutes les pages classiques, en vers ou en prose, qui nous font pleurer ou qui nous élèvent dans les régions supérieures et idéales, ont été écrites par une main tremblante d'émotion et sous l'inspiration du dieu qui agitait et secouait les entrailles de l'écrivain créateur.

Je dirais presque que tout travail d'art ou de science, s'il s'élève jusqu'à être une création, a un caractère mimique propre, qui se mesure à l'intensité et non à la nature de l'éffiotion.Ily a des expressions qui n'appartiennent qu'au génie, et si nous avions un photomètre pour mesurer la lumière qui s'échappe de l'œil, nous pourrions peut-être juger de la valeur d'une statue, d'un tableau, d'un poème ou d'un livre d'après la vivacité de l'éclair qui brille dans la pupille de l'artiste ou de l'écrivain.

J'ai employé une fois un photomètre très grossier afin de découvrir si un jeune homme de mes amis s'était renfermé dans sa chambre, pour s'occuper d'un travail littéraire qui devait être présenté à un concours. Je l'appelai à l'improviste pour une affaire urgente : dès qu'il sortit de sa prison volontaire, son regard inspiré et son visage enflammé me révélèrent ce que je voulais savoir. Il serait plus facile à une femme de dissimuler un amour heureux qu'à un homme de génie de cacher le dieu qui le possède.

L'expression du génie créateur est une des plus belles et des ^lus sublimes que présente la mimique humaine. Pour que i'art puisse la représenter, il faut que l'artiste soit lui-même un homme de génie. Nous pouvons tous éprouver de la colère ou du plaisir, du désespoir et de l'amour; mais le génie est le

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