‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 107 sur 172 · LE REPOS ET L'ACTION, L'INQUIÉTUDE, L'IMPATIENCE, L'ATTENTE, LE DÉSIR · texte numérisé non relu

LE REPOS ET L'ACTION, L'INQUIÉTUDE, L'IMPATIENCE, L'ATTENTE, LE DÉSIR

CARACTÈRES DE LA MIMIQUE SELON L'aGE, LE SEXE, LE TEMPÉ- RAMENT, LE CARACTÈRE, L'ÉDUCATION

La mimique ne sert pas seulement à exprimer le plaisir et la douleur, l'amour et la haine; elle peut aussi traduire un état général qui n'est pas relatif à la santé ou à la maladie, mais bien à une situation particulière de notre sensibilité ou de nos forces psychiques. C'est ainsi qu'en regardant un homme nous pouvons affirmer qu'il se repose ou qu'il se prépare à agir; qu'il est inquiet ou impatient, qu'il attend ou qu'il désire. Comme la vie est une succession continuelle de changements d'état, il est presque impossible qu'un visage n'exprime rien de particulier. C'est là une vérité si élémentaire qu'un enfant, en face d'une statue, demandera : QiCesi-ce qiCexprime cet homme on celle feivne? Et, quand nous ne trouvons pas de réponse à cette inévitable question, nous restons mécontents et perplexes, et après avoir reconnu l'impossibilité d'j- satisfaire, nous disons avec un certain dédain : Voici une bien belle statue, mais elle n'a pas d'expression. Comment serait-il possible qu'une créature humaine ne nous dît rien ni de son passé, ni de son présent, ni de ce qu'elle espère ou désire de l'avenir?

Pour moi, c'est là la différence capitale entre les œuvres des statuaires grecs et celles des modernes. Chez les premiers je trouve toujours une expression, quand ce ne serait tout simplement que l'expression de la vie : je vois palpiter les mus-

des SOUS la peau. Chez les autres je ne vois que la peau; les muscles n'existent pas ou ne disent rien. Pour vous en convaincre, vous n'avez qu'à regarder la Vénus de Médicis ou celle de Milo, et ensuite une Vénus de Ganova ou de Tliorwaldsen, qui sont, pourtant, parmi les sculpteurs modernes, ceux qui ont étudié avec le plus de ferveur les maîtres antiques. Un abîme sépare ces chefs-d'œuvre, parce qu'on a sous les yeux deux pages différentes de l'histoire de Fart. On comprend bien qu'ici je prends pour termes de comparaison seulement les statues qui n'expriment pas d'émotions violentes, et non celles qui nous offrent de fortes contractions, des spasmes convulsifs ou une mimique exagérée. Dans ces dernières, le plus médiocre sculpteur est bien obligé de mettre sous la peau de sa statue quelque chose qui remue, qui palpite, qui proclame à haute voix ce que l'artiste a voulu ou cru exprimer. Les anciens n'aimaient ni les contorsions, ni les spasmes; mais ils savaient faire dire à la statue en pied d'un homme ou d'une femme tout un monde de choses dans une langue dont il semble que les artistes modernes aient perdu le secret. Espérons qu'il se retrouvera un jour! Le beau humain, même sans la passion, est si beau par lui-même : il sait dire tant de choses! Jamais, jusqu'à la consommation des siècles, les yeux des fils des hommes ne se lasseront d'admirer la Vénus de Milo, sans qu'il soit besoin d'aiguillonner la lux are ou d'éveiller en nous la tendresse. La vie au repos, la vie calme, sereine, contente d'elle-même présente tant et de si tranquilles expressions de beauté, que l'on n'a pas à craindre d'en manquer jamais.

C'est pour cela que je contemple avec une admiration croissante la belle statue de la Sunamite où mon excellente amie, l'éminente statuaire Adélaïde Pandiani Maraini a représenté la belle captive de Salomon, sortant du palais doré de son maître pour aiier retrouver son berger. Ici aucune émotion pénible ou d'ordre vulgaire ; aucune contraction forcée des muscles; le personnage tout entier, par l'attitude générale de sa mimique, semble crier à haute voix les paroles de la Bible : Je cherche celui qu'aime mon âme. Tout le corps, la tête, le cou, les yeux, s'avancent vers un point qui l'attire et la fascine ; de la main gauche, elle soulève modestement le bord de son vêtement, pour ne pas risquer de trébucher, et elle ouvre la main droite comme si elle voulait déjà toucher et caresser l'ami de son cœur. Devant la science de la mimique, c'est une des attitudes les plus habituelles et les plus simples; devant le'sthétique c'est un souvenir de l'art grec, si olym-

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