‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 108 sur 172 · REPOS · texte numérisé non relu

REPOS

pien dans son calme, si serein dans son incomparable tranquillité.

Peu d'expressions sont aussi générales que celles du repos et de l'action. Dans ce cas le visage est moins significatif que toute l'attitude du corps qui se dispose à relâcher ou à contracter les muscles.

Il est impossible de bien se reposer debout; aussi la mimique du repos n'a-t-elle lieu que lorsque l'on est assis ou couché. Plus le corps se rapproche de l'horizontalité parfaite, plus la mimique de la paresse et du repos est significative.

De môme qu'avant de serrer un instrument dans son étui on le reploie plusieurs fois sur lui-même, de même, à ce qu'il semble, l'homme qui veut se reposer plie la tête sur le col, et les diverses parties des bras et des jambes se replient à leur tour sur elles-mêmes. Les coudes s'appuient sur les genoux, et la tête sur la paume des mains.

Nous réduisons ainsi autant que possible les contractions musculaires, et nous laissons la charge de nous maintenir assis uniquement aux muscles les plus puissants qui sont presque tous situés à la partie postérieure du corps.

Mais si la fatigue est plus grande et le besoin de repos plus impérieux, il faut qu'un grand nombre de muscles cessent de travailler. Nous quittons alors la position assise pour la position semi-horizontale ou horizontale, en passant par plusieurs degrés, en cherchant d'abord des points d'appui pour les membres inférieurs, puis pour un bras, puis pour les deux bras et enfin pour tout le tronc et les épaules.

Les hamacs des tropiques, les sièges de bambou de l'Inde, si voluptueux et si frais, tous nos lits et tous nos sophas se prêtent à ces différentes positions et à tous ces degrés de repos et de relâchement musculaire. La variété de forme de tous ces meubles a été suggérée par l'expérience musculaire, et aussi par la diversité des climats et les divers degrés d'indolence des races.

La mimique la plus intense du repos est presque entièrement négative ; elle se confond avec celle du sommeil, qui est le repos suprême, puisque la conscience elle-même cesse de travailler. La mimique du sommeil est très caractéristique; mais chacun peut la simuler. L'artiste vulgaire seul nous laisse douter s'il a voulu représenter le repos, le sommeil ou la mort. Les grands artistes savent nous faire comprendre quel est le degré de la fatigue, et si le relâchement des muscles qui se détendent est accompagné de plaisir ou de douleur. Il y a un repos voluptueux et un repos mêlé d'accablement et

d'épuisement ; il y a le repos du labeur et celui de la paresse. L'artiste qui sait observer la nature exprime toutes ces nuances.

La mimique de l'action est diamétralement opposée à celle du repos. Même avant de commencer une lutte ou de prendre une résolution, le corps qui était replié sur lui-même semble s'ouvrir, dénouer ses articulations et se préparer au travail. Vous voyez le cou se redresser, la tête abandonner ses points d'appui, le bras se lever et le tronc se relever; on laisse la position de l'homme couché pour celle de l'homme assis, puis pour celle de l'homme debout. Même si l'on reste étendu, il suffit d'une forte contraction du tronc ou d'un mouvement subit du cou qui relève la tête pour exprimer l'action qui commence ou qui s'apprête.

cependant de tous ces mouvements le plus caractéristique est celui qui consiste à fermer énergiquement la bouche. Ce fait a appelé l'attention de tous ceux qui ont écrit sur la physionomie et sur la mimique *.

Le mouvement de fermer la bouche est une indication constante et significative que l'on est résolu à une lutte ou que l'on s'y prépare ; aussi juge-t-on obstinés et fermes ceux qui ont le menton grand et saillant, et au contraire faibles et hésitants ceux qui ont le menton petit et fuyant. 11 y a une grande part de vérité dans cette croyance populaire, soit parce que le menton est un des caractères hiérarchiques qui distinguent l'homme du singe, soit parce que les gens obstinés et entêtés ont souvent occasion de fermer la bouche et de faire saillir le menton.

Nous fermons la bouche avant de faire un effort et nous élargissons le thorax avec une profonde aspiration.

Je ne crois pas que cela ait lieu, comme le voudrait Gratiolet, pour ralentir la circulation, mais bien pour donner un solide point d'appui aux nombreux muscles qui s'y attachent et pour amasser une bonne provision d'oxygène en vue de la consommation d'énergie musculaire que nous nous apprêtons à faire. Cela est si vrai que nous retenons notre souffle avant de tirer à la cible, d'enfiler une aiguille, d'accomplir -un acte quelconque exigeant beaucoup d'attention ou difficile à exécuter.

Nous ne voulons pas nous exposer à être interrompus par

1. Darwin, op. cit., p. 235. — C. Bell, Anatomy of expression,^. 190. — Gratiolet, 2)ô la physionomie, p. 118. — Piderit, Mimik nna physioffnomouik, p. 79.

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