‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 11 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Bientôt après la naissance, quand les yeux voient dëjà et ne regardent pas encore, le premier objet qui s'offre à la pupille encore vierge est un visage Immain. Quand à notre dernière heure, notre regard vacille dans les angoisses suprêmes de l'agonie, ce que notre œil cherche avidement c'est un visage ami pour s'y fixer avant de s'éteindre pour jamais. Le visage humain, où peuvent se peindre un amour immense ou une haine éternelle, une sympathie subite ou une répugnance invincible, est pour nous la chose la plus intéressante de l'univers. Toutes les bibliothèques du monde ne suffiraient pas à contenir les pensées et les sentiments que la face humaine a éveillés chez l'homme, depuis que ce pauvre bipède intelligent foule le sol de notre planète. La religion en a fait un temple de préjugés et d'adoration, la justice y a cherché la trace des crimes ; l'amour y a cueilli ses plus doux plaisirs ; la science enfin y a trouvé l'origine des races, l'expression des maladies et des passions, et elle y a mesuré l'énergie de la pensée. Les dictionnaires de nos langues ont recueilli tous les fruits de nos aspirations, de nos études, de nos recherches superficielles ou profondes. L'art l'a représenté dans l'infinie variété et la mobilité de son expression; le premier artiste qui, avec une pointe de silex, s'est essayé à tracer des lignes sur un os de renne ou un bois de cerf, a produit avec un cercle et trois ou quatre points une ébauche grossière d'un visage humain.

Ce culte universel de l'homme pour la figure humaine est pleinement justifié. Nous y trouvons réunis dans un petit espace, outre les organes des cinq sens, des nerfs assez délicats, des Kiuscles assez mobiles pour former un des tableaux les

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