‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 111 sur 172 · ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ÉDUCATION

objet réducation. Ici Ton peut presque toujours se prononcer en toute sécurité pour peu que l'on ait, au degré le plus humble, Thabitude d'observer.

Avant qu'une personne ait parlé, nous jugeons approximativement d'après ses manières quelle éducation elle a reçue. Et les manières ne sont autre chose que les gestes, la mimique, c'est-à-dire la façon de marcher, de saluer, d'exprimer la joie, la douleur.

.De la mimique nous ne concluons pas seulement à la quantité de l'éducation, mais aussi à sa qualité Souvent il nous arrive de dire par conjecture : Un tel a dû être élevé dans un collège ecclésiastique , dans un établissement militaire, etc.

En général, l'éducation agit toujours de la même manière sur la mimique; elle tempère toute exagération d'expression; elle diminue la partie réflexe et bestiale ; elle afl^rme ou fortifie l'influence des centres modérateurs. C'est ainsi que nous arrivons à cacher les émotions brutales ou méchantes, et à développer celles qui sont belles et bonnes. L'homme grossier exprime tout de suite ce qu'il sent, l'homme bien élevé ne l'exprime qu'avec réserve ; il ne veut pas troubler la tranquillité de ceux qui l'approchent et il désire surtout montrer qu'il tient en main les rênes de ses chevaux. Du reste, cette influence de l'éducation sur la mimique n'est pas tout bénéfice ; elle a contribué pour une grande part à donner à notre siècle ce caractère de tartuferie, qui le distingue à un si haut degré. D'un autre côté, cependant, il serait bien plus désagréable encore de se trouver avec des gens qui nous assourdiraient de leurs gémissements chaque fois qu'ils éprouvent un chagrin et nous feraient part de leurs joies ou de leurs étoniiements à coups de poing ou à coups de coude. Ceux qui ont toujours vécu parmi des gens cultivés, lorsqu'ils se trouvent tout d'un coup et contre leur gré parmi des gens qui n'ont reçu aucune éducation mimi(iue, en sont contrariés au point de se sentir mal à l'aise comme s'ils étaient dans une atmosphère méphitique et asphyxiante. Ce malaise ne vient pas entièrement d'une mimique exagérée ; mais elle y entre certainement i)our une grande part.

L'influence de l'éducation réussit surtout à rafliiier la mimique et à lui imprimer les caractères esthétiques les plus variés. Le premier résultat de ce raflinemont est qu'on obtient de grands effets avec de petits mouvements. La mimique ressemble à tous les mécanismes qui, à mesure qu'ils se perfectionnent, donnent plus de travail utile avec moins de

Manticgazza. ^3

force employée. On peut exprimer à une belle femme Fadmiration la plus ardente avec un regard ou un sourire ; mais le paysan grossier tc^moigne son amour à une jeune fille par des pinçons ou à coi ps de poing. Dans les deux cas, le sentiment peut être le méiiiy ; mais combien la façon de l'exprimer est différente 1 De même nous exprimons le mépris le plus profond par un simple sourire alors qu'un rustre crachera par terre ou fera semblant de vomir.

Au point de vue esthétique, il y a une mimique qui est belle et une autre qui est laide. L'expression peut être aimable, gracieuse, séduisante ou grossière, brutale et rebutante. L'artiste dramatique apprend à connaître tous ces styles divers, et, dès qu'il apparaît sur la scène, sait prendre les manières les plus aristocratiques, aussi bien que les manières rudes et plébéiennes.

La Race. — La race est une expression très large qui embrasse beaucoup de choses différentes, telles qu'une certaine façon de sentir, un certain degré d'intelligence, uns certaine intensité d'émotions ; toutes ces choses influent sur l'expression et la modifient. C'est un des points les plus obscurs de l'étude de la mimique et nous y consacrerons un chapitre spécial.

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