DIFFÉRENTES FAÇONS DE SALUER
ser avec le bout du nez; il ajoute que c'est sans doute pour cela qu'ils ont le bout du nez écrasé : ?) Leurs femmes demandaient des cadeaux avec un sourire gracieux en penchant la tète et en mettant la main sur la poitrine. Ces femmes s'inclinaient profondément devant la reine Tiné, mettaient leur tète sous son pied droit et lui touchaient la plante du pied avec la main droite.
En Polynésie, les salutations sont toujours très courtoises et accompagnées de discours poétiques. Ainsi à Taïti et à Rarogonga l'on dit : Pidssiez-vous vivre avec Dieu ! A Mangaia l'on dit : frère ;k Samoa et dans l'ile des Sauvages : Amour à vous. En prenant congé, l'on dit à Samoa : Puissiez-vous dormir, et cela quelle que soit l'heure parce que pour ces gens-là dormir est l'idéal de la félicité.
Le baisement du nez se rencontre chez presque tous les Malais; il paraît que les Annamites y ajoutent une sorte de hennissement.
Au pays des Mittos, dès que Sclnveinfurth entrait dans une serihe, on apportait la coupe fraîche (pain de sorgho avec de l'eau froide), et on lavait ses pieds avec de l'eau ; puis des visites arrivaient, portant du beurre, du lait, du miel, de la merissa, etc.
Les Nyam-Nyams se saluent poliment, et quand ils veulent rendre leurs salutations plus courtoises, ou bien inspirer confiance, ils disent : hadija, hadya, mida; mon ami, mon cher ami, viens ici. Ils se tendent leurs mains droites et les réunissent de façon que les deux médius se rencontrent; et quand ils remuent les deux mains, ils le font avec un mouvement singulier, qui chez nous serait un signe d'aversion. Les femmes ne sont jamais saluées en public, excepté par leurs connaissances très intimes.
Quand un Negrito de Luçon se trouve dans un bois et veut manger, il ne peut commencer son repas avant d'avoir invité à haute voix et à plusieurs reprises tous ceux qui sont à portée de sa voix, à venir prendre part à son repas. Celui qui manque à cette coutume est sévèrement puni et même quelquefois mis à mort.
La mimique qu'emploient les hommes et les femmes pour exprimer tour à tour leurs désirs amoureux a un caractère très cosmopolite; aucun sexe ne restera jamais privé d'amour faute d'avoir pu comprendre l'expression d'un désir. La nymphe du poète latin fuyait vers les saules ; les jeunes Néo- Calédoniennes de La Billardière, se dépouillant de l'unique voile qui les couvrait, se montraient ingénuement aux marins
2C0 LA MLMIQUE DES RACES ET DES PROFESSIOxNS
français. Ces deux mimiques sont fort différentes; l'une est pleine de pudeur et de coquetterie ; l'autre est impudique et franche ; mais toutes deux conduisent au même but.
La haine, la colère, le mépris s'expriment à peu près de même dans tous les pays du monde. Darwin le montre par des exemples pris dans les races les plus diverses. Ainsi les indigènes des îles de l'Amirauté expriment la colère en relevant la lèvre supérieure de façon à montrer les dents serrées, en fronçant les sourcils, en baissant la tête et en la tournant vers l'objet qui excite la colère. Un autre indigène de File avait tous les muscles de la face, et surtout ceux de l'œil, pris de mouvements convulsifs. Et ce tableau-là peut aussi s'appliquer à nous.
Les Monbuttoos expriment l'étonnement en ouvrant démesurément la bouche et en la couvrant de leur main ouverte. Il paraît que les indigènes de l'Amérique du Nord ont la même façon d'exprimer la surprise.
Si, de ces races très éloignées, nous passons aux peuples européens que nous connaissons mieux, nous trouverons aussi des différences notables dans la façon d'exprimer une même émotion. A cet égard nous pourrions trouver les premiers essais d'une physiognomonie ethnique même chez les écrivains anciens ; mais tous ont toujours confondu les traits avec la mimique , les caractères anatomiques immuables avec les mouvements variables, c'est-à-dire avec l'expression. Nous en donnerons quelques exemples où entrent aussi beaucoup de caractères puremtent psychiques.
Ghirardelli consacre le dernier chapitre de l'ouvrage que nous avons cité à la Connaissance universelle des diverses nations et provinces. Voici quelques passages des quatre petites pages qu'il donne à un sujet aussi important :
Le même que les régions ou les pays dififèrent entre eux, de même les mœurs des habitants sont dissemblables. Les Egyptiens sont rusés, dociles, légers, avares et enclins aux plaisirs de l'amour. Les peuples de Thrace sont injustes, paresseux et lâches. Ceux de Scytbie (à ce que rapporte Maternus) sont cruels. Les nations de la Gaule transalpine sont indociles, courageuses et fières. Les Italiens sont fameux et illustrés par leur descendance des Romains. Les Français... et les Grecs sont légers, les Syriens avares, les Asiatiques adonnés à Vénus et toujours occupés de plaisir. . . les Siciliens très fîns^ les Babyloniens prudents.
Dans la Lusitanie (que l'on appelle Portugal] les hommes naissent mélancoliques, sanguins et robustes, mais d'intelligence lente et dure.
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Les Siciliens sont colères et mélancoliques, bien faits de corps, courageux; ils s'exercent souvent à la lutte, ils sautent et dansent très agilement et deviennent très lestes.
L'Italie donne le plus souvent naissance à des hommes débiles, bien que quelques-uns (par exception) soient très robustes ; ils se distinguent plutôt par l'imitation que par l'invention*, ils sont de slalurc médiocre et assez minces.
En Allemagne on est flegmalique, colérique, corpulent, imbécile (?!) et peu apte aux entreprises difficiles bien que très ingénieux dans les travaux manuels. Les Français ont un tempérament flegmatique et colérique, ils sont pour la plupart débiles; et si quelques-uns sont courageux (! !) et forts, ils emploient mal leur courage et leur force.
D'après la nature des signes célestes nous pouvons conjecturer le tempérament de ceux qui sont soumis à leur influence. Ainsi la Gaule narbonnaise est placée précisément sous le signe du Bélier et sous Mars et ses habitants sont d'ordinaire féroces, insolents et cruels. Mais l'Italie, laPouille.la Lombardie, la Sicile sont placées sous le signe du Lion et sous le Soleil, et les peuples qui les habitent ont le goût des honneurs, de la grandeur, de la magnanimité et de l'amitié. Les Toscans, les Gaulois Transalpins et les Espagnols sont placés sous le signe du Sagittaire et sous Jupiter; aussi sont-ils amis de la liberté, de la justice et de la politesse. . .
Tout cela est de la psychologie grossière et de l'astrologie, mais non de la mimique comparée. La conclusion de ces divagations insensées est digue des prémisses :
Concluons donc que les tempéraments et les mœurs des hommes dépendent en grande partie de la nature des contrées et des planètes, et des signes auxquels ils sont soumis. ..
Lavater, venu un siècle plus tard, et doué d'un esprit plus vaste et plus scientifique, s'est trouvé en face de ce grand problème des Physionomies nationales, et y a consacré beaucoup de pages et beaucoup de planches, mais en confondant toujours l'anatomie et la mimique.
Si les nations différent par leur caractère moral, elles doivent dilTéror encore plus par leur physionomie. Le fait est réel, et pour le mettre ou doute, il faudrait n'avoir Jamais vu d'hommes de diverses nations; il faudrait ne s'être jamais approché des frontières de deux peuples. . ,
Tout ce qui a été écrit sur ce sujet et tout ce que j'en diiai n'est rien en comparaison des discussions intéressantes qu'elle peut fournir. II me suffit de montrer qu'il mériterait d'être traité dans un ouvrage spécial qui serait digne d'occuper l'attention de nos Acadeniios et d'exercer la libéralité des princes.
1. 11 semble impossible qu'un Italien ait pu écrire une si grosse hérésie.
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L'histoire naturelle des physionomies nationales est une étude digne d'occuper l'homme et le philosophe, l'esprit porté à l'action et l'esprit purement spéculatif. C'est une des premières et des principales bases de la physiognomonie, et je le répète, nier qu'il y ait des physionomies et des caractères nationaux, c'est nier qu'il fasse jour en plein midi.
Gela s'appelle poser le problème et pressentir les solutions futures ; mais quand Lavater yeut descendre dans les détails, il ne trace que des lignes incertaines et confuses. Si Ton supprime de ces observations sur les physionomies nationales ce qui se rapporte aux traits, Yoici la maigre récolte qui nous reste entre les mains.
En parlant des Français, il dit qu'ils se distinguent surtout par les dents et la manière de rire.
Les Suisses n'ont pas de caractère physiognomonique national ou générique, sauf la franchise de leur regard. . .
Gomme il avoue avoir peu voyagé, il emprunte les observations, inédites ou non, de plusieurs savants.
Là aussi que d'incertitudes !
L'élocution rapide, la façon d'agir brusque et précipitée dont les Juifsfont preuve en toute occasion les distinguent des autres peuples... Lentz.
Je ne me suis pas arrêté seulement à observer les dififérences des physionomies nationales; mais j'ai eu occasion de me convaincre par des expériences innombrables que la forme principale de tout le corps, son attitude générale, un mouvement de tête embarrassé ou dégagé, un pas ferme ou incertain, rapide ou lent ojQFrent souvent des caractères plus infaillibles peut-être que le visage pris tout seul. L'homme étudié depuis l'état de repos parfait jusqu'au plus haut degré de colère, de frayeur ou de douleur, serait si facile à reconnaître que l'on pourrait distinguer le Hongrois, l'Esclavon, l'Illyrien et le Valaque uniquement d'après l'attitude du corps, les mouvements de la tête et les gestes. Par conséquent les mêmes signes serviraient à fixer nos idées sur le caractère positif et invariable de telle ou telle nation. Fueslin.
Il y a des observations très fines d'un littérateur de Darmstadt dont malheureusement Lavater ne nous donne pas le nom. En voici quelques-unes.
L'Anglais a la démarche droite, et quand il est debout il garde une immobilité raide... quand il est silencieux et inactif sa physionomie ne fait nullement deviner l'esprit et l'intelligence qu'il possède à un haut degré. Son œil ne dit rien et ne cherche pas à plaire.
Le Français... a une façon dansante de marcher. Sa physionomie ouverte annonce tout de suite mille choses agréables et
PORTRAIT DE LTTALIEN 203
aimables. Il ne sait pas se taire, et quand sa bouche se ferme, ses yeux et les muscles de son visage continuent de parler. L'éloquence de son extérieur devient quelquefois étoio^dissanle, mais sa bonté naturelle couvre tous ses défauts. Bien que son visage soit très particulier, il est difficile de le décrire, Aucune nation n'a des traits moins marqués, en même temps qu'une si grande mobilité. Le Français exprime tout ce qu'il veut par sa physionomie et ses gestes; aussi se reconnait-il au premier coup d'œil, et ne peut-il rien cacher...
Le portrait que fait de l'Italien ce brave citoyen de Darmstadt est trop amusant pour que je résiste à la tentation de le donner en entier :
La physionomie de l'Italieu est tout âme. Son langage est une exclamation et une gesticulation continuelle. Rien de plus noble que son exte'rieur; son pays est la patrie de la beauté. Un front petit, les os des joues fortement accusés, un nez énergique et une bouche élégante attestent sa parenté avec la Grèce antique Le feu de ses regards prouve jusqu'à quel point le développement des facultés intellectuelles dépend de l'influence d'un climat heureux. Son imagination est toujours en éveil, toujours en sympathie avec les objets qui l'entourent. Son esprit est un reflet de la création entière. Voyez avec quelle supériorité l'Arioste en a parcouru tous les domaines. Un poème comme le sien est, à mon avis, le prototype du génie.
Enfin chez l'Italien, tout est poésie, musique et chaut et les sublimités de l'art lui appartiennent de droit. Il est vrai qu'à une époque récente le système politique et religieux peut avoir donné un mauvais pli au caractère national ; mais c'est la populace seule qui mérite le reproche de perfidie. Dans toutes les autres classes de la population, on trouve les sentiments les plus honnêtes et les plus généreux.
Les artistes feront bien d'étudier dans l'ouvrage de Lavater la table de Chodowiecki, où se trouvent représentés en petites dimensions 28 types nationaux avec leurs gestes et leurs traits caractéristiques.
Mais si, après avoir rencontré dans le passé tant de nuages, nous voulons chercher un air plus respirable et décrire des types corrects, capables de résister à la critique scientitique, nous nous trouvons très embarrassés.
Chacun de nous, dans le cercle étroit de sa propre expérience, sait, pour l'avoir observé, combien la mimique dilfère chez les Français, les Anglais, les Espagnols. Mais c'est une toute autre chose, et bien plus difficile que de définir et de décrire ces différences.
Nous nous bornerons à qu(^lques mots, espérant au moins de cette façon commettre moins d'erreurs.
La mimique des divers peuples s'imprègne surtout de leurs caractères psychiques les plus saillants.
Le culte et Tamour ardent du beau sont des vertus qui nous appartiennent; notre honte est d'avoir été contraints d'obéir pendant des siècles à de petits tyrans laïques et à de grands tyrans tonsurés; c'est pour cela que notre mimique, tout en étant belle et passionnée, reste défiante et n'est pas toujours franche...
Chaque province d'Italie a une façon particulière d'exprimer les émotions. Pendant que le Milanais rit volontiers d'un gros rire, et par là ressemble beaucoup aux Celtes, l'habitant de Cagliari est extrêmement sérieux, parce qu'il a fortement subi l'influence espagnole. Le Toscan est le plus italien de tous les Italiens, et par conséquent le plus défiant et le plus réservé de tous; le Napolitain fait avec les bras des gestes de télégraphe; le Romagnol est rude et franc, et le Romain, dans ses mouvements dignes de la statuaire, garde toujours gravées en caractères invisibles les lettres fatidiques S. P. Q. R.
La mimique du Français est concentrique, rapide et gaie ; celle de l'Anglais, fière et dure; celle de l'Allemand, lourde, bienveillante et toujours disgracieuse. L'Espagnol et le Portugais gesticulent peu; leur visage reste impassible, un peu par suite d'une influence asiatique, mais surtout pour ne pas compromettre leur dignité ^'Hidalgo. Beaucoup de peuples slaves ne regardent pas volontiers en face, et ont une mimique très fausse; les Juifs dans toute l'Europe ont une mimique embarrassée et timide; par chacun de leurs mouvements ils ont l'air de demander pardon d'être au monde ; ils semblent toujours prêts à s'enfuir, comme des chats, qui, se consultant avec des yeux inquiets, regardent par dessous quelle porte ou par dessus quel mur ils pourront s'échapper. La faute n'en est pas à la race juive, mais à nous qui l'avons persécutée pendant tant de siècles avec une piété si évangélique.
Les Scandinaves ont une mimique dure et sans grâce, que j'ai décrite dans mon dernier livre sur la Laponie*.
D'une façon générale, en prenant les choses en gros, on peut dire qu'il y a en Europe une mimique expansive et une mimique concentrique. La première se rencontre chez les Italiens, les Français, les Slaves, les Russes; la seconde chez les Allemands, les Scandinaves, les Espagnols. On pourrait dire aussi qu'il y a une mimique belle et pleine de grâce; c'est celle des peuples d'origine gréco-latine, et une autre dure, tout
1. Mantegazza, Voyage en Laponie avec mon ami Sommier^ Milan, 1880,