‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 115 sur 172 · INFLUENCE DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA POPULATION

angulaire, sans rondeur; c'est celle des Allemands, des Anglais et des Scandinaves.

Nous allons dire quelques mots de la mimique propre à certaines professions. Il est certain que souvent, en apercevant un inconnu, nous nous écrions : Cet homme doit cire un pharmatien ! Je parie que celui-ci est un prêtre ou un soldat déguisé! Cet autre ne peut être qu^un menuisier! Et bien des fois ces suppositions un peu hasardées ont touché juste.

Si dans ces jugements ou, pour mieux dire, dans ces conjectures, nous faisons abstraction de ce qui tient à la façon de s'habiller et de parler, tout le reste appartient à la mimique. La profession a donc une influence moditicatrice sur l'expression de notre visage, de même que sur notre caractère, sur notre santé et tant d'autres choses intérieures et extérieures qui se rapportent à notre moi.

Les professions qui modifient le plus profondément l'expression sont celles qui exigent quotidiennement un mode particulier de mouvement musculaire ou de travail cérébral. C'est pour cela que je reconnais le droguiste, le pharmacien, le menuisier, le prêtre et le soldat plus facilement que les autres membres de la société.

L'habitude de rester continuellement assis derrière un comptoir, de faire des cornets ou de petits paquets donne aux gestes du droguiste un caractère très frappant, qui se retrouve à peu près le même chez le pharmacien, mais associée à la gravité d'un magicien qui règne sur des préjugés, des frayeurs et des mystères. Le médecin lui-même tient souvent du pharmacien, pour les mêmes raisons; mais chez lui il y a en plus le sérieux stéréotypé de l'homme qui ne peut ni ne doit rire au milieu des souffrances qu'il a constamment sous les yeux.

Il me serait beaucoup plus difllcile de dire pourquoi je réussis souvent à reconnaître un menuisier au milieu de tous les autres ouvriers qui façonnent et transfoi ment la matière. Je crois pourtant pouvoir l'expliquer en disant que l'habitude de raboter, de percer, de scier, de tirer des lignes, de chercher une symétrie dans les bois donn(» aux muscles de la face un caractère particulier qui devient permanent.

Le prêtre et le soldat appartiennent à des castes sociales distinctes; ils portent des uniformes et des signes visibles qui s'imprègnent dans leur peau, dans leurs muscles, dans tout leur être. Le geste du soldat est toujours ])récis, raide, énergique; celui du prêtre, souple et onctueux, semble serpenter

dans les sphères célestes qu'habitent les chérubins. Le soldat, même en civil, a dans tous ses gestes une attitude d'obéissance ou de commandement. Le prêtre, même vêtu en laïque, garde la marque de la soutane et du petit collet; ses doigts semblent toujours bénir ou absoudre; ses lèvres sont constamment occupées à marmotter tristement Toffice ; il est continuellement en adoration, et semble flairer toujours l'odeur de l'encens céleste ou quelque tartuferie terrestre. Un de mes amis le plus chers, le D"" Emmanuele Malfaki, prétend qu'il reconnaît un prêtre à sa lèvre inférieure, toujours saillante et quelquefois tombante et à l'habitude de se mouiller le doigt pour tourner plus vite l'une après l'autre, les pages du bréviaire.

De même, le marin, le cavalier, le danseur se laissent facilement reconnaître au milieu des autres hommes. Il est facile de comprendre que cela tient à leur façon particulière de se servir de leurs jambes. L'habitude du cheval suffit pour donner un caractère national aux Hongrois, aux Arabes et aux populations de la République Argentine.

Les horlogers, les banquiers, les notaires, les avocats ont aussi des gestes qui leur sont propres. Mais ici le diagnostic devient plus incertain et plus difficile. On peut écrire à ce sujet bien des pages spirituelles; on peut dessiner des caricatures amusantes de chaque profession; mais la science en tirerait peu de matériaux pour édifier une construction sérieuse et positive.

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