‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 124 sur 172 · DIFFUSION DE LA MIMIQUK · texte numérisé non relu

DIFFUSION DE LA MIMIQUK

rire à gorge cl(^'ployée, le crépuscule de la douleur et la douleur féroce, ainsi que les divers degrés de haine et d'amour, exprimés principalement par la diversité de l'énergie musculaire des mouvements mimiques.

I L'acte de serrer les mâchoires l'une contre l'autre est un des signes les plus certains de la colère; mais Ton passe par degrés de la simple occlusion de la bouche au grincement des dents et finalement à la contraction spasmodique, telle que je rai observée chez une femme dans un accès de jalousie.

La persistance d'un fait mimique est un signe moins sûr, caries émotions les plus fortes durent peu. En général pourtant, quand il s'agit d'une émotion forte, mais non excessive, la persistance de l'expression indique l'intensité du fait psychique qu'elle accompagne. Les larmes qui durent longtemps vont d'ordinaire avec les longues douleurs (toutes choses égales d'ailleurs) et un rire prolongé suffit à peine à décharger la forte tension, produite en nous par une scène très comique outrés ridicule.

La difi'usion de la mimique en cercles de plus en plus larges donne peut-être une mesure i)lus exacte de l'intensité de l'émotion. D'abord le tableau mimique se limite à un petit nombre de muscles, puis l'expression s'étend à des muscles de plus en plus éloignés, et enfin elle envahit tout.

Ce qui se produit en pareil cas rappelle ces cercles centrifuges que la chute d'une pierre fait naître sur la face d'un lac.

On peut étudier cette diffusion progressive de la mimique en observant le sourire, qui d'abord fait à peine contracter l'élévateur de la lèvre supérieure, qui ensuite se change en un rire auquel participent tous les muscles de la face et en outre le diaphragme et les muscles respiratoires du thorax et du cou ; quand le rire devient immodéré et excessif, les bras, les jambes, les muscles du tronc entrent aussi en branle, et à la fin l'émotion, franchissant les frontières du monde cérébrospinal, semble envahir celui du grand sympathique et amène l'évacuation involontaire des urines et des gaz intestinaux.

La diffusion des cercles mimiques suit certaines lois de contiguïté et de sympathie. Pour le visage, la diffusion semble se faire parla simple contiguït(' des muscles, ù laquelle correspond nécessairement la contiguïté des centres excito-moteurs. Après la face vient le cou qui souvent remue, puis les bras, ensuite le tronc et enfin les jambes.

En général, le grand art est plus mimique que l'art de second ordre; et les mouvements des bras et des mains accompagnent l'intensité croissante de la parole et de la volonté.

Dans quelques cas cependant, la communication sympathique entre les cercles mimiques se fait plutôt suivant l'harmonie des fonctions que suivant la contiguïté des muscles expressifs. Ainsi il peut arriver qu'une mimique lascive de la face, quand l'émotion devient plus intense, agite par sympathie les muscles du bassin et des membres inférieurs avant ceux des bras, bien que ceux-ci soient plus mimiques.

Le bras et la main sont les véritables instruments mimiques : ils perfectionnent, ils raffinent, ils complètent l'action mimique du visage. Au baiser que les lèvres viennent d'esquisser correspond soit une caresse, soit la jonction des mains en signe d'adoration. A la bouche largement ouverte et aux yeux dilatés par la stupeur, s'associe l'entrelacement des doigts des mains. A des lèvres serrées par la colère s'ajoutent un poing fermé et un bras tendu vers l'horizon, et ainsi de suite.

Si diverses que soient les fonctions des muscles de la face, du tronc et des membres, le caractère général de la forme expressive se conserve toujours dans la diffusion de l'expression mimique à travers les différentes légions musculaires. Ainsi une joie subite, extrême, irrésistible fait ouvrir amplement les bras, puis les jambes après avoir produit sur le visage des mouvements qui sont tous centrifuges. Au contraire, une douleur violente, après avoir fait converger tous les muscles de la face dans une direction centripète, tend à rapprocher de la ligne médiane du corps les bras ainsi que les membres inférieurs. Gela vient de ce que l'expression du plaisir est toujours centrifuge et celle de la douleur toujours centripète.

L'extension du champ mimique proportionnellement à l'intensité croissante d'une émotion est une des lois fondamentales qui régissent la propagation du mouvement, et elle doit être basée sur un phénomène très simple de physique élémentaire. Un petit nombre de nerfs et de muscles ne suffit pas à la diiTusion et à la transformation d'une quantité donnée de mouvement psychique. Après avoir épuisé les ressources du système cérébro-spinal et celles du grand sympathique, il semble parfois que l'action tende à se propager en dehors de nous, en sorte que nous entraînons sympathiquement dans notre mouvement les objets extérieurs qui nous entourent, soit animas, soit inanimés. Que de fois un homme ivre de bonheur, après que tous les muscles de son corps sont arrivés au suprême degré de tension, n'a-t-il pas fait danser les sièges et les tables de sa chambre, et aussi ses amis s'il s'en

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