‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 125 sur 172 · ALTERNANCE DES PHÉNOMÈNES · texte numérisé non relu

ALTERNANCE DES PHÉNOMÈNES

trouve à sa portdel D'autres fois, les mômes objets qui se rencontrent sous notre main deviennent autant de projectiles que nous lançons au loin avec une grande force centrifuge dans un accès de douleur ou de haine.

La figure schématique suivante représente graphiquement la diffusion des cercles mimiques, telle qu'elle a lieu dans la plupart des cas; elle s'étend de la face au cou, au bras, au tï'onc, aux membres inférieurs et enfin aux régions inconscientes du grand sympathique.

^..vxaVympa^^^

Fiixure 3.

Un dernier critérium, très important pour mesurer l'intensité d'une émotion, est celui qui est fourni par de rapides alternatives de contraction et de relâchement musculaire, c'est-à-dire par une succession de tableaux mimiques ditférents. Ici l'intensité du mouvement central qui accompagne l'émotion, trouve moyen, grâce au changement, de se dégager au profit des centres nerveux. C'est surtout dans la douleur que l'on peut observer cette alternance ; aux larmes succèdent les sanglots, les gémissements, les cris, les soupirs^ les palpitations, et tous ces phénomènes peuvent se suivre dans un ordre différent.

Ainsi le rire spasmodique et suffocant peut alterner avec des lamentations et des convulsions de diverses formes.

Quand les quatre éléments, que nous avons étudiés séparé-

ment, s'unissent et s'associent, on a, clans une seule scène mimique, toutes les preuves de la grande intensité de l'émotion. En effet, il peut se produire à la fois des contractions fortes, des contractions durables, une grande diffusion des phénomènes mimiques et une succession de tableaux différents.

Dans les degrés extrêmes de rém.otion, ni une de ces conditions à elle seule, ni toutes les quatre, ensemble ou successivement, ne suffisent à compléter le tableau mimique. L'on est alors en présence de la forme paralytique qui vient do l'épuisement des centres nerveux et de la fatigue des muscles mimiques. L'immobilité peut alors être absolue ou presque absolue. Ce n'est plus l'immobilité tétanique de celui qui est devenu de pie7v^e au dedans, mais l'immobilité de la mort apparente. Il subsiste tout au plus quelques traces caractéristiques de l'émotion qui nous a réduits à cette extrémité. Le cri : Je me meurs! peut être l'expression de l'extrême volupté aussi bien que de l'extrême souffrance ; la syncope peut être la dernière conséquence d'une colère féroce, aussi bien que d'une envie forcenée ou d'une ambition déçue. L'observateur profond pourra toujours, dans ces cas-là, discerner la cause de la suprême catastrophe mimique. Les grands artistes savent bien représenter de façon différente Françoise de Rimiai au moment où elle cesse, entre les bras de Paolo, de lire le livre fatal, et une martyre chrétienne qui s'évanouit de terreur devant la hache du bourreau.

Page 1