‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 137 sur 172 · PHYSIONOMIE PATIBULAIRE · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE PATIBULAIRE

entière d'un seul regard d'amour et contempler des horizons vastes et infinis. L'iiéroïsme d'un sacrifice subit ou l'abné^^ation constante de toute une vie, la générosité du pardon ou la tendresse pour toutes les douleurs de la terre ont été traduits en expressions immortelles par ces grands artistes qui ont su charmer les yeux, comme ils les charmeront toujours dans l'avenir, en représentant le Christ ou les martyrs. Ils ont su, devinant la science par une intuition sublime, jeter sur un fond de bonté parfaite quelques tons plus brillants de vertu singulière, d'élans généreux, de noble héroïsme. Expressions rares dans la nature I plus rares encore sur le marbre et la toile ! car ce sont des lueurs fugitives qui apparaissent un instant pour s'évanouir aussitôt, et l'art réussit à peine à les fixer grâce à des observations heureuses et à une divination plus heureuse encore.

Au pôle opposé on trouve un visage beaucoup moins rare que le précédent, et qu'on a appelé patibulaire, sans doute parce que l'homme qui le porte paraît prédestiné au gibet ou aux galères. Ce qu'on remarque, ce n'e.st pas seulement l'absence absolue de toute expression bienveillante et la fausseté du regard. Tous les instincts féroces ont laissé leurs sillons sur ce visage ; tous les vices y ont déposé leurs teintes livides et obscènes. La haine, la luxure, la soif de l'or, l'inertie que le vin seul peut vaincre, la mollesse que la colère seule peut secouer, les rancunes quotidiennes qui s'amoncellent comme les scories d'une solfatare, un sensualisme crapuleux et un goût invincible pour le bourbier, l'àpreté d'une soulfrance lente et incurable, un rire féroce, le désir de voir une mer de sang et d'entendre un chœur de gémissements, la haine sous ses formes les plus âpres, qui fendent la peau, lardent les chairs et dessèchent la moelle, une bassesse infinie accouplée comme par une chaîne de galérien à une férocité de Carnivore; voilà à grands traits les éléments d'une face patibulaire, telle qu'on en peut rencontrer dans ces grands lieux d'expiation qu'on appelle maisons de force ou prisons pour peines.

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