‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 138 sur 172 · LE VISAGE STUPIDE ET LE VISAGE INTELLIGENT · texte numérisé non relu

LE VISAGE STUPIDE ET LE VISAGE INTELLIGENT

Regardons en face un homme, une femme, un enfant et demandons nous : Quelle intelligence y a-t-il sous ce crâne? Quels sont les trésors de pensée, de fantaisie, de volonté, qui se cachent derrière ce front?

Ces questions peuvent être inspirées par une simple curiosité; mais elles peuvent aussi être accom[»agnées d'une grande inquiétude quand elles s'appliquent au visage d'un de nos enfants, de la femme que nous aimons et que nous voudrions voir à nous pour toujours, ou de l'homme politique à qui nous songeons à confier les destinées de la patrie. Même en redescendant de ces hauteurs dans le terre-à-terre de la vie ordinaire, combien de fois n'avons-nous pas besoin de lire sur le visage d'un domestique, d'une femme de chambre, d'un fermier, d'un associé, d'un employé quel est le degré et quelle est la nature de son intelligence ?

La première fois que j'ai eu l'honneur de voir le roi Humbert, il s'informa de mes études avec un vif intérêt; il me dit que ce serait un don précieux que de pouvoir deviner les aptitudes d'un homme d'après la forme de sa tête, et il me demanda si la science était en état de nous donner quelques préceptes à cet effet.

Si l'on ouvre les vieux livres de physiognomonie, on y trouve beaucoup de réponses à la question du roi Humbert.

Non seulement les anciens physiognomonistes savaient nous

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dire avec précision quelle quantité d'intelligence renfermait la tête d'un Jiomme; mais ils nous enseignaient à reconnaître ses aptitudes spéciales et ses talents particuliers.

Giovanni Battista Dalla Porta nous donne la description suivante de l'esprit grossier ^ :

« Les parties qui sont autour du cou et les bras seul cbarnucs, reliées et rattachées ensemble, mais Polémon et Adamanlius disent que les cavités sont réunies, que les grands vaisseaux du tour du cou sont rattachés et qu'on ne voit pas de xotûV/j ronde, xoTuXr, signifie ou bien la partie creuse ou bien, comme comme je le pense, xoti; c'est-à-dire la partie ronde du derrière de la tôle ; en effet, comme nous Pavons dit dans la description de la tête, quand la proéminence manque par derrière et que la tôle est arrondie, l'homme qui préseule ces signes a des sentiments méchants et un esprit grossier. On a inlerprclc ce y-ox-Ar, dans le sens d'os creux des cuisses; mais qu'aurait à faire cet os creux avec l'intelligence? Je ne saurais le deviner. Ou bien xr)rj>.T,, qui veut dire creux, s'applique à la partie postérieure de la tétc qui doit être ronde et non proéminente. Mais ce xotûXt) ne se trouve ni chez Adamantiusni chez Polémon. Les épaules élevées, le fronl grand, charnu et rond, l'œil pûlc [xtoiojt) slupide (c'est-à-dire languissant comme les yeux des chèvres qui sont slupides). Agoslina di Sersa, par suite de son ignorance de la langue grecque a traduit : jambes rapprochées aux talons, charnues et rondes, mâchoires grandes et char nues. Mais Polémon et Adamantins avaient dit : jambes et dos long.s. Je suppose que dans le texte d'Aristole il y a une faute et qu'il n(î veut pas dire Ta/r.ai, mais Bpa/£:a{, c'est-à-dire courts, parce que la longueur des bras et des jambes indique une intelligence bien constituée, et qu'inversement des jambes courtes sont une imperfection naturelle et une marque de grossièreté. Polémon et Adamanlius disent : jointures menues, cou court. Les exlrémilés imparfaites, ajoutent-ils. le cou gras et court, la figure large et charnue, donnent une expression de sottise et de stupidité, complétée par le geste, la tournure, et les habitudes qui se trahissent sur le visage. Mais le lexle, comme nous Pavons déjà remarqué est très corrompu. Ainsi Polémon et Adamanlius disent qu'une bouche ouverte donne un aspect grossier ; mais Polémon emploie les mots o'j\iç>^ii xa-:;, et Adamanlius dit : axavic, ce qui vaut beaucoup mieux.

Les mômes indiquent comme signe de grossièreté un teint très blanc (mais Polémon dit : non pas très blanc, mais très foncé ce qui vaut mieux, et je m'étonne que cela ait été néglige par l'autre écrivain, parce qu'une couleur très pûlc ou très foncée accuse une imperfection naturelle qui nuit au génie) le ventre proéminent, les jointuics petites et attachées, les extrémités liées. Il faut corriger ici le lexle de Polémon qui dit xéXets, par celui d'Adamanlius qui dit œtAti ; car les signes de l'homme ingénieux et do l'homme grossier sont tout opposés ; le

1, Della Porta, Délia fisonomia dell'uomo, Padosa, 1827.

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premier a les doigts bien distincts et bien détachés entre eux; le second les a liés et attachés ensemble. Avicenne, en décrivant la figure d'un homme bien constitué donne comme marques de peu d'ingéniosité et d'intelligence encore moindre le ventre gros, les doigts courts, la face et la tête arrondies, la taille trop grande ou trop petite, le front, le cou et le visage charnus, la figure semblable à une demi-sphère, les mâchoires grandes, la tête et le front arrondis, le visage long, le cou gros et les mouvements de l'œil très lents ».

Dans tout ce fatras, que Dalla Porta donne comme le portrait de l'homme stupide, quelques rares vérités qu'il a devinées surnagent sur un océan de paroles inutiles, mêlées à des erreurs positives, par exemple celle qui consiste à indiquer comme signe d'intelligence la longueur des bras. Tout le monde sait aujourd'hui que les races les plus stupides ont les bras plus longs que les autres.

Notre physiognomoniste napolitain n'est pas plus heureux quand il entreprend de nous donner le portrait de Vliomme intelligent, et qu'il en emprunte les éléments aux ouvrages d'Aristote, de Polémon et d'Adamantius.

Ils ont les chairs molles et humides, ni trop rudes, ni trop lisses, mais entre les deux, le visage ni long, ni court, un teint blanc d'aspect agréable et inclinant vers le vermeil, les cheveux doux, médiocrement abondants, les yeux grands et un peu ronds, la tôte de grandeur moyenne, en rapport avec celle du cou, les épaules un peu tombantes, les jambes et les genoux peu charnus, la voix claire, intermédiaire entre le grave et l'aigu; les mains longues, les doigts longs et assez fins. Ils rient peu, pleurent peu et plaisantent peu. Tls ont une expression d'allégresse et de joie.

Plus loin Dalla Porta nous donne son propre portrait : « Voici ma figure, dit-il, et elle est mise là non par vanité, mais pour que chacun voie mes imperfections. » Une chose ôte toute sa valeur à cette modestie affectée, c'est que le portrait nous est donné dans le chapitre qui traite de Vhomme ingénieux. Et comme si cela ne suffisait pas, il termine le chapitre par ces pai^oles : « Ma figure est semblable à celle de mon frère Giovan Vincenzo qui a beaucoup étudié la science. »

Honoratus Niquetius, jésuite et théologien, a publié en 1G48 une Pliysiognomia Jiumana, dans laquelle à la page 317, il nous donne lui aussi sa description Viri ingeniosi et viri hebeti.

La voici :

Ingeniosi viri figum. — Caro mollis, cutis subtilis, statura medio-

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