LES PROPORTIONS
Un des caractc'^res les plus importants d'une figure humaine est d'avoir ou de n'avoir pas les mâchoires proéminentes, les lèvres grosses et le front fuyant. Dans le premier cas, on dit que le visage est prognaf he ; c'est celui qu'on rencontre chez les nègres, les Australiens et quelques Papous. Dans le second cas, le visage est orthognaihe ; c'est celui de toutes les races supérieures. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a donné le nom iVeuri/gnalhe à un troisième type, où les pommettes sont très saillantes et qu'on retrouve chez les Chinois, les Japonais et dans les diverses branches de la race mongolique et touranienne. Cette classification est hiérarchique plus encore qu'esthétique, parce qu'elle correspond à un développement particulier du cerveau et de la face.
En ne considérant que la partie moyenne du visage, il y a encore deux formes principales : l'une, développée d'arrière en avant et faisant saillie sur la ligne médiane; l'autre, développée dans le sens transversal, dans laquelle les côtés sont saillants et le milieu aplati. La première forme se rencontre chez les Européens ; la seconde chez les nègres et plus encore chez les Mongols.
Il y a des visages longs et des visages courts. Les premiers sont plus fréquents chez les Ariens et les Sémites, les autres chez les Mongols. Pour nous, le visage parfait doit s'encadrer dans un bel ovale.
Nous entrerons dans plus de particularités sur les proportions du visage, quand nous traiterons, dans le chapitre suivant, des traits considérés isolément.
La couleur de la peau est un des traits les plus saillants et les plus généraux qui nous frappent à l'aspect d'un visage humain, et nous en tirons les éléments pour juger de la race, du sexe, de l'âge et de la santé. La couleur de la peau provient du pigment qui y est déposé, de la façon dont le sang s'y distribue, de certains cnractères de réi)ithélium et des tissus plus l^rofonds qui lui donnent son éclat particulier.
Broca, dans ses Instructions anthropologiques, publiées par la Société anthropologique de Paris, a essayé de réduire à un petit nombre de teintes élémentaires toutes les colorations de la peau, qu'il fait correspondre à autant de numéros; la même table sert pour les cheveux. Tous ceux (]ui ont voulu se servir de cette table de colorations pour délinir la couleur d'une peau humaine, ont éprouvé de grandes difficultés. Pour ma part, j'ai essayé de rai)pliquer à l'étude des Lapons et j'ai dû y renoncer complètement. La raison princii)ale est que la peau est beaucoup plus transparente que le papier sur lequel
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Broca a ëtendu ses teintes; l'on ne peut comparer deux colorations dont l'une provient toute entière de réflexion, et dont Tautre est en partie transmise et en partie réfléchie. Ajoutez à cela les erreurs sul)jectives qui, en fait de couleurs, ne sont pas légères.
La table de la Société anthropologique de Paris est en apparence scientifique et précise; en réalité, elle est aussi inexacte que la vieille division classique en blancs, rouges, Jaunes et noirs, d'après laquelle les blancs appartiendraient à l'Europe, les rouges à l'Amérique, les jaunes à l'Asie et les noirs à l'Afrique. Ce sont là des façons de trancher le nœud gordien, comme Alpxandre, et non de le dénouer.
Je crois qu'on arriverait très près de la vérité en admettant pour la peau humaine trois teintes : le blanc, le noir et la couleur de fèx^e sécJie.
La peau blanche se rencontre chez presque tous les Ariens et les Sémites et chez beaucoup de Poljmésiens, qui ne sont ni Malais ni Papous, et ont probablement avec nous une communauté d'origine. Les Nègres, les Papous, les Australiens, quelques tribus de l'Inde et les Négritos ont la peau noire. Tous les autres peuples de la terre sont couleur de fève sèche; si l'on veut prendre la peine de recueillir des fèves de diverses espèces et à divers degrés de siccité, on aura toutes les teintes des races dites jaunes et rouges, qui présentent tantôt la couleur de l'argile crue, tantôt celle de l'argile cuite, tantôt celle du café au lait> tantôt enfin celle des diverses variétés de chocolat.
11 peut sembler au premier abord que c'est un procédé empirique et grossier de comparer la couleur de la peau humaine à celle d'un fruit ou d'un aliment ; mais en fait, puisqu'il s'agit de notions subjectives, on donnera d'une couleur une idf^e beaucoup plus précise en disant qu'elle ressemble à celle des fèves sèches qu'en la désignant par les mots d'olivâtre, de brun terreux ou de jaune noirâtre. Remarquez d'ailleurs que sous tous mots il y a, comme l'étymologie l'indique, une comparaison avec des objets très connus de tous.
Je veux du reste faire toucher du doigt l'évidence de mon affirmation. Plusieurs voyageurs ont parlé de la couleur de la peau des Négritos, entre autres le professeur Semper et le CGrawfurd. Le premier dit qu'ils sont hnin foncé cuivreux^ le second qu'ils sont couleur de café très hrûlé (over-burned coffee). Quiconque connaît le café aura, dans le second cas, une idée bien plus nette que dans le premier.
Dans la coloration de la peau humaine, il y a une chose