Lavater, Op. cit., tome III, p
LES SOURCILS — LE iNEZ 37
Malgré mon profond scepticisme vis-à-vis de toutes les affirmations pliysiognomoniques qui reposent sur des caractères anatomiques et non sur la mimique, j'avoue avoir toujours trouvé exactes, dans le cercle de mon expérience, les divinations de Lavater relatives aux sourcils. Ils sont si mobiles, et ils-sont liés par une dépendance si étroite et si intime avec les yeux et avec Tintelligence que leur morphologie, étudiée dans une seule race et cura 7'aiionaUe obsequio, pourra très probablement fournir les éléments de bons diagnostics psychiques.
Bufïon avait écrit de même :
Après les yeux, les parties du visage qui contribuent le plus à marquer la physionomie sont les sourcils; comme ils sont d'une nature dififéreute des autres parties, ils sont plus apparents pour ce contraste et frappent plus qu'aucun autre trait; les sourcils sont une ombre dans le tableau, qui en relève les couleurs et les formes.
Les paupières peuvent être plus ou moins longues, larges, charnues, ouvertes, etc. Mais un de leurs caractères les plus importants est fouimi par les cils qui en garnissent les bords mobiles. Les cils peuvent être courts, irréguliers, ou, au contraire, longs, réguliers et enfin hérissés. Nous trouvons beaux les cils longs qui jettent une ombre sur les joues ; ces longs cils sont un des attraits les plus gracieux des femmes andalouses.
Le InEz. — Dans ces derniers temps personne n'a mieux étudié le nez au point de vue morphologique que Topinard.
Ce trait, presque immobile, a pourtant une grande importance comme caractère ethnique et comme élément esthétique du visage. Tel nez suffit pour déceler une race, tel autre pour gâter la plus belle figure. Aussi les artistes avaient raison de l'appeler h neslanirntion facleiy et Lavater n'avait peut-être pas tort de dire qu'un beau nez ne s'associe jamais à un visage difforme. On peut, ajoute-t-il, être laid et avoir de beaux yeux; mais un nez régulier exige nécessairement une heureuse harmonie des autres traits. On voit beaucoup de beaux yeux contre un seul nez parfaitement beau.
Pour l'illustre physiognomoniste suisse un nez parfait doit réunir les caractères suivants :
a). Sa longueur doit être égale à celle du front ;
&). Il doit présenter un léger enfoncement près de sa racine ;
c). Vu par devant, son arc doit être large et à peu i)rès
parallèle des deux côtés ; mais cette largeur doit être un peu plus sensible vers le milieu ;
d). la pointe du nez ne sera ni dure, ni charnue; le contour inférieur doit être d'un dessin correct et précis, ni trop aigu, ni trop large ;
e). De face les ailes du nez doivent se présenter distinctement et les narines doivent se raccourcir gracieusement audessous ;
/). De profil la partie inférieure du nez n'aura qu'un tiers de sa longueur ;
g). Les narines doivent plus ou moins finir en pointe et s'arrondir en arrière ; elles seront légèrement cambrées et le profil de la lèvre supérieure les partagera en deux parties égales ;
h). Les flancs du nez formeront une espèce de paroi ;
i). Vers le haut, il rejoindra presque la voûte orbitaire et sa largeur da côté de l'œil sera au moins d'un demi-pouce.
Beaucoup de ces caractères sont discutables. Nos jugements esthétiques sur le nez sont presque toujours très justes, i)arce qu'ils se rattachent aux lois les plus impérieuses de l'évolutiônisme et de la morphologie organique.
Nous, hommes des races supérieures, nous trouvons laids tous les nez qui se rapprochent de celui du singe, les nez camus, les nez écrasés ou très petits, ceux qui n'ont pas les narines presque parallèles, et dont la section représenterait le chiflt're 8. A cet égard nous sacrifions les lois mêmes de la géométrie à nos répugnances ataviques ; nous trouverions belle une femme avec un nez excessivement grand, plutôt que fle pardonner à un nez d'être camus. En Italie, nous appelons aristocr-aiique un grand nez (surtout s'il est aquilin), peutêtre parce que des conquérants au long nez. Grecs ou Latins, ont vaincu des populations autochtones au nez petit.
Naturellement, nous appelons laids tous les nez qui violent les lois de la symétrie ou les proportions harmoniques des autres traits. Un nez ne peut certainement être beau s'il est trop grand ou trop petit, ou s'il est de travers.
Le nez se développe, dans les diverses races, soit dans le sens antéro-postérieur, soit dans le sens transversal, formant ainsi deux types extrêmes, le nez aquilin et le nez camus. Le nez long appartient en général à tous les peuples d'Europe, àux Polynésiens blancs et aux Américains du Nord ; les nègres et les Mongols ont le nez court.
On peut avoir un nez long et large ; on peut en avoir un si
court et si écrasé, qu'en mettant une règle sur les deux joues, cette règle peut s'appuj^er sur toutes les deux à la fois sans toucher le nez. C'est ce qui a lieu pour les Esquimaux. Le nez aquilin peut avoir une ou deux bosses et le nez petit peut tourner sa pointe en haut, ce qui donne à tout le visage une expression capricieuse et impertinente. C'est là le nez retroussé, qui se rencontre assez fréquemment en France. Les Romagnols ont un proverbe : Des nez en l'air, il en faut un imr maison et pas pins.
Carus distingue cinq espèces de nez majestueux : le nez maigre, le nez long, le nez crochu, le nez large et le nez charnu,
Léonard avait indiqué autrefois des distinctions plus subtiles :
Ly jointure du nez avez les yeux peut ^tre soit concave, soit droite...
... Les nez sont de trois sortes : droits, concaves ou convexes. Il y a quatre variétés de nez droits : le nez long, le nez court, celui qui a la pointe élevée et celui qui l'a basse. Les nez concaves sont de trois sortes, suivant que la concavité se trouve dans la partie supérieure, au milieu, ou dans la partie inférieure. Les nez convexes sont aussi de trois sortes, car la convexité peut être en haut, au milieu ou en bas ; les parties saillantes entre lesquelles est placé le nez peuvent également être droites, concaves ou convexes. Pour garder facilemeni le souvenir d'un visage, il faut d'al)ord comparer dans beaucoup de tôles, la bouche, les yeux, le ne.-^, le menton, la gorge, le cou et les épaules et faire des comparais )ns. Les nez sont de dix espèces, suivant qu'ils sont droits, arqués, creusés, relevés en haut ou en bas plus qu'au milieu, aquilins, camus, ronds ou pointus. Ces distinctions n'ont de valeur que pour les nez vus de protil. De face, il y a onze formes de nez ; ils peuvent être égaux, gros au milieu, gros à la pointe cl minces à la jonction, avoir les narines larges ou étroites, hautes ou ba-sses, avec des trous découverts ou cachés par la pointe.
Léonard n'a pourtant pas pu distinguer avec précision toutes les variétés possibles de nez.
Dans une étude scientifique, il faudra toujours consulter le programme suivant tracé par Topinard, qui. Je crois, n'a pas oublié un seul élément morphologique important*.
Hauteur maxima j ^^^.^^ transversal.
Largeur maxima , . .
,, .... Indice anléroposteriour.
baïUie maxima S
1. Topinard, De la morphologie rf« net, Bulletin de la Société anthropol©-
gique, 2» série, vol. VlU, 1873.
AQ
Dos
Direction
Forme .
Lob(
Ailes
Base
Narines
rectiligne.
brisée ou bosselée.
convexe (variété aquiline).
concave (variété retroussée).
en toit.
arrondie.
camuse.
distinct (pincé, trilobé), non distinct, dépassant les narines, rapprochées, divergentes.
i elliptique, arrondie, spéciale.
\ petit.
Axe principal
Plan replié
Direction de l'axe principal
grand, sensiblement en bas.
— en avant.
— en arri-^ire.
— à l'extérieur, antéro-posiérieure.
oblique, transversale.
A l'aide de ce tableau analytique j'ai pu classer même le nez de Thiébaut, l'aîné des deux Akkas de Miani, chez lequel la pointe du nez était plus basse que les deux lobes, tandis que la base était très large.
Un caractère omis dans le tableau est l'angle que la racine du nez fait avec le front. Il est très marqué chez les Australiens et les Papou? ; il est nul dans le nez appelé grec, forme plus conventionnelle que réelle et qui se rencontre dans toutes les statues des anciens sculpteurs grecs. Cet angle est beaucoup plus faible chez les Mongols et les Arabes.
Les muscles qui font mouvoir le nez sont presque atrophiés chez l'homme. Aussi ne le meuvent-ils que très faiblement et dans de rares occasions, notamment dans l'asthme, lorsqu'il est fait appel aux muscles, même les plus faibles, pour aider à la respiration. En dehors de ces cas pathologiques, les ailes du nez se dilatent et se resserrent très visiblement dans la colère et dans le plaisir. 11 paraît que ces mouvements sont plus marqués dans les races inférieures et chez les hommes des races supérieures, très portés à la volupté.
J'ai remarqué que la pointe du nez est presque toujours dé-