‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 40 sur 172 · MORPHOLOGIE COMPARÉE DU VISAGE HUMAIN — ESTHÉTIQUE DU VISAGE · texte numérisé non relu

MORPHOLOGIE COMPARÉE DU VISAGE HUMAIN — ESTHÉTIQUE DU VISAGE

En lisant le titre de ce chapitre, on me trouvera peut-être présomptueux et ridicule de vouloir embrasser en quelques pages un sujet si vaste qui suffirait aux méditations d'une vie entière. Je m'empresse de répondre que j'ai déposé ici le germe de deux autres livres qui verront le jour plus tard, si le temps et mes forces me le permettent. Dans mon Microcosme, je donnerai un Essai sur riiomme, où seront traitées toutes les questions ethnologiques qui se rapportent aux variations ethniques de la figure humaine. Dans mon Epicure je tâcherai de donner un Traité des délies cJioses, où naturellement l'homme tiendra la première place.

Ce que je dirai dans ce cliapitre suffira pour que mon travail sur la mimique ait ses membres au complet, y compris môme ceux qui, sans encore avoir de nerfs et de muscles, sont déjà dessinés dans leurs contours essentiels. Celui qui sait lire entre les lignes y trouvera esquissées mes convictions ethnologiques et esthétiques, et en tirera la matière de longues mé^ ditations qui peut-être ne seront pas stériles.

Les visages humains sont si variables dans leurs proportions relatives, dans leurs lignes, dans leurs accords et leurs désaccords qu'on peut dire qu'il y a au monde autant de visages que d'hommes, et qu'aucun ne s'est trouvé répété deux fois dans le cours des siècles. Quelques-uns cependant se ressemblent au point de pouvoir être pris l'un pour l'autre (comme cela arrive pour certains jumeaux de même sexe); d'autres, au contraire, sont si difierents qu'ils semblent appartenir à des animaux d'espèce dilférente. Rapprocher les

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visages semblables, séparer ceux qui sont dissemblables, c'est faire de la classification et de Tetlinologie, cela peut sembler facile, en réalité c'est un des plus rudes labeurs qui puissent incomber au naturaliste. Les différences procèdent par degrés infiniment petits ; les pôles extrêmes se rejoignent par tant et tant d'anneaux intermédiaires qu'il y a de quoi confondre et lasser l'observateur le plus pénétrant et le classificateur le plus habile. S'il nous était possible d'avoir à la fois devant les yeux tous les êtres humains, nous pourrions réunir la Vénus de Milo à la femme Tongouse, l'Apollon du Belvédère à l'Australien par une série infinie d'intermédiaires et passer de lun à l'autre sans lacune et sans obstacle.

J'ai adressé, il y a six ans, à mon ami le professeur Giglioli une lettre ethnologique (Introduction au voyage autour du monde de la corvette italienne la Magenta^ Maisner, 1876) dans laquelle je faisais ma profession de foi sur les races humaines. Aujourd'hui, après six ans écoulés, après ce travail intérieur et extérieur de critique qui ronge Tacier des plus robustes convictions, j'éprouve une vive satisfaction à constater que je pense toujours de même. J'ai pu modifier les dispositions de quelque branche ou de quelque rameau de l'arbre ethnologique, mais mon Syllabiis a encore pour moi toute l'autorité d'un dogme. Voici mon syllabus, où il suffit de remplacer les mots d'homme et de race par celui de visage pour avoir mes articles de foi sur la morphologie comparée des visages humains.

1. L'homme est un des animaux les plus cosmopolites et les plus variables ; aussi présente-t-il une excessive variété de races et de sous-races.

2. Le nombre des races est indéfini ; beaucoup ont disparu; d'autres se forment et d'autres se formeront.

3. Plus on remonte dans l'histoire, plus on trouve de races et de sous-races, parce qu'autrefois les hommes voyageaient moins et restaient plus longtemps isolés les uns des autres.

4. Au bas et au sommet de l'arbre de l'humanité, les branches et les rameaux s'avoisinent, en sorte que les plus élevés et les jfius bas se touchent. Le Nègre qui s'élève vers le Gafre se rapproche de l'Européen, et l'Européen qu'abaissent le goitre ou le crétinismeou la faim, se rapproche du Nègre et de l'Australien.

5. En général les races les plus basses sont noires ou brunes ; les plus élevées sont blanches ou presque blanches.

6. Dans la classification des races, on doit le plus possible faire abstraction des origines, parce que la recherche des ori-

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