CHAPITRE VI
Si nous voulions prendre le mot expression dans un sens trop large et lui donner sa signification étymologique, nous risquerions d'embrasser à la lois trop de choses diverses et de faire de la mimique un synonyme du langage.
Le langage est plus expressif qu'aucune mimique, mais n'est pas la mimique, bien que celle-ci puisse être une partie du langage ou s'y substituer. On peut s'en convaincre chaque jour en regardant un sourd-muet ou deux personnes qui, sans savoir une langue communt\ ont besoin de se communiquer leurs idées ou leurs émotions.
La mimique est une de ces énergies centrifuges qui surgissent de ces grands transformateurs de force, qu'on appelle les centres nerveux. Une quantité donnée de mouvement, venue du dehors sous forme de lumière, de chaleur, de son, se transforme en émotion ou en pensée, qui, se dirigeant dans le sens centrifuge, donne lieu à des mouvements nuisculau'es. Ces mouvements peuvent être des cris, des paroles articulées ou des gestes. En général Vénergie mimique n'est qu'une partie de la force transformée, même souvent une partie minime.
qui accompagne des phénomènes plus complexes et plus élevés. La figure schématique ci-dessous représente graphiquement la façon dont se produit le phénomème de la mimique. Une sensation 5 atteint le centre C et là se transforme en mnour qui suit une direction centrifuge le long de la ligne C A et un courant mimique qui suit la ligne C M.
Aussi Ton pourrait dire que la mimique est un exiracourant de l'émotion et de la pensée.
La mimique est un des faits les plus élémentaires de la vie nerveuse; elle se manifeste jusque dans des organismes très inférieurs. Môme les infusoires, même les mollusques, même les insectes ont des mouvements qui ne servent pas directement à l'alimentation, à la respiration, à la circulation, à la génération et qui sont des phénomènes purement expressifs. La mimique a dans l'économie biologique deux fonctions diverses et importantes.
Elle peut remplacer le langage ou le compléter.
Elle peut défendre les centres nerveux et d'autres parties du corps contre des périls de diverse nature.
Comme le langage, la mimique présente beaucoup de variétés de forme ; mais c'est toujours un langage plus universel. Les mots, quelle qu'en soit l'origine, ont toujours une signification conventionnelle ; aussi n'ont-ils de valeur que pour celui qui les comprend et en suit la portée. Au contraire, la mimique spontanée est la langue de tous les hommes intelligents et étend son influence au-delà du domaine de l'humanité ; elle se fait entendre des animaux qui se rapprochent de nous par le développement des centres nerveux. Dites à un chien, à un enfant qui ne sait pas encore parler ou à un étranger qui ne sait pas notre langue, le mot de brigand en l'accompagnant d'un sourire bienveillant ou d'un geste affec-