‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 46 sur 172 · MIMIQUE CONVENTIONNELLE · texte numérisé non relu

MIMIQUE CONVENTIONNELLE

tueux, ces trois êtres, très divers de nature, mais ignorant également le sens du mot brigand, vous répondront par une mimique affectueuse. Dites-leur au contraire le mot de très cher, avec une expression de haine ou un geste de menace, vous les verrez s'elTrayer, s'enfuir ou se plaindre. Cet exemple très simple suffit pour indiquer la frontière qui sépare le langage conventionnel du langage simple et élémentaire de la mimique.

Pourtant la mimique a aussi beaucoup de signes conventionnels dont il faut connaître la signification, comme cela a lieu pour les mots d'une langue quelconque. Un Lombard, un Français, un Allemand qui se trouvent pour la première fois à Nai)les ne comprennent certainement pas la mimique muette d'un Napolitain qui, pour dire non, ferme les lèvres en rejetant la tète en arrière. De même bien des peuples ne sont pas offensés en voyant un Milanais appuyer le pouce sur la pointe de son nez et étendre les autres doigts de la main vers son interlocuteur en les agitant alternativement ; et aucun de nous n'entrerait en fureur en voyant ce Milanais croiser à angle droit un doigt sur un autre pour indiquer une certaine longueur, tandis que ce geste suffirait pour soulever une tempête dans toute la république Argentine.

Nous ne })arlerons pas dans ce livre de cette partie de la mimique qui est toute conventionnelle et dont l'étude va avec celle du langage des sourds-muets. Nous ne voulons nous occuper ici que des phénomènes mimiques spontanés, automatiques, qui sont presque les mêmes dans tous les pays du monde et constituent ainsi une véritable langue universelle. Une caresse, un baiser, un sourire bienveillant sont partout interprétés comme des signes d'amour, tandis que l'acte de grincer des dents, celui d'élever le poing fermé et autres semblables seront toujours considérés comme exprimant la menace, la colère ou la haine. Il y a certainement pour exprimer ces sentiments des formes équivalentes; mais elles se ressemblent assez pour ne pas permettre l'équivoque. Deux Malais préfèrent s'embrasser nez à nez ; nous aimons mieux nous baiser sur les lèvres ; mais personne ne prendra pour une marque de haine de se frotter nez contre nez, et toutes les formes, variables chez les ditTérents peuples, de salutation bienveillante et respectueuse seront toujours et partout prises pour ce qu'elles sont.

Mais le plus souvent la mimique, sans se substituer complètement au langage articulé, le complète, le modifie ou le renforce.

La seconde fonction de la mimique est de nous défendre contre un danger. Un chat, en face d'un chien beaucoup plus fort que lui, hérisse ses poils et se grossit de façon à simuler un volume très supérieur au Yéritable ; de même, en menaçant du poing, en montrant les dents, en fronçant le sourcil, nous cherchons à nous grossb% à faire montre de notre force offensive.

Beaucoup de gestes, sans nous défendre réellement, montrent l'intention que nous avons de nous défendre. Fermer les paupières quand la foudre éclate, élever les bras au-dessus de la tête dans un tremblement de terre, cela ne sert certainement pas à nous protéger, mais c'est une expresion automatique de défense.

Si l'on voulait soutenir la thèse que toute expression est défensive, on émettrait une opinion paradoxale en apparence, mais vraie au fond. Quand l'émotion est forte, elle peut nous tuer, si elle ne réussit pas à s'épancher au dehors au moyen des nerfs moteurs et à se traduire en un phénomène mimique. Dans bien des cas, il suffit de ne pouvoir pleurer ou de ne pouvoir rire pour mettre en danger les centres nerveux et par conséquent la vie. Nous connaissons tous l'histoire de ce mari quia tué sa femme en la liant étroitement et en lui chatouillant la plante des pieds. Bien des faits semblables se produisent tous les jours dans la bataille de la vie.

L'homme le plus éloquent du monde, s'il devait parler dans un moment de grande émotion, avec les membres liés et attachés au tronc, éprouverait une torture sans nom ; son éloquence se tairait et se transformerait en une convulsion désordonnée et délirante. Je crois pouvoir à ce propos formuler une loi, qui signale une des lettres fondamentales de l'alphabet mimique.

La 7'ichesse des éléments mimiques est toujours en rapport étroit avec Vlntensité et la sensitivité de l'acte psychique.

Une émotion légère nous laisse presque immobiles tandis qu'une très grande émotion produit un ouragan mimique. Si, par l'excès de la décharge centrifuge, les muscb s restent dans un état de contraction statique, il y a un excès d'expression qu'on peut assimiler au tétanos.

La pensée, i>hénomène mathématique par excellence, a presque toujours une mimique moins expansive que le sentiment.

Pour se convaincre de la différence des rôles que jouent dans la mimique la pensée et le sentiment, il suffit de corn-

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