AUTOMATISME SYMPATHIQUE
nationales qui se résument en ces formules i)Ius \ulgaires : Cesi wi génie, mais c'est un fou. -- Cesl un homme heureux, mais c'est un sot !
Dans la mimique, il y a des faits qui ne sont pas directement défensifs, mais qui doivent se ranger parmi les nombreux phénomènes de sympathie que présentent les diverses régions du système nerveux. Si l'on n'a pas toujours présent à l'esprit l'automatisme sympatliique de beaucoup de gestes, on ne saurait comprendre la moitié de la mimique. De même, sans étudier le contraste de notre volonté avec l'automatisme, on ne peut comprendre les demi-teintes, les résultats variés de l'expression.
Voici quatre faits différents, qui tous sont des exemples de ce que nous affirmons.
Un chien qui regarde un morceau de viande savoureux dresse aussitôt ses oreilles dans la direction du morceau convoité.
Un joueur de billard qui voit sa bille lancée dans une fausse direction, suit de l'œil, des lèvres, souvent de tout le corps, la ligne qu'elle aurait dû suivre.
Le tailleur qui applique toute son attention à conper une étoffe précieuse, accompagne ses ciseaux d'un mouvement synchronifiue des mâchoires.
Le rameur fait souvent un mouvement des lèvres à la suite de chaque coup d'aviron.
Quand notre attention se porte sur un phénomène pour l'observer, elle en dérange presque toujours l'allure spontanée et naturelle. C'est ce que nous voyons tous les jours dans le bâillement, qu'un observateur importun interrompt subitement.
En embrassant d'un coup d'œil tous les êtres vivants, on peut dire que la mimique augmente d'int(Misité et de variété à mesure que l'animal s'élève et devient plus sociable. L'huitre elle-même a s^on expression de douleur quand nous l'arrosons de jus de citron ; mais de cela à la Xiobé et au Laocoon, il y a loin.
A la richesse mimifpie correspond toujours la richesse anatomique. La mimicpie du blanc est au-dessus de celle du nègre, et celle-ci au-dessus de celle du singe, parce que les muscles faciaux sont de plus en plus distincts à mesure que du singe anthropomorphe on s'élève vers l'homme aryen. Il est très probable que chez quelques grands acteurs dramatiques et chez les personnes qui savent imiter par les mouvements de leur visage les grimaces des animaux et les émotions les plus différentes, on doit rencontrer une plus fine et une plus
complète division du travail dans Tanatomie des muscles faciaux. Voici ce qu'a écrit Bischoff à ce sujet :
Chez mon jeune chimpanzé, comme chez Torang et chez l'hylobale, il y a, tout autour de l'orbiculaire des paupières, de l'orbiculaire de la bouche et du buccinateur, certaines fibres musculaires auxquelles on pourrait donner les noms des muscles correspondants de la face humaine. Cependant il serait difficile de justifier cette identification, parce que ces muscles ne sont point du tout isolés les uns des autres. C'est ce qui arrive aussi chez les autres singes ; et je crois que cela peut s'accorder avec l'ancienne opinion que l'homme se distingue de tous les animaux, y compris les singes les plus élevés, par le plus grand développement et l'isolement plus complet des muscles de la face. Les singes, il est vrai, sont très grimaciers, et les basses passions du désir et de la colère se traduisent énergiquement sur leur face; mais l'expression physiognomonique de notre visage, qui rend d'une façon fidèle et caractéristique toutes les émotions et toutes les passions, dépasse la leur, autant que le développement de nos muscle» faciaux l'emporte en perfection sur celui du singe *.
Chez nos animaux domestiques, la mimique va aussi de pair avec l'intelligence; tandis que le porc et l'âne sont pauvres en expression, le cheval et l'âne ont une mimique plus riche. Nous comprenons les animaux d'autant plus facilement et ils nous entendent d'autant mieux qu'ils sont plus voisins de nous par l'anatomie. Et il en est ainsi depuis que les hommes et les bètes vivent ensemble; car, bien des siècles avant que Darwin nous eût déclarés frères au nom de la morphologie, la nature nous avait réunis dans la grande fraternité biologique et psychique.
1. Bi'^j^OFF, Beitràge zur Anatomie des Hylohates lenciscus, Mùnchen, '1870.