LE MOYEN AGE
Plutarrpe, Tacite, parmi les historiens; Aristophane, Javénal, Lucain, Lucien, Martial, Pétrone parmi les poètes ; Averroès, Avicenne, Ilippocrate, Celse, Galien, Pline parmi les naturalistes et les médecins *.
Le XVII* siècle a été l'âge d'or de la physiognomonie astrologique ou semi-astrologique. Alors plus que jamais, les hommes avaient la passion des choses mystérieuses, des arcanes qui avaient une apparence scientifique. Un écrivain espagnol, Jérôme Certes, né à Valence, dit naïvement dans un livre très curieux : « La physionomie n'est autre chose qu'une science ingénieuse et subtile de la nature humaine, grâce à laquelle on peut connaître la bonne ou la mauvaise complexion, les vertus ou les vices de l'homme considéré en tant qu'animai -.
Le bon Certes, en effet, pour rester fidèle à sa définition, nous donne dans son volume, après son traité de physionomie, d'autres choses curieuses, tels que l'éloge du romarin {Tro.tc.to segundo de las excelencias dcl Romcro y sic calidad], l'éloge de Teau-de-vie et une fouïe de recettes, parmi lesquelles cello d'une poudre de grenouille, que tiene virhid de soldar las vcnas rompidas y wi iinguento preciosissimo pay-'a sanar iola fistola y llaga vieja, y olros maies (qui a la proprlét: «le raccommoder les veines rompues et qui est un onguerit très précieux pour guérir toutes les fistules et plaies ancierraos et autres maux).
Les écrits sur l'astrologie judiciaire sont très nombreux. On y trouve les assertions les plus singulières et les plus ins:''nsées. On dirait que ces livres sont écrits par un fou oa par un homme ivre. Il suffit de citer comme exemple Cardan qui, dans son ouvrage', a risqué les plus bizarres prophéties, non seulement sur le caractère, conjecturé d'après la physionomie, les rides et les taches du visage, mais aussi sur les événements qui doivent arriver dans le cours de la vie. Dans se5 figures de physionomie astrologique il traçait sur le front sept lignes horizontales, consacrées, en allant de haut en bas, à Saturne, à Jupiter, à Mars, au Soleil, ù Vénus, à Mercure et à la Lune. Selon que ces lignes étaient droites, ou cllifjues, ou croisées, les réponses étaient difii-rentes. L'une d.^ CbS figures, par exemple, représentait un homme qui, d'après
1. R. P. Honoralo Nicqnctio, e Societate Jesu sacerdolis Thcjlv\L'i, Physiog-i.monia huinana hbris IV dislincta. Editio prima. Lu^duni, 1C4S.
2. Hicronymo Cartes. Phisonoima y varias sécrétas de tiaturaleza, etc. Barcolona, \Q\0.
3. II. Cardani mcdici Mcdiolunensis Metoposcopia, ttc. Lutctia; P.-.risioruin 1G5S.
les signes de son front, doit mourir pendu ou brûle ; une autre montrait un homme qui devait nécessairement être irisiis et vUiosiis.
De La Chambre expose en ces termes le sophisme sur lequel est fondée la physionomie astrologique * :
La tête est sans doute le raccourci de tout le ciel ; elle a ses astres et ses intelligences comme luy. Mais si nous remarquons les Estoiles, leur situation et leur mouvement sans sçavoir quelle est leur nature, ny pourquoiy elles sont ainsi disposées, nous en pouvons dire autant de toutes les parties du Visage.
De La Chambre est un écrivain judicieux. Bien qu'il vécût dans un milieu d'astrologie et de chiromancie, il réagit contre les préjugés de son temps, et il osa, quoique timidement, écrire un chapitre intitulé : « Quel est le Jugement qitil faut faire de la chiromance et de la métoposcopie. » Il ne nie pas tout, il n'accorde pas tout et conclut en disant qu'il faut se garder des exagérations, qu'il y a beaucoup de vrai dans l'astrologie, mais non pas tant que le prétendent les astrologues chiromanciens.
Ce. fut pourtant notre Dalla Porta qui eut la gloire de combattre l'astrologie judiciaire à visage découvert. Après le livre que nous avons déjà cité, il en publia un autre : De la physionomie céleste : six livres dans lesquels on étaMt la fausseté de Vastrologie judiciaire et où l'on donne la manière de reconnaître par des causes naturelles tout ce que l'aspect, l'apparence et les traits des hommes peuvent physiquement signifier et annoncer (Padoue, 1623). Dans cet ouvrage, l'auteur napolitain démontre que les traits de l'homme sont dus à leur tempérament et non aux étoiles, et après avoir cité comme exemple les opinions des astrologues sur le caractère des hommes nés sous l'influence de Saturne, il ajoute :
Nous avons rapporté leurs opinions, non pour les approuver, mais pour les réfuter, comme des contes de bonnes femmes. En dissimulant leur fausseté, en présentant comme venant du ciel et des étoiles, des p,hoses magnifiques et prodigieuses, ils nous font accepter comme divin ce qui dérive de sources naturelles. Nous avons dit que les Saturniens sont appelés mélancoliques, froids et secs. Si nous reclicrclions l'opinion des médecins, Galien attribue aux mélancoliques, Iroids et secs un corps dur et frêle, des cheveux rudes, un teint iiumide ou livide, et aux mélancoliques en général des cheveux noirs et hérissés, des sourcils touffus et se rejoignant, de grosses lèvres et
1, De la Ciiameri:, L'art de connaître les hommes. Amsterdam, 1660,
DALLA POUTA MQUETIUS 7
un nez épaté. D'autres leur donnent des dents mal rangées et une poitrine large. Tout cela vient non des étoiles, mais du tempérament comme le disent les médecins.
De tous les écrivains du xvii" siècle, Dalla Porta est le plus fameux ; aussi est-il devenu pour beaucoup de gens l'unique représentani de l'ancienne pliysiognomonie. Sous son portrait, qui orne plusieurs éditions de ses œuvres, on lit ces vers :
Blandus lionos virtusquc simul delubra ienebant,
Sed binis templis unica PORTA fuit.
Tu quoque virlutem conjunctam nactus honori,
Amborum digne PORTA vocandus eris.
Distiques du xvii® siècle, si jamais il en fut î
Non seulement Dalla Porta a le premier combattu ouvertement l'astrologie judiciaire ; mais il a ouvert une ère nouvelle pour l'étude de la physionomie. II ne pouvait disposer que des matériaux scientifiques de son temps, mais il les a mis en œuvre avec le sage discernement d'un philosophe positif, et il a fait de la saine psjxhologie. Il a discuté les méthodes qui peuvent nous guider dans Tétude de la physionomie humaine, et il a recherché comment, d'après le tempérament de tout le corps, on peut conjecturer les mœurs. Aussi a-t-il mérité sa gloire et justifié l'enthjusiasme avec lequel toute l'Europe savante a accueilli son livre, écrit d'abord en latin, puis traduit par lui en italien et par d'autres en français et en espagnol.
Au XVII® siècle et au xviii% l'illustre Napolitain fut le grand prêtre de la pliysiognomonie. Tous ceux qui écrivirent après lui le pillèrent en le citant ou sans le citer, et puisèrent à pleines mains dans son encycloi)édie, où il avait recueilli tout ce que les anciens avaient pu dire de la i)hysionomie humaine, et tout ce qu'un esprit observateur y avait pu ajouter.
Niquetius, que nous avons déjà cité, fut un écrivain "rès érudit et bon observateur pour son temps. Lui aussi distingua la chiromancie astrolO(jique de la chiromancie naturelle. Lui aussi, comme De La Chambre, éprouvait un vague besoin de rejeter les superstitions antiques et était un précurseur de l'école expérimentale qui devait transformer le monde. L'introduction de sa cliiromancie naturelle mérite d'être rappelée; il y parle de l'importance de la main :
Quid est enim manus? Zoroastro, adniirabilis nalurre miraculum ; Plularcho, causa humanaî sapieniiœ; Lactanlio, rationis et sapientia3 magislra, aliis, mundi artifcx.amicitiœ sedes, humanaî vil;e priusidium, corporis propugnaculum, capitis defeusalrix, ralionis satclles, iu-
terpres animi, conciliatrix divinse gratiae, nervus oratioDÎs, offîcina sanctitatis. Isidoro dicitur manus, quasi munus, nimirum totius corporis munus; ministrat enim cibum ori, ceterisque membris omnibus opitulatur. Denique fidei symbolum est, unde porrigere dextram est idem promittere, quod coUigitur ex Virgilio 7 iEneid.
Pars mihi pacis erit dextram tetigisse tyrannis.
Et lib. 3 :
Ipse pater dextram Anchises liaud multa moratus Dat juveui, atque animum prsesenti pignore fîrmat.
Niquetius, lorsqu'il nous donne quelques esquisses de la mimique des passions et des caractères humains, est un peintre heureux. Voyez sa description de l'homme audacieux :
Audacis viri figura :
Os exertum, vultus horridus, aspera frons, supercilia arcuata, oblonga ; nasus longior ; dentés longi ; hreve collum ; brachia longiora, quse genua attingant ; pectus latum ; humeri elevati ; oculi csesii, rubei, salientes ; torvus aspectus.
Vers la fin du xvii'* siècle, un autre écrivain italien, Ghirardelli, publia un gros volume de physiognomonie dont le titre est bien caractéristique de cette époque enflée et ampoulée.
En voici la disposition exacte :
Céphalogie Physionomique Divisée en dix dizaines Où, conformément aux documents d'Aristote et d'autres philosophes naturalistes, avec de brefe discours et de soigneuses observations, on examine les physionomies
DE CENT TÊTES HUMAINES que l'on voit gravées dans cet