‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 50 sur 172 · LES LOIS DARWINIENNES DE L'EXPRESSION · texte numérisé non relu

LES LOIS DARWINIENNES DE L'EXPRESSION

Avec tout le respect dû à l'un des plus grands observateurs et des plus grands penseurs de notre siècle, je trouve ces trois principes mal formulés et très confus. Nulle part, mieux que dans ce cas, Darwin n'a montré les défauts de son esprit par trop analytique. Et pourtant bien des gens croient qu'il était enclin à une synthèse trop large! Large si l'on veut, mais large comme la nature dont il est un des plus admirables interprètes.

Le premier principe est mal formulé. L'idée y est estompée plutôt que sculptée. Quant au second, autant valait dire que des causes opposées produisent des effets opposés, caries cas d'antithèse apparente se ramènent à des faits de sympathie. Si je ne me trompe, la troisième assertion ne mérite pas le nom de principe. Dire que certains courants nerveux vont dans un sens et d'autres dans un sens différent, c'est ne rien expliquer. Dire que le plaisir fait rire et que la douleur fait pleurer, c'est a(firmer un fait évident, ce n'est pas l'expliquer.

S'il m'était permis de traduire, dans une forme plus symétrique et plus accommodée à la pensée des races latines, les trois lois gothiques formulées par Darwin, j'énoncerais ces principes de la façon suivante :

1« Il y a une mimique utile, défensive.

2« Il y a des faits mimiques, sympathiques.

Si, après avoir risqué cette critique un peu sommaire, nous passons aux détails de l'ouvrage de Darwin, nous y trouverons de véritables découvertes faites dans un domaine abandonné jusqu'alors à l'empirisme et à la divination; et nous rencontrerons une extrême richesse de particularités. En voici quelques-unes :

L'occlusion des paupières protège l'œil ; mais nous les fermons souvent quand aucun danger ne nous menace; nous les fermons, par exemple, en entendant un bruit très fort et subit. Si l'on ne tenait compte de cette tendance automatique à se défendre, la moitié de la mimique resterait obscure.

Je trouve souvent une mimique identique ou au moins presque semblable pour des sensations et des émotions très diverses. Mais cela m'amène spontanément à supposer qu'il doit y avoir, entre ces deux sensations ou ces deux émotions, un caractère commun dans le phénomène central qui les accompagne. Nous reviendrons plus loin sur ces faits; mais nous pouvons en examiner tout de suite quelques-uns.

Nous nous grattons la tête si nous y sentons un prurit quelconque? mais nous faisons le même geste pour trouver une idée, un mot qui nous fuit, pour sortir d'une perplexité.

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