‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 68 sur 172 · SOUPIRS ET PLEURS · texte numérisé non relu

SOUPIRS ET PLEURS

de la portion steriiale des intercostaux internes, des élévateurs des côtes, du dental supérieur, du sternomastoïdien, et dans les cas de lutte suprême contre la douleur, la contraction énergique de Uélévateur de l'angle du scapulaire, du trapèze, du petit pectoral, du grand pectoral et du grand dental.

Quand l'influence modératrice des hémisphères cérébraux est très faijjle, nous avons au contraire une respiration rapide, haletante, des mouvements tumultueux de tous les muscles volontaires, une exagération de Tacte.expiratoire, une contraction spasmodique de la partie osseuse des intercostaux internes, des infracostaux, du triangulaire, du sternum, et aussi, dans les cas les plus graves, de Toblique externe, de l'oblique interne, du transversal et du sacrolombaire.

Soupirs, gémissements, cris, bait-lements. — Le soupir est généralement un élément mimique de la douleur, bien qu'il accompagne aussi quelques-unes des plus vives voluptés erotiques ou affectives. Mais le plus souvent il interrompt de temps en temps les douleurs longues et muettes, et c'est un signe de souffrance morale plutôt que de souffrance physique.

Le soui)ir n'a qu'à s'élever d'un degré pour devenir un gémissement, qui d'ordinaire accompagne l'expiration en la prolongeant.

Le gémissement peut devenir un cri : mais ce cri est presque toujours l'expression automatique et spontanée de douleurs physiques très aiguës, ou de douleurs morales intenses et subites.

Le bâillement exprime les choses les plus variées telles que la faim, la soif, et, surtout chez la femme, le besoin de l'amour physique ; mais dans la mimique de la douleur, c'est un élément caractéristique de l'ennui.

Pleurs. — C'est un élément mimique de la douleur qui embrasse tout le champ des troubles musculaires et envahit aussi celui des sécrétions. En eflet, nous y trouvons à la fois la contraction de plusieurs muscles de la face, du thorax, du ventre, et une abondante sécrétion de larmes qui, ne pouvant plus être recueillies et amenées dans les narines par le conduit lacrymal, sortent par la paupière inft'rieure et coulent le long des joues.

Darwin a étudié avec beaucoup de finesse le mécanisme

i08 LA MIMIQUE DE LA DOULEUR

mimique des pleurs * ; il a remarqué que chez les enfants lès pleurs >son\touj ours ^3 recédés et accompagnés d'une occlusion intermittente et spasmodique des paupières ; il en résulte une compression assez forte de l'œil, ce qui, suivant lui, a pour effet de le protéger contre une congestion sanguine excessive.

PllÉMOMÈNES VASOMOTEURS PÉRIPHÉRIQUES. — La pâlCUr

du visage, et quelquefois, mais rarement, celle de tout le corps accompagne les terreurs subîtes, l'annonce des grands malheurs, oi aussi les douleurs physiques aiguës et rapides.

La rougeur du visage accompagne toujours les pleurs de l'enfant ; mais souvent on l'observe aussi chez le jeune homme et chez l'adulte.

L'homme et la femme expriment différemment leurs douleurs, môme quand elles sont de même degré. Les différences deviennent de plus en plus grandes à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie individuelle et ethnique.

En général, la douleur se traduit chez la femme par la stupeur ou par des réactions violentes ; les pleurs sont très fréquents. Le naturel de l'homme, plus courageux et plus énergique, donne chez lui à l'expression de la douleur un caractère plus batailleur. L'homme qui souffre proteste contre la douleur; il adresse des menaces et des imprécations à la nature et à Dieu. Le poing fermé et tendu vers l'horizon est l'expression virile de quelques douleurs très vives. Chez la femme, au contraire, c'est la forme de la compassion qui prévaut, et le gémissement en est l'expression la plus habituelle.

Chez la femme, la prédominance des sentiments bienveillants et religieux donne à la mimique douloureuse le caractère de la pitié et de la charité. Chez l'homme, au contraire, l'égoïsme prévaut même dans le domaine des passions. La femme qui souffre prie et fait du bien ; l'homme, le plus souvent, blasphème et menace.

L'âge, plus encore que le sexe, modifie l'expression de la douleur. Les petits enfants n'éprouvent que des douleurs physiques, et ils les traduisent toujours de la même façon, par des pleurs et des cris.

Lorsque l'amour-propre, la jalousie, l'amour delà propriété ont apparu chez l'enfant, il devient capable d'éprouver des douleurs morales ; il continue à les exprimer par des cris et par des pleurs, mais ses larmes ont diverses façons de cou-

1. Darwin, The expression of the émotions in man and animais, London, 1872, p. 147,

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