MIMIQUE DE L'AMOUR ET DE LA BIENVEILLANCE
De même que le plaisir et la douleur sont les deux pôles du monde de la sensibilité, de môme l'amour et la haine sont les deux pôles du monde des passions. Aussi devons-nous diriger notre regard investigateur vers ces points de départ si nous voulons faire une étude scientifique de la mimique.
Dès qu'une énergie affective a surgi en nous, elle tend à nous rapprocher de l'objet aimé, que ce soit un animal gracieux ou une belle femme, que ce soit le fruit de nos entrailles ou relu de notre cœur. Cette tendance domine toute la vie affective et toutes ses expressions. Elle se manifeste dès le premier mouvement qui nous fait avancer la tête vei's l'objet de notre amour, et peut aboutir aux embrassements ardents, qui sanctifient l'union de deux existences ou on créent une nouvelle. Du i^oint de départ au i)oint d'arrivée la route est longue, bien qu'elle puisse être parcourue en un clin d'œil sur les ailes de la passion ; mais en tout cas la mimique bienveillante se modèle toujours d'après ce principe fondamental : se r^approchcr de ce que Von aime.
Au moment de ce rapprochement, nous manift^stons toujours un sentiment de plaisir, qui a bien des signilications différentes ; mais toutes peuvent se ramener à ce point principal : montrer la joie d'être réuni à ce que l'on aime et le désir d'être payé de retour. Voilà, si je ne me trompe, l'ana- Jyse élémentaire des expressions affectives les plus simples, comme les plus complexes : rapprochement et plaisir plein de désir. Ce sont là les caractères positifs de la mimique amoureuse; les caractères négatifs consistent dans l'absence
complète de toute expression de haine, de colère, de menace. C'est un langage qui peut être muet, qui peut être accompagné de quelques petits mouvements, mais que tout homme intelligent comprend à première vue. Allez interroger une belle dame qui se trouve depuis quelques minutes dans un salon, environnée d'hommes qui la regardent. Elle pourra tout de suite vous dire à l'oreille quel est celui qui l'aime et celui qui reste indifférent, celui qui la désire par caprice, et celui qui, tout d'un coup, est devenu follement amoureux. Et s'il y a beaucoup de désirs et beaucoup d'amours, elle déterminera le degré et la nature de chaque désir ou de chaque amour.
Les éléments mimiques secondaires qui se groupent autour de ces deux principaux sont très nombreux; on en trouvera plus loin le tableau. Il convient cependant de s'arrêter sur quelques-uns, soit parce qu'ils ont été peu étudiés, soit parce qu'ils permettent de pénétrer plus profondément le mécanisme de la mimique affective.
L'affection est une force essentiellement centrifuge; elle tend à transvaser pour ainsi dire une partie do nous-même dans la personne aimée. Notre moi sort presque tout entier de chez lui pour entrer chez autrui et s'assimiler à une autre nature humaine. De là naît une sympathie imitative qui nous fait suivre avec une mimique irrésistible les émotions qui se peignent sur le visage de celui qui a éveillé en nous l'amour.
Cette sympathie imitative est commune à tous les animaux sociables. Elle a été touchée en passant, mais de main de maître, par Lavater dans son chapitre De Vinfluence réciproque des pliysionomies les unes sur les autres. Voyez avec quelle finesse il en parle :
11 arrive à tout le monde de prendre les habilu'j.cs, les gestes, la physionomie de ceux qu'on voit familièrement. Nous nous assimilons, en quelque sorte, tout ce que nous aimons ; et de deux choses l'une : ou bien c'est l'objet aimé qui nous modèle sur lui, ou c'est nous qui cherchons à le modeler sur nous. Tout ce qui est en dehors de nous agit sur nous et subit de notre part une action réciproque ; mais rien n'agit sur notre individu avec autant d'efficacité que ce qui nous plaît, et rien, sans doute, n'est plus aimable ni plus propre à nous émouvoir que le visage de Ihomme. Ce qui le rend aimable pour nous c'est précisément son harmonie avec le nôtre. Pourrait-elle influer sur nous et nous attirer, s'il n'existait des points d'attraction qui déterminent la conformité ou du moins l'homogénéité de ses formes ou de ses traits avec les nôtres ? Je n'essaierai pas de pénétrer dans la pro-