‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 76 sur 172 · CARESSES · texte numérisé non relu

CARESSES

Sourire.

Rire.

Larmes.

MouvemenI?; latéraux f S'agenouiller.

Phénomènes sjm- / allernalifs du cou. ) S'étendre à terre, patbiques divers. ) Mouvements divers de ) Se mettre sous les pieds

soumission. [ de la personne aimée.

Répétition monotone de sons et de syllabes sans

signification.

Chants et notes musicales.

Beaucoup de ces él»^ments mimiques s'observent aussi chez les animaux- Darwin a décrit les cajoleries amoureuses des chais et des chiens pour leurs maîtres et tout le monde a pu faire les mômes observations d'après nature. Moi aussi, dans ma Physiologie de Vamour, j'ai décrit quelques scènes du monde animal où dominent toujours les deux éléments essentiels de la mimifiue affectueuse, le rapprochement et le plaisir. Si longtemps que je vive, je ne veinai jamais rien de comparable aux agaceries de deux limaçons, qui, après s'être lancé tour à tour leurs petits dards de pierre (comme aux temps préhistoriques) se caressent et s'embrassent avec tant do grâce et de volupté qu'ils feraient envie à l'épicurien le plus rafriné.

La mimique affectueuse commence par la tendance au rapprochement ; elle se termine par le contact des corps, ou de quelques parties du corps.

C'est dans le choix instinctif des parties à mettre en contact que se ré.èient les diverses formes de lafléction, depuis la vénération la plus mainte, jusqu'au désir le plus sensuel. Tous les peuples de la terre ont recherché le contact des parties les plus mobiles et les plus sensibles. C'est pour cela que les grands centres mimiques de l'affection sont la main et la bouche. Pour la main cependant l'unanimité est plus complète, car il parait qu'il y a des peuples qui n'embrassent jamais. Je citerai sur l'autorité de Darwin et de quelques autres, les Fuégiens, les Maoris, les Taïtiens, les Papous, les Australiens, les Somalis d'Afrique, ainsi que les Esquimaux et les Ja[)onais d'autrefois.

Je m; rai)pellerai toujours une longue discussion que j'eus avec un noble et intelligent peintre de Java, Baden-Saleh. Il me disait que, comme tous les Malais, H trouvait plus de leiidroise dans le contact des nez que dans celui des lèvres. C'Ocit par le nez qu'on respire, ajoutait-il ; c'est par là que itous sentons le souille de la personne aimée et il nous semble

que nous mettons notre âme en contact avec la sienne. Je plaidais pour les lèvres; mais nous aurions pu discuter toute une journée sans nous entendre; notre façon de sentir était trop différente. Il trouvait nos femmes très belles; mais il ne pouvait s'habituer à nos nez aquilins, si longs, si énoy^mes, disait-il.

Au sens large du mot, une caresse peut se faire avec n'importe quelle partie du corps. Mais le pied est celle qui s'emploie le moins souvent et seulement quand on ne peut en employer une autre, ou bien chez les peuples arriérés, quand on veut, en mettant sur sa tête ou sur son visage le pied d'une autre personne, affirmer le dévouement et le respect qu'on a pour elle.

Mais le véritable organe de la caresse est la main. Les doigts sont des leviers articulés et flexibles qui permettent de toucher, de chatouiller, de presser, d'embrasser, de posséder en multipliant les doux contacts et les sensations délicieuses. Ce n'est pas sans raison que cher et caresse ont la même étymologie {caries). La main qui caresse cherche la main ou, dans des moments plus tendres, le visage de la personne aimée; souvent une seule main ne nous suffit pas, et nous n'en avons même pas assez de deux. Regardez la mimique affectueuse d'une mère qui passe une main aimante sur le visage de son enfant et dites si l'on pourrait trouver une image plus douce et plus naturelle de l'affection.

Dans une caresse, l'on donne et l'on reçoit en même temps. La main qui distribue l'amour, comme par une effusion magnétique, le reçoit à son tour de la peau de la personne aimée. C'est pour cette raison qu'une des expressions les plus habituelles et les plus voluptueuses de l'amour consiste à passer la main dans les cheveux. La main trouve, dans ce labyrinthe de fils souples et vivants, de quoi multiplier à l'infini les contacts amoureux. Il semble que chaque cheveu soit un fil électrique, nous mettant en rapport intime avec les sens, avec le cœur et même avec la pensée de ce que nous aimons. Ce n'est pas pour rien que les longs cheveux des femmes ont été de tout temps un gage d'amour, et que les chauves pleurent la perte d'une province entière de l'empire de la volupté.

Le serrement de mains est une sorte de caresse ; mais c'est de toutes la moins sensuelle. Il exprime simplement que deux hommes se reconnaissent, qu'ils ne veulent passe faire de mal et qu'ils n'ont aucune raison de se haïr. C'est un des saluts les plus usités de la famille humaine ; et même les peuples

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