‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 82 sur 172 · ADMIRATION · texte numérisé non relu

ADMIRATION

quelques lignes à la mimique de l'admiration ; mais elles sont tracées de main de maître :

L'admiration consiste en apparence dans une surprise associée à quelque plaisir ou à un sentiment d'approbation. Quand on l'éprouve avec vivacité, les sourcils se retirent, les yeux s'ouvrent et s'élargissent au lieu de rester fixes comme dans la simple stupeur ; et la bouche, au lieu de demeurer ouverte, s'épanouit dans un sourire.

Lebrun a consacré à ces émotions trois figures dans son atlas physiognomonique ^ II dit de V admiration :

Celte pression, ne causant que peu d'agitation, n'altère aussi que très peu les parties du visage. Cependant le sourcil s'élève, l'œil s'ouvre un peu plus qu'à l'ordinaire. La prunelle placée également entre les paupières paraît fixée sur l'objet, la bouche s'entrouvre et ne forme pas de chaDgement marqué dans les joues.

La planche IV de Lebrun représente Y admiration avec stupeur ; mais elle n'est pas trop heureusement faite, car elle rappelle plutôt la luxure. Le commentaire qui accompagne la figure vaut mieux qu'elle.

Les mouvements qui accompagnent cette passion ne sont presque différents de ceux de l'admiration simple, qu'en ce qu'ils sont plus vifs et plus marqués, les sourcils plus élevés, les yeux plus ouverts, la prunelle plus éloiguc'e de la paupière inférieure et plus fixe, la bouche plus ouverte et toutes les parties dans une tension beaucoup plus sensible.

La planche V nous donne la vénération; mais ici encore l'artiste est inférieur à l'homme de science. Les yeux sont trop fermés, la tète trop penchée ; cette figure pourrait tout aussi bien représenter rhumilité ou l'abattement moral ou d'autres émotions encore. Le commentaire est bon.

De l'admiration naît l'estime et celle-ci produit la vénération qui, lorsqu'elle a pour objet quelque chose de divin et de caché aux sens, fait incliner le visage, abaisser les sourcils ; les yeux sont presque fermés et fixes, la bouche fermée. Ces mouvements sont doux et ne produisent que peu de changements dans les autres parties.

La planche VI de Lebrun représente le ravissement, phénomène presque absolument intellectuel, qui peut être produit par diverses causes. Pourtant, comme on l'associe indirectement à la mimique religieuse, il ne sera pas hors de propos de rappeler ici ce qu'en dit Lebrun.

\. Charles Le Brun, Expression des pasUons de l'a tue,

Mant£Oazz.\. 9

Quoique le ravissement ait le même objet que la vénération, considéré différemment, les mouvements n'en sont point les mêmes; la tête se penche du côté gauche ; les sourcils et la prunelle s'élèvent directement ; la bouche s'entre-ouvre et les deux cotez sont aussi un peu élevez. Le reste des parties demeure dans son état naturel.

Le fond de la dévotion et de la véjiération est toujours un sentiment affectueux. On en voit la preuve dans plusieurs des actes qui accompagnent la mimique élémentaire, décrite cidessus ; dans la tendance à baiser les mains, les pieds ou les vêtements de la personne qui inspire le respect, et à porter les mains en avant, la paume dirigée vers l'axe de notre corps, comme si elles se préparaient à une caresse. Cet acte, que Darwin passe sous silence, peut s'expliquer encore d'une autre façon, par la tendance générale de la mimique admirative. Cette dernière est toujours expansive ; de même que les yeux et la bouche s'élargissent, de même les bras s'éloignent du tronc; les paumes des mains se dirigent vers l'horizon ou se tournent vers l'axe de notre corps. Si je ne me trompe, ces deux positions des mains caractérisent deux périodes différentes de l'admiration.

Quand les paumes sont tournées vers l'axe du corps, les doigts sont le plus souvent serrés les uns contre les autres et le geste prend la forme d'une caresse en puissance; et, en effet, il y a dans le sentiment que nous éprouvons alors beaucoup d'affection. Quand, au contraire, les paumes sont tournées vers l'horizon, les doigts sont souvent très éloignés les uns des auti^es, comme dans la frayeur. Et parce que l'étonné-ment domine dans ce cas l'affection, la mimique est plus intellectuelle qu'affective.

Si l'admiration s'élève jusqu'à l'extase, les mains se ci^oisent, s'appuient sur les cuisses si l'on est assis, sur le ventre si l'on est debout, comme si l'on voulait prendre une position commode pour rester longtemps en contemplation et savourer toute la volupté d'admirer. En même temps, la tête s'incline légèrement, tantôt sur l'épaule droite, tantôt sur la gauche (et non toujours sur cette dernière, comme le prétend Lebrun).

Une autre mimique consisfe à joindre les mains comme dans l'acte de la prière, soit sur le visage, soit en avant, soit enfin en les tournant vers l'horizon. Mensleigh Wedgwood * veut expliquer cet acte par l'atavisme, par le souvenir inconscient du temps où les mains du vaincu allaient s'offrir aux

* The onijin of Lanyuaue.

VENERATIOX 13!

chaînes du vainqueur. Darwin * semble disposa à accepter cette théorie. Je me permettrai d'dmettre un doute, car les rnains se joignent pour supplier Dieu et les puissants devant qui nous nous humilions, aussi bien que pour vénf^'rer ou admirer. J'admets qu'habitués dès notre enfance à joindre les mains pour prier Dieu, nous employions le même geste pour supplier les hommes qui peuvent nous faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal et que nous les mettions ainsi à la place do Dieu. Je crois cependant que la mimique des mains, dans ce cas, a une origine jdus organique et moins historique. Elles servent tantôt à étendre le cercle de l'expansion mimique, tantôt à simuler le désir ou la tentative de posséder et de caresser ce que nous vénérons et ce que nous admirons.

D'après mes observations, je conseillerai aux artistes de s'en tenir aux interprétations suivantes de la mimique des mains qui accompagne l'expression admirative du visage.

Mains ouvertes, avec les paumes îou7viées vers Vaxe du corps.

Admiration aiTectueuse, vénération pleine de tendresse. — On l'observe sous sa forme la plus caractéristique chez celui qui regarde le portrait d'un mort chéri ou une image sacrée.

Mains bien ouvertes avec les doigts écartés et les paumes tournées vers l'horizon.

Admiration pleine de stupeur. Elle se mnnitcste en face d'une scène de la nature, inattendue et grandiose.

Mains entrelacées et appuyées sur les cuisses ou sur le ventre.

Contemplation longue, patiente et douce d'un beau tableau, d'une belle statue, d'un être aimé qui doit, ou d'un cadavre adoré.

Mains Jointes comme pour la prière.

Admiration des choses divines ou bien d'un acte héroïque, ou encore d'un chef-d'œuvre de l'art.

Le tronc et les membres inférieurs prennent part eux aussi à l'expression de la dévotion et de l'admiration, mais toujours de la même façon, en se rapprochant du sol et en se rapetissant. On tend toujours à se mettre au-dessous d'un autre et à se replier sur soi-même, comme pour occuper le moins d'espace possible. C'est pour cela qu on incline le corps en avant, qu'on s'agenouille et même qu'on se >roste^ne le visage contre terre.

Chez plusieurs peuples, on trouve des formes inouïes et dti-

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