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CHAPITRE XIV

MIMIQUE DE L'ORGUEIL, DE LA VANITÉ, DE LA FIERTÉ, DE LA MODESTIE ET DE L'HUMILIATION

Dans IVHude de cefto infinité d*expre<5sions dont l'homme est capable, nous trouvons à chaque pas la confirmation de celte loi d'après laquelle la mimique est d'autant plus claire et caractéristique qu'elle est provoquée par une émotion plus puissante et mieux définie. Nous la constatons dans le idaisir et dans la douleur, dans l'amour et dans la haine, dans l'orgueil et dans l'humiliation, qui sont des mouvements psychiques fondamentaux de la nature humaine, aussi anciens que l'homme et communs à tous les habitants du globe. Au contraire, la pudeur, le scepticisme, la religiosité sont dos sentiments dérivés, de troisième ou de quatrième ordre : ils ne se manifestent qu'après une longue et pénible évolution, et par suite ils ont des expressions incertaines, fugaces, variables et peu caractéristiques.

L'orgueil est une des énergies afi'ectives les plus manifestes et les plus puissantes. Sous des formes diverses, il se rencontre chez l'enfant et chez le vieillard, chez le sauvage et chez le poète illustre ; sa mimique est très expressive et ne peut se confondre avec aucune autre. C'est pour cela que tous les artistes, même les plus médiocres, savent représenter un mouvement d'orgueil, et que les physiognomonistes les plus anciens et les plus superficiels ont su nous donner une bonne description de la mimique qui se rapporte à ce sentiment.

Le grec Polémon lui consacre deux lignes caractéristiques dignes de Linné :

Ib'i LA MIMIQUE DE L'ORGUEIL

Signalement de Veponté. — Voici le signalement d'un impudent : yeux ouverts et clairs, paupières élevées et grosses; gros pieds, nez gros, regards dirigés très en haut, teint rouge, voix aiguë.

Pourtant la définition des orgueilleux par Giovanni Battista Dalla Porta est encore plus belle :

Ils ont des sourcils a^-qués, qui se relèvent souvent, le ventre grand, charnu et pendant; ils marchent à pas lents, s'arrêtent sans raison, et se tiennent debout clans la rue, en regardant tout autour d'eux.

Mgr Ingegneri est plus prolixe ; mais il nous donne, lui aussi, une bonne description de la mimique orgueilleuse :

Les hommes de grande taille, qui vont la tête haute, prouvent ainsi Qu'ils sont orgueilleux, ambitieux, téméraires et arrogants.

En effet cette disposition du corps et le vice de l'orgueil ont par hasard une origine commune. Ils proviennent de la noblesse de l'âme raisonnable, laquelle, étant excellente par dessus toutes les autres choses de ce monde inférieur, lorsqu'elle s'apprécie à sa juste valeur, dispose l'homme à la magnanimit •. Mais il advient qu'elle dépasse la mesure dans l'eslimc qu'elle fait d'elle-même; et tombe dans un appétit pervers et désordonné de prééminence, d'honneurs, de respect; c'est dans cet appétit que consiste l'orgueil, lequel est pour le genre humain la source do beaucoup d'autres erreurs énormes et extrêmement odieuses. Cette même noblesse de l'âme est cause que l'homme se tient verticalement, et, dans quelques tempéraments mal équilibrés, où sont en excès les principes qui font que le corps humain a pris cette habitude, nous voyons la personne se tenir très droite, et être disposée à porter haut la tête. En effet, la nature, eu distribuant ses dons, a voulu que les plantes (qui n'ont ni sentiment, ni mouvement et sont dépourvues des facultés que possède notre âme) eussent les pieds tournés vers le ciel et la tête enfoncée sous la terre {sic !). Elle a donné aux animaux une disposition plus ou moins différente de celle-là selon leur degré de perfection; elle a fait en sorte que les plus abjects les plus vils n'eussent pas de pieds et rampassent sur la terre; et aux moins imparfaits elle a donné des jambes, et a soulevé leur tête à une distance plus ou moins grande du sol. Mais, comme l'homme est plus parfait que les animaux, et qu'il est de substance céleste, elle a voulu que sa tête se dressât vers le ciel; elle l'a déchargé de la pesanteur terrestre qui force les autres animaux h marcher courbés, et qui l'aurait rendu peut-être incapable et d'agir et d'accomplir les opérations de l'esprit; enfin, elle Ta gratifié d'un tempérament excellent qui correspond à l'ordre des éléments du monde. Dans le monde, la terre, qui par sa nature est sèche, est placée au-dessous de l'eau, qui est l'élément froid, — et l'air, qui est humide, est inférieur par sa nature au feu qui est l'élément chaud. De même la nature a voulu que dans la complexion de l'homme, le froid fiit au-dessus du sec, et que le chaud prédominât sur l'humide. Et de la prédominance du chaud, qui est le

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