CHAPITRE XV
MIMIQUE DE LA PEUR — LA DÉFIANCE — DESCRIPTION DE LA TIMIDITÉ D'APRÈS LES ANCIENS PHYSIOaNOMONISTES
L'amour de soi-même est certainement un des sentiments les plus énergiques; c'est peut-être le plus puissant de tous, sauf, pendant une certaine période de la yie, celui de l'amour sexuel. Mais il n'a pas de mimique spéciale. Aucun artiste au monde, quel que soit son génie, ne pourrait avoir la prétention de nous donner un tableau ou une statue, qui nous fasse dire à première vue : Voici un égoïstel voici im homme épris de lui-même/ Si nous pouvons, à portes closes, nous complaire dans Tadoration de nous-mêmes, cette énergie affective se résoudra en une forme de la vanité, en une expression d'orgueil ou de joie concentrée; mais ces tableaux intimes appartiendront à la galerie de l'orgueil, de la vanité et du plaisir. Si au contraire nous craignons pour notre sûreté et si nous nous mettons en posture de défense, nous prendrons dans ce cas une des expressions si nombreuses et si variées de la peur ou de la lutte, mais nous ne pourrons rien trouver qui caractérise spécialement l'amour pour nous-même. Si, à force de sophismes et de subtilités, nous nous figurons avoir mis la main sur une figure d'égoïste, notre découverte se résoudra en une pure négation; en effet c'est du manque absolu et constant de toute expression bienveillante et généreuse que nous aurons conclu par induction à l'amour égoïste de soi-même.
En toute rigueur de logique, nous pourrions compter la haine de soi parmi les sentiments qui se rapportent à la personne môme. Mais ce sentiment pathologique et monstrueux