I. — Curiethérapie externe
Dans ce cas, on utilise les applications de sels de radium et de boues ou de pâtes radio-actives, ainsi que les bains radio-actifs.
1° RADIUM. — Le radium étant un métal qui ne peut être conservé à l'air sans s’altérer, on fait usage de ses sels, en particulier du sulfate de radium. Le rayonnement des sels de radium étant fonction de la quantité de radium métal qu’ils renferment, on formule Ja posologie en gramme ou plutôt en milligramme de radium-élément. :
Technique. — À la suite de Soupault et de Vickam, Dominici et Gy qui furent les promoteurs de la méthode (1908) et leur élève Felgeyrolles appliquaient autour des articulations malades des toiles radifères supportant en moyenne 1 à 2 milligrammes de radiumélément pour 100 cm2 ou des supports métalliques ayant de 1 à 10 milligrammes de radium-élément pour 3 à 4 cm2, filtrés par 1/10 de millimètre de plomb, doublé d’une couche de gaze de 5 à 6 millimètres. On appliquait l’appareil successivement sur tous les points entourant l'articulation, à raison de 2 à 4 heures par point.
Mme Laborde emploie des doses plus fortes. Elle dispose autour de l’articulation malade 4 à 5 tubes de 10 à 15 milligrammes de radium-élément, filtrés par 1 millimètre de platine, l'articulation étant entourée au préalable d’une bande de gaze de 1 cm. d’épaisseur. Les appareils sont déplacés toutes les 48 heures, afin de ménager les téguments.
La technique actuelle de Simone Laborde est un peu différente : les foyers de 10 milligrammes de radium-élément sont filtrés par 1 mm. 5 de platine et disposés sur des blocs de liège à 3 à 4 cm. des téguments. ,
Résultats et indications. — Dominici et Gy obtinrent des résultats remarquables : « Sous l'influence du radium se produisent une disparition progressive de ia douleur, de la contracture, de la congestion, de l’œdème, de l’hydarthrose, un retour graduel des mouvements du membre malade et, consécutivement, l’ac-
croissement de volume des muscles atrophiés… Le nombre des affections rhumatismales blennorragiques ayant bénéficié de l’action du radium est relativement considérable, puisqu'il s'élève à 25 sur 32 arthrites. L'amélioration se produit dans un délai très court. Des douleurs très violentes peuvent être calmées moins de 24 heures après le début des applications. Il existe une correspondance directe au point de vue topographique, entre l’application des appareils et l’analgésie. C’est ainsi que Fon peut anesthésier complètement la moitié d’une articulation comme le genou, l’autre moitié restant douloureuse. »
Felgeyrolles, dans sa thèse, est non moins enthousiaste. Il traite par le radium toutes les formes du rhumatisme blennorragique, y compris les formes suppurées graves. Pour lui, il faut commencer le traitement d’une façon précoce. « Pourtant, des guérisons ont pu être obtenues dans des formes très graves par un traitement commencé 5 semaines après le début du rhumatisme. Dans les formes phlegmasiques diffuses, l'intervention au bout de 3 mois détermine simplement un arrêt du processus inflammatoire en cours, tout en restant inefficace à l’égard des néoformations du tissu qui détermine l’ankylose. La guérison intégrale des arthrites exsudatives ou arthralgiques pures peut être réalisée par la mise en jeu du traitement même 2 ou 3 mois après le début de l’état morbide. »
Coyon et Gagey, Mme S. Laborde ont obtenu des résultats analogues.
Il semble en effet que cette thérapeutique par le
radium soit des plus efficaces dans les cas aigus comme les cas chroniques à tendances ankylosantes. Certains auteurs la croient même plus active que la radiothérapie, qui possède les mêmes indications. Cette dernière a par contre l’avantage sur la curiethérapie par le radium en applications externes d’être plus facilement applicable loin des grands centres et de coûter un peu moins cher.
Bien entendu, le traitement radiumthérapique, comme le traitement par les rayons X, s’il exclut l’immobilisation prolongée, comporte l’établissement temporaire d'appareils plaçant le membre en bonne position pendant les premiers jours. Il comporte aussi ia mise en jeu précoce du massage, de la mobilisation, et, si besoin est, de la galvanisation, de la diathermie ou surtout des ondes courtes.
Mode d'action. — Les hypothèses que nous avons émises au sujet du mode d’action des rayons X sont en tous points applicables aux applications externes de radium dont l’agent actif est surtout constitué par les rayons YŸ, qui sont assimilables à des rayons X de très courtes longueurs d’onde.
2° BOUES RADIO-ACTIVES. — Il faut distinguer les boues radio-actives minérales des boues radioactives thermales naturelles, telles qu’il en existe à Dax par exemple, et dont nous traiterons dans un prochain chapitre.
Les boues minérales radio-actives ont été préconisées dans le traitement des arthrites blennorragi-
ques par Alex lienault, O. Claude, et Teulière, leur élève, qui y a consacré sa thèse (Paris 1909).
Ces boues sont formées par le résidu des minerais radifères dont on a extrait le radium par des proccdés chimiques. Elles renferment encore quelques traces de radiun: ct aussi de lactinium, de l’uranium, de l’ionium et du polonium en proportions mal définies. Leur activité varie de 0,15 à 1 (en prenant pour unité la radioactivité de l’oxyde noir d'uranium) suivant la richesse du minerai. Elles sont environ 50 fois plus actives que les boues naturelles les plus riches.
Technique. — On peut employer ces boues de plusieurs façons : applications directes, introduction électolytiques, bains.
Les applications locales se font de la façon suivante : on enferme la boue dans de la gaze, on plonge ce cataplasme dans de l’eau chaude au moment de Pappliquer et on recouvre avec un imperméable, puis avec une bande. Teulière emploie une technique un peu différente : il insiste beaucoup sur l’application de la boue à même la peau avec une spatule, sur une épaisseur de 5 mm. environ ; par-dessus, il place une couche d’ouate, puis un imperméable. On laisse ce calaplasme en place 8 à 12 heures. Il faut recommencer äinsi chaque jour jusqu’à guérison et même un peu après (Teulière). Alex. Renault recommandait l’application permanente. Au moindre érythème, il faut suspendre le traitement. Pour éviter cet incident, certains auteurs ne font des applications que 3 fois par semaine, et dans les jours intercalaires, ils recomman-
dent d'appliquer sur l'articulation une pommade à loxyde de zinc ou simplement de la vaseline neutre.
L'introduction électrolytique (Bertolotti) se pratique en plaçant sur l’articulation. malade une élec- -troûe métallique entourée de compresses contenant des boues radio-actives et reliée au pôle positif, l’électrode négative étant placée en un point quelconque du corps. On fait passer une intensité de 20 à 25 M.A. On peut aussi utiliser le procédé de Bader et Dominici qui consiste à placer le membre malade dans un bain radic-acüf, relié au pôle positif.
Les bains de boues radio-actives se préparent en délayant 300 gr. de boues dans l’eau chaude d’une baignoire. Ces bains se donnent à 37°. Le malade y reste une demi-heure. Il faut en général une série d’une vingtaine de bains consécutifs. On peut recommencer une nouvelle série après trois semaines de repos.
Résullats et indications. — « Dans l’ensemble », disent Claude et Teulière, « les boues actinifères que nous avons employées produisent le plus souvent de très bons résultats dans l’arthralgie, dans la forme subaigue monoarticulaire, dans la forme ankylosante. Des résuitats négatifs existent rarement et portent surtout sur les articulations du pied et sar les formes arthralgiques et ankylosantes anciennes... Nous n’avons pas eu d'accident. On peut néanmoins noter quelques érythèmes simples ou légèrement vésiculeux avec prurit. Ces érythèmes relèvent certainement de facteurs complexes : macération ou au contraire irritation par une boue desséchée et pulvérulente, radium-
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dermite. Ils sont sans gravité aucune, cèdent au repos en un ou deux jours, surtout si l’on applique sur la peau une pommade à l’oxyde de zinc. »
Sur 29 cas traités, Teulière dit avoir obtenu 19 résultats « positifs ».
Alex Renault rapporte 13 cas de talalgie avec 7 résultats « positifs ».
Bertolotti, Mme Fabre, Haret, Zimmern, prétendent que les résultats sont encore meilleurs par l'electrolyse des boues radio-actives. Laborderie en fait même le traitement de choix de l’arthrite blennorragique. Quant aux bains de boues actinifères, ils ont été employés avec succès à la policlinique Henri de Rothschild sur 22 malades.
D'autres auteurs se montrent beaucoup moins enthousiastes des boues radio-actives, quel qu’en soit le mode d’application. Pour Mondor, « les résultats publiés sont loin d’être frappants ». Vignal ne les recommande guère, car leur teneur est très inégale et elles contiennent des acides qui peuvent abimer la peau; il leur préfère l'application des tubes radifères exactement dosés.
Sans être aussi sévères, d’autres auteurs n'emploient les boues radio-actives que dans certains cas. Pour Felgeyrolles, elles conviennent surtout au traitement des formes bénignes, rhumatoïdes; elles sont encore de mise au début des formes graves (pour éviter toute réaction douloureuse) ou à leur période terminale. Pour Weissembach et Françon, pour Cottenot et Simone Laborde, leur indication principale est
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constituée par les formes rebelles de talalgie et de tarsalgie.
Quoiqu'il en soit, malgré ses succès qui peuvent être parfois remarquables le traitement des arthrites blennorragiques par les boues radio-actives minérales ne peut être considéré que comme un adjuvant.
Mode d'action. — Les boues radio-actives minérales doivent leur action au rayonnement des corps radio-actifs qu’elles contiennent et à l’'émanation qui se dégage d'elles. Sans doute faut-il aussi y ajouter, avec Claude et Teulière, l’action du pansement humide.