‹ La physique des miraclesChapitre 12 sur 27 · LES SAINTES LARMES · texte numérisé non relu

LES SAINTES LARMES

Nous associerons à ces reliques subjectives , invisibles par nature , par conséquent doublement , triplement absurdes, les saintes larmes de Jésus-Christ. Généralement, les saintes larmes sont celles qui ont été versées par le Christ sur le corps de Lazare, le ressuscité ; la composition chimique des larmes du Christ ne saurait être différente de celles ^ue de simples mortels versent aujourd'hui. A moins qu'elles n'aient coulé comme d'une fontaine, ce que l'histoire ne dit pas, on n'a pu recueillir que quelques gouttelettes d'un liquide renfermant des traces de mucosités et des atomes de phosphate de soude ou de phosphate de chaux. Il ne pouvait sortir des yeux du Christ assez de larmes pour donner un résidu visible au microscope, après que toute l'eau se serait évaporée. La physique la plus élémentaire , indépendamment de l'histoire, prouve donc le mensonge; et cependant les saintes larmes n'ont été l'objet d'aucune enquête de la part des physiciens. Les saintes larmes bravent encore les lois connues de l'évaporation !

On pourrait encore appliquer à quelques religieux de nos jours, ce que l'abbé Thiers disait des moines de Vendôme de son temps :

« Ils ont si bien persuade aux peuples du voisinage

qu'ils possèdent une larme de Jésus-Christ , que cette fabuleuse relique leur produit encore 3 6u 400 livres de rente en évangiles, en messes, en iieu vaines, en présents, en oblations, etc,, etc. » Pour justifier leur supercherie, ils ont fait écrire par quelque Veuillot du temps un livre qui a pour titre : Histoire véritable de la Sainte

Larme , et qui a été réimprimé depuis. On y apprend à l'univers chrétien qu'un ange recueillit cette larme et la mit dans un petit vase , lequel il renferma dans un vase plus grand. Ces deux vases, renfermés l'un dans l'autre , furent donnés à la Madeleine, qui les emporta en France, lorsqu'elle y vint avec son frère Lazare, sa sœur Marthe et le grand saint Maxime. L^Madeleine, se sentant près de mourir , en fit cadeau à saint Maxime, évêque d'Aix. La précieuse relique resta cachée dans cette ville pendant toute la durée de la persécution. Elle fut ensuite portée à Oonstantinople, où elle fut conservée jusqu'au milieu du xi® siècle, époque fertile, comme on le sait, en constructions de monastères , parmi lesquels figure celui de la ville de Vendôme. En ce iemps , Michel Paléologue donna la larme à Geoffroy Martel pour le récompenser d'avoir chassé les Sarrasins de Sicile; alors Geoffroy Martel, comte d'Anjou et de Vendôme, aurait rapporté en France ce prix inestimable de sa valeur. Une larme du Christ valait une province, et en matière de reliques, les Grecs n'ont jamais été pris au dépourvu..

Comment un Boileau n'a-t-il point tiré parti de la querelle entre le curé de Vibraye et dom Mabillon , à

laquelle donna lieu la sainte larme de Vendôme? Combien ce sujet était plus digne d'exercer la satire que la guerre du Lutrin ! Que dire de ces magistrats, graves , compassés, étouffant sous leur perruque pour déclarer- à qui les saintes larmes appavtenaient ! Ils eussent jugé, ces jugeurs très-opiniâtres, à qui devaient écheoir les hans que saint Joseph poussait en sciant son bois, sMl se fût trouvé des abbayes pour se les disputer. Car on les mit en bouteille, et Ton y mettrait bien autre chose si l'on ne réclamait. Demandez aux voyageurs qui ont visité le grand Lama du Thibet.

Les saintes larnaes, ainsi que le saint sang de Notre- Seigneur, sont encore adorées dans le nord de la France. Nous avons trouvé à la Bibliothèque impériale une brochure en vers publiée en 1868 par un prêtre d'une paroisse privilégiée. Ce digne homme célèbre en alexandrins une sainte larme, jadis versée par Jésus lors de la résurrection de Lazare. Cette relique a été, comme les autres analogues, envoyée d'Orient par un empereur latin, comme souvenir à sa nourrice, qui habitait un village d'Artois ou de Picardie. Les petits cadeaux entretiennent l'amitié.

(( Sainte larme, s'écrie le poète, sainte larme, sèche les nôtres! »

Restons-en à la métaphore pieuse , allons brûler un cierge devant cette relique, qui inspire de si magnifiques élans d'esprit et de piété.

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