LES VIERGES QUI REMUENT LES TEUX
Un truc excessivement curieux a été imaginé par d'habiles physiciens, qui se sont mis platement au service de ces basses et viles superstitions. Il y avait vers 1850 à Subiaco, dans les Etats de l'Eglise, une Vierge dont on voyait les yeux remuer lorsqu'on la regardait avec quelque attention.
Ce truc produit d'autant plus d'effet qu'il n*exige l'emploi d'aucun mécanisme, mais la découverte d'une combinaison, ma foi trés-habile, fondée sur une étude profonde des lois de la vision.
Quoique plusieurs récents traités d'optique aient beaucoup contribué à populariser la connaissance dés innombrables illusions dont l'œil peut être victime, il est & craindre qu'un certain nombre de lecteurs s'imaginent que nous allons trop loin, lorsque nous prétendons qu'il suffit dans certains cas de laisser marcher l'imagination des dupes, pour les faire assister à des scènes véritablement miraculeuses.
Si nos lecteurs veulent bien se convaincre qu'il n'est pas toujours nécessaire de tirer la ficelle pour que les
vierges remuent les yeux, nous les prions de regarder avec attention le cube que nous avons représenté ici.
Cube changeant.
Nous sommes, persuadé qu'ils verront ce cube, tantôt en relief, tantôt en creux, suivant le désir qu'ils en auront. Avec un peu d'exercice, cette illusion se produira pour ainsi dire à volonté. Le mouvement que Ton imprime, en quelque sorte par la pensée, à l'axe de ce cube changeant est bien plus grand que celui qui est nécessaire pour qu'une Vierge renfermée dans une chapelle paraisse cligner de l'œil.
Ici, l'illusion ne repose que sur les lois mathématiques de la vision. Mais dans le fond d'une chapelle tout vient au secours du charlatan sacrilège. La couleur de la statue, le relief, l'éclat de certains points brillants, la valeur des ombres portées et leur fornjie, tout peut contribuer à rendre le résultat plus éclatant! Il n'est pas jusqu'au respect que le lieu inspire, sur lequel l'arôhitecte qui a combiné le trompe-l'œil a. eu le droit de compter.
Sans entrer dans des détails anatomiques, qui nous entraîneraient trop loin de notre sujet, nous ne pouvons
nons empêcher de faire remarquer que la rétine est
loin d'être douëe d'une
sensibilité homogène dans
toutes ses parties, comme
le croient communément
ceux qui rient de saint »
Thomas, le grand saint ^
clairvoyant qui ne a'estpas €
contenté de voir, mais qui ^
voulait encore toucher. %
Ce fait est susceptible s
d'âtre établi d'une fa^on ^
bien simple et bien nette "S
pour les personnes les plus €
étrangères aux expérien- s
ces de physique. §
Qu'on ferme l'œil gau- i£
che ef qu'on fixe avec ^
l'œil droit la croix blanche sg
de la figure ci-contre, ^
ensuite qu'on éloigne à *
un pied environ le livre ' §
tenu verticalement. On g
trouvera qu'il existe une S certaine position où lecerde blanc disparait complètement et où le fond noir paraît continu. Pour que l'expérience réussisse, il faut avoir bien soin de
maintenir le regard âxë sur la croix blanche qu'on voit k trois pouces aunlessons du rond. Si l'on met le livre en deçà ou en delâ> de la position où l'expérience a réussi, on voit reparaître le cercle blanc qui se dessine nettement parla vision indirecte (1).
On peut même tracer les limites d« l'espace que cache ce point aveugle de la rétine, et par conséquent déterminer sa forme. Cette opération s'exécute sur un papier blanc, tenu à la dislance de dix à douze ponces de l'œil. Le périmètre cherché est indiqué par la succession des positions qu'occupe le bout d'une plume que l'on promène
dans toutes les situations où elle cesse d'être aperçue.
Si le lecteur doute encore de la peine que l'œil fatigué par la fixation pieuse peut avoir à juger de la forme de certains objets, noua l'engageons à regarder fixement la figure ci-dessus.
d'Helmnoiz, iradiiile pur Emile Jaral.
II verra que la band« du miliea, dont ta largeur eat partout la même, finira par ressembler k une sorte de massue. La partie située entre les deux surfaces noires acquiert des dimensions transversales plus grandes, tandis que la partie qui est placée entre les bandes étroites diminue de largeur.
L'teil n'est mdme point apte a juger intelligemment de la dimension respective des objets voisins, du moins dans des circonstances que tes thaumaturges savent produire à volonté. En effet, it se trouve daaa des cas beaucoup plus amples incapable de se garantir des erreurs produites par rirradiation.
Ainsi, quoique tes deux carrés de la figure ci-dessus soient rigoureusement égaux, le carré blanc paraît sensiblement plus grand que le carré noir.
Enfin , pour terminer cette petite série d'expériences,
nons engagerons nos lecteurs à regarder pendant quelque temps le disque papillotant que nous plaçons ci-dessoas.
DJsine paiiillolonl.
Quoiqu'il soit destiné à produire ]mA Ion effet lorsqu'il est mis en mouvement, cependant on sentira rapidement une grande fatigua en le regardant, on éprouvera de la difficnlté à juger de la situation exacte des raies, de leur parallélisme. La teinte du sillon blanc cessera bientôt d'être homogène ; alors apparaîtront des taches d'un brun assez décidé. Enfin l'on verra dans certains cas ces secteurs un peu obscurs changer de place assez brusquement.
La figure que nous donnons ici , grâce à l'obligeance de M. Javal , est susceptible d'être variée de plue
manières. On trouve à la librairie Victor Masson plusieurs planches du môme genre, mais plus compliquées, dont les oculistes peuvent se servir pour étudier Tétat pathologique des yeux. L'épreuve consiste invariablenient à voir la forme que prennent ces figures quand on les a contemplées pendant un certain temps.
Un homme dont l'esprit est sain, voit quelquefois surgir une foule d'images subjectives dont l'apparition est liée à une multitude d'états morbides, soit de Toeil, soit du corps entier.
Tantôt éphémères, ces apparitions sont répandues dans tout le champ visuel, tantôt elles sont limitées. Dans ce dernier cas, elles prennent la forme, soit de taches irrégulières, soit de fantômes qui imitent l'aspect de l'homme et des animaux. Les causes mécaniques, telles que l'augmentation de pression , soit du sang dans les vaisseaux, soit des humeurs de l'œil, suffisent pour provoquer ces perversions de la vue, qui ne sont pas les seules dont les organes delà vision puissent être la cause immédiate et prochaine.
La rétine peut encore être l'objet d'excitations chimiques, dues a un changement de composition du sang , et ce cas se présente notamment lors de Tempoisonnement par des narcotiques. L'excitation de la rétine peut également être le résultat de l'excitation d'autres nerfs sensitifs, en vertu de cette grande loi mystérieuse qui se nomme la sympathie, et qui fait, par exemple, que l'audition de sons très-aigus donne froid dans le dos , ou que la vue de grands champs neigeux fortement éclairés donne à beau-
coup de personnes une titillation dans le nez. De semblables sensations sympathiques paraissent se produire dans Tappareil visuel comme conséquence de Texcitation des nerfs de l'intestin infecté de vers parasites ou obstrue par des accumulations de matières fécales. Le fantôme qui tourmente ce visionnaire ne vient ni du ciel ni de Tenfer. Il n^est point appelé par la baguette de quelque sorcier ; pour le faire disparaître, il n'est pas besoin d'aller chercher l'exorciste. Il suffit, tremblez, dévots... Il suffit d'un lavement.
Des images de ce genre ont été aperçues à plusieurs reprises par des gens qui avaient conscience de la nature subjective des fantômes. Quelques-uns, comme Goethe et MuUer , pouvaient môme évoquer à toute heure des apparitions pareilles, en regardant longtemps le champ visuel obscur avec les jeux fermés.
Nous regrettons de ne pouvoir résumer en entier le savant et profond traité que le grand naturaliste a publié sur les Hallucinations de la vue, admirable siget d'études qu'il poursuivait avec une inflexible persévérance pendant les cruelles insomnies auxquelles il était sujet.
A quelles illusions n'est pas exposé le néophyte en proie aux terreurs de la superstition quand, l'estomac creux, il reste longtemps prosterné. Quels fantômes ne doivent point l'assiéger quand le froid du cloître a figé son sang; quelles visions doivent se dérouler devant sa prunelle éclairée par une lampe fumeuse brûlant devant j
une madone revêtue d'une parure éclatante! Que ne
peuvent les stimulations des sens surexcités par le vœu de chasteté II
Des hallucinations non moins dangereuses assiègent le dévot au milieu des fôtes, lorsque Foreille est charmée pai* les accords d'une musique savante, lorsque tous, hommes, femmes et enfants se prosternent à terre au milieu de nuages d'encens, dociles à la voix de l'airain I Les rayons du soleil eux-mêmes ne sont-ils point coupables de la folie qui s'empare de la pauvre cervelle du dévot! Pourquoi traversent-ils des vitraux revêtus de couleurs bizarres, ne savent-ils point que les teintes colorées dont ils se chargent donnent lieu à une multitude de contrastes. C'est leur faute si tant d'ombres fantastiques paraissent derrière le confessionnal et se montrent sur le seuil de la sacristie.