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CHAPITRE XXT

Est-il Utile, est-il nuisible, au contraire, de sonner les cloches quand il tonne? J priori, on ne saurait résoudre la question par des considérations théoriques. Si l'ébranlement communiqué à l'air par les cloches s^ propage jusqu'au nuage orageux , rien ne prouve que leffet doive être de le faire descendre, plutôt que de le^faire monter, le diviser, l'écarter. C'est donc à l'expérience de répondre à la question , si la chose est possible.

Or, on ne cite d'abord aucun fait qui tende à prouver que le son des cloches ait agi préservativement, comme cela résulterait, par exemple, de ce qu'un clocher aurait été épargné dans ce cas, tandis que d'autres, placés dans le voisinage, et dans des circonstances identiques, sauf le branle des cloches, auraient été atteints par la foudre. Au contraire, on cite deux exemples re-^ marquables^ desquels on a conclu que le son des cloches avait un effet funeste. Ainsi, dans l'orage déjà cité, qui ravagea la* Bretagne entre Landernau et Saint-Pol de Léon, les vingt-quatre clochers qui furent frappés de la foudre, furent, dit-on, ceux-là précisément où l'on sonnait les cloches, tandis que des églises voisines, où l'on ne sonnait pas, furent épargnées. On cite, en second lieu, l'orage de 1769, où la foudre frappa le clocher de Passy, qui n'avait pas cessé de sonner. Mais ces exemples, il faut le dire, ne sont pas concluants. Car il faut dire, au sujet du second cas que les clochers de Chaillot et d'Auteuil, voi- .11. 9

sins de celui de Passy, furent épargnés par le tonnerre, quoiqu'on y sonnât tout autant que dans celui-ci. Et, quant au premier exemple, en supposant les faits bien constants, on peut croire que l'orage, se développant sur une zone longue et étroite , a du frapper une série de clochers , soit qu'on y sonnât ou non ; tandis que des églises voisines, mais en dehors de cette zone, ont dû être épargnées , sans que leur silence y fût pour quelque chose.

En résumé, les preuves manquent pour ou contre l'influence utile ou nuisible du son des cloches. Mais est-ce à dire qu'il soit indifférent de sonner ou non pendant un orage? Nous sommes d*un avis contraire, en nous plaçant, il est vrai, à un point de vue tout à fait différent 5 mais, à ce point de vue-là , il ne saurait y avoir le moindre doute.

Ses (bDgera. En supposant que la foudre tombe sur un clocher, elle se portera volontiers sur les pièces métalliques les plus considérables , sur la cloche p^ir exemple, soit que cette cloche sonne ou non} or, par la corde de cette cloche, qui est un cppducteur qui la prolonge, elle se portera natvirellement sur le sonneur, qui sera frappé presque immanquablement. Si plusieurs personnes sont rassemblées so^s la tour, il y eu aura tout autant qui seront exposées au choc de la foudre. Ou cite l'exemple du clocher d'Aubigny, qui fut foudroyé le 10 juin 1775. Trois hommes qui sonnaient la cloche, et quatre enfants qui s'étaient réfugiés

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80US la tour, furent tués du même coup. Or, si l'on considère d'ailleurs que Jes clochers, qui sont, en général, les objets l^s plus saillant^ ^ijr 1^ sol et les plips voisins des nuages, qui pffésentept d'ailleurs à leur spmme{: une croix métallique, sont par cela plus exposés au choc de Ijn foudre qqe quelqqe objet qup ce soit, QH W^ §'étonnera pas du nombre très-considér^bje de sonpeurs qui se sont IpouTes vîctinaes dji préjugé général et de leur imprudence, l^ st^tist^pjen allemand dont il a été questipn ci-dessus, copiptait, dans un tiers de siècle, à sa connaissance, iqn sonneurs tués par la foudre, et le nombre des blessés était bien plus considérablie. Les curés doivent donc user de toute leur influence po|ijr empêcher les villageois de se livrer, lorsqu'il tonne , à ce dangereux exercice.

Nous disons que les clochers sont plus souvent Trappes de la foudre que quelque objet que ce soit* Les grands arbres, surtout lorsqu'ils sont isolés, partagent avec eux cette propriété fatale ^ et en vertu du même principe. Tout ce qui est saillant à la surface du sol, en comparaison des ol> jets qui entourent, un buisson, un homme debout» sidnl; nécessairement des points de mire pour la f((}udr/». Un arbre isolé d^ns la caippagpe est donc jilus /exposé qu'un bois ; il y a le p)us grand daqg^r à se mettre à couvert sous ^'arbre; il n'y en a aucun ou ptesque aucuh à se réfugier dans le bois; car il y a alors infiniment peu de chances pour qu0, sur une foule d'arbres k P^n près

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égaux, la foudre choisisse précisément celui qui sert d'abri. Lorsqu'on ^sl surpris par l'orage dans la campagne, il ne faut donc pas chercher refuge sous un arbre; il faut même s'en tenir à quelque distance; et il semble même qu'on se met en sûreté autant que possible ^ en se plaçant, s'il y a lieu, tout juste au milieu de l'intervalle qui sépare deux arbres.

De» arbres. On s'cst demandé si les arbres eux-mêmes, si ceux surtout terminés en pointe, comme les sapins, les peupliers d'Italie, n'agissaient point comme paratonnerres. Mais l'assimilation de ces prétendues pointes à des pointes métalliques aigués est quelque chose de grossier; et la théorie du pouvoir des pointes ne saurait s'appliquer à ces objets.

De la Enfin , l'on demande quelquefois si l'on s'ex-

pose à être foudroyé lorsqu'on court en plaine pendant un orage. Nous répondons à cela, que' nous ne le croyons pas; mais que, sur ce point , il est difficile de soutenir le pour ou le contre. On dit que la course a pour effet de chasser l'air devant le coureur, et de faire derrière lui un vide où l'air afflue, et où peut être amené par conséquent le nuage orageux. Mais il est clair que le prétendu vide est immédiatement rempli par l'air ambiant , et que l'effet ne saurait s en étendre à la distance du nuage orageux et lui ouvrir un passage. On a vu , sansdoute, des hommes frappés de la foudre pendant qu'ils couraient pour se soustraire à la pluie d'orage ; probablement on

aura attribué à leur coui*se, une fulmination qui les eût paiement atteints s'ils fussent restés im« mobiles.

Cette question mène à celle de savoir si Ton ne doit pas fermer 1^ fenêtres lorsqu'il tonne. En vue de la transmission possible de Fagitatiou de Tair inférieur jusqu^au nuage orageux, il est sage de fermer des fenêtres qui feraient courant; dans le cas contraire, rien n'indique que la clôture des fenêtres ait la moindre utilité. A tout liasard, néanmoins , nous la conseillons quand Forage est très-proche, en vue surtout des cheminées qui pourraient faire courant avec les fenêtres.

362. Occupons-nous maintenant des véritables moyens de garantir de la foudre; c'est désigner immédiatement les paratonnerres.

lin paratonnerre est une longue barre métalli* que, de fer ordinairement, et terminée en pointe, que l'on dispose verticalement au-dessus d'un édifice, pour le préserver de la foudre. Cette barre, qui se rattache à toutes les ferrures extérieures du bâtiment, plonge assez profondément dans le sol. Dans le cas d'un orage, cette barre décharge, en tout ou en partie, le nuage porteur de la foudre , il la conduit silencieusement dans le sol, et préserve l'édifice de ses effets destructeurs.

La théorie du paratonnerre est fort simple, uq» Lorsqu un nuage orageux passe a son zenitii, son comme fluide naturel est décomposé ; l'électricité de même *** "*'***"• nature que celle du nuage est repoussée dans le

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^ol; le fluide de nature contraire est attire, et s'en \a, par la pointe, neutraliser celui du nuage. Si celui-ci reste assez longtemps suspendu à proxittlité de la bât*re de fet», il sera déchargé par la pointe , du moins en partie. Dès lot^s , ou il sera trop faible pour foudroyer le bâtiment k la dîstâtice où il se trouvera , ou , dans le cals contraire , son actiôtl s'exercera sur la barre, comme sur le ôôttducteur le plus voisin. Tout se passera entre elle et le huage, et là foudre ne pourra se Jeter sur le bâtiment , parce qu'elle doit suivre le meilleur conducteur.

363. Cette dernière considération est importante; car, même non armée d'Une pointe, la barre de métal serait encore', pour l'édifice qu'elle^surmonte, un préservateur suffisant, et elle jouerait le même rôle que les paratonnerres à pointe dans le cas où ils sôtit frappés de la foudre , et que leUr pointe feât fondue, ce qui n'est pas rare. Ce qui se passé alors est analogue k ce qui a lieu lors^ qu'on décharge une batterie avec un arc métallique sans manche que l'oti tient entre les mains; la décharge suit l6 meilleur conducteur, et ne se jette pas sur les mains de celui qui opère. 11 pourra dottc y avoir fracas , et le paratonnerre pourrait nrtêlne être partiellement fondu dans une partie ou l'autre de la longueur, sans que le bâtiment EfftttdM reçât l'étincelle. Mais il vaut piieux que la barre conductrice soit terminée par une pointe , dont l'efTet est d'aflaiblir la tension électrique du nuage. Celaeêt évident , à priori y et confirmé par les*

H"tM.

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