CHAPITRE XXI
transmettent aux solides, et ceux-ci réagissent sur Tair lui-même , de manière à agrandir les effets de vibration de ce fluide. Cette communication et cette réaction du mouvement vibratoire ont donné lieu aux diverses sortes d'appareils qui servent à renforcer les tons, et sans lesquels certains instruments de musique perdraient la plus grande partie de leur valeur. En voici différents exemples-
Si les cordes d'un violon , d'une harpe, d'une Réaction guitare, d'un piano^ étaient tendues entre deux solides points fixes sur le sol, ou sur quelque pierre '*^""'*' épaisse , les sons qu'en tirent l'archet ou le doigt seraient d'une intensité tellement faible, que ces instruments perdraient la plus grande partie de leur valeur musicale , et Ton peut dire qu'ils n'existeraient même pas. Mais si l'on appuie ces cordes par le moyen du chevalet sur la table supérieure d'une caisse composée de planches de bois mince, comme celles qui font le corps de ces instruments, les vibrations de la corde se communiqueront à ces planches, et celles-ci transmettront leur mouvement à l'air intérieur de la caisse , lequel est en communication avec l'air extérieur par des ouvertures placées sous les cordes. Ainsi le son est produit non par la seule vibration de l'air que la corde choque directement, mais par celui delà masse aérienne contenue dans la caisse, et même celui qui est sur toutes les faces en contact avec les planchettes.
On sait que les anciens plaçaient dans leurs II. 2
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théâtres de grands vases d'airain , qui avaient pour effet de renforcer le son. Les vibrations aériennes se communiquaient à ces vases qui vibraient comme Taîr qui les choquait, et les vibrations de Tairain ébranlaient à leur tour l'air ambiant.
Tout le monde a entendu l'effet produit par des instruments à vent qui, dans les églises, par exemple, ébranlent les vitres, et leur font rendre des sons à la même note. L'air ébranlé par l'ophicléide met le verre en vibration, et celui-ci communique son ébranlement à l'air qui le touche. Toutefois , cet effet n'a lieu que lorsque le ton, momentanément émis par l'instrument, est celui que rendrait la vitre supposée mise en vibration par un choc direct , ou , en d'autres termes, quand il est à l'unisson avec le verre.
En général, une corde ou lame quelconque qui vibre dans le voisinage d'une autre corde ou lame qui se trouve à l'unisson avec elle, met celle-ci en vibration^ sans aucun contact; et cette vibration communiquée est sensible à l'œil comme à l'oreille. Qu'on suppose une corde de guitare qui, pincée à vide, donne un sol^ et que la corde qui Tavoisine rende dans les mêmes circonstances le son si. La première étant pincée, n'agitera la seconde en aucune façon ; mais si , en plaçant le doigt convenablement sur la première, on lui fait rendre le son si^ la seconde s'agitera en même temps, et rendra également le si. C'est de la sorte
CHAPÏtKE ÏXI. Ift
qu41 faut entendre l'effet A^unisson. On se sert de cette loi pour accorder les instruments, de la manière que nous allons exposer.
298. Mais faisons remarquer d'abord cette né- Accordagè cessité d'accorder les instruments. Le ton rendu instruments. par une corde dépend de plusieurs circonstances sur lesquelles nous reviendrons plus bas ; signa* Ions seulement ici l'influence fondamentale du poids par lequel une corde est tendue. Si ce poids vient à varier, le ton change. Or, dans les instruments à cordes dont il est ici question, la tension des cordes n'est pas due à la traction d'un poids, mais au frottement énergique des clefs autour desquelles elles s'enroulent; cependant il est manifeste que l'effet est le même que si les cordes étaient tirées par un certain poids. Or, les influences météoriques font continuellement varier la longueur des cordes; si elles sont métalliques, ce sont les changements de température qui modifient leurs dimensions; si elles sont organic(ues, ce sont les phases de sécheresse et d'humidité. Or, si, étant donnée une tension primitive, la corde vient à se raccourcir ou à s'allonger sous les influences dont il s'agit , sa tension change par cela même, et les choses se passent comme si les cordes étaient tirées par des poids dont on . modifierait la masse. Ainsi les tons qui dépendent de ces poids varieront chaque jour, et il sera nécessaire, lorsqu'on voudra faire usage de l'insr trument, de modifier les tensions des cordes, de manière à leur donner les rapports exigés par
les notes qu'elles représentent. C'est en cela que consiste Yaccordage.
Le moyen ordinaire et le plus simple pour accorder, consiste à établir d'abord le ton d'une corde sur un ton fixe çt fondamental convenu, qui est le la du diapason. Ce serait, par exemple, la 3® corde dç la guitare, en plaçant le doigt sur la première division, de sorte qu'à vide, cette corde donnerait le soly note qui lui est attribuée. Puis plaçant le doigt à la seconde division , ce qui doit donner le si , on pincerait la 4* corde qui est attribuée au si, et qui devrait donner l'unisson, si la tension de cette corde était ce qu'elle doit être. Or, en modifiant cette tension par de légers essais successifs , ou pari^iendra à produire l'unisson voulu, et alors la 3* et la 4* corde seront accordées. On conçoit trèsbien maintenant que les autres soient amenées de la même manière à l'accord avec les précédentes.
Mais il existe un autre moyen d'accorder l'instrument, même sans le secours de l'oreille; et ce moyen est fondé précisément sur la communication du mouvement vibratoire entre deux cordes à l'unisson. Après avoir établi la 3^ corde de la guitare , on place sur la 4^ un petit chevron de papier ; et, faisant rendre le si à la 3*^, comme précédemment , on opère avec la clef une tension progressive sur la 4*> jusqu'à ce qu'on voie le petit chevron sauter en l'air. Quand le papier est ainsi lancé , c'est que la corde qu'il surmonte a