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CHAPITRE XXXVIII

PÉCOMPOSITION DE LA LUMIÈRE. — DISPERSION. — ACHROMA- TISME. — ARC-EN-CIEL.

510. Lorsqu'un rayon solaire 9 pénétrant d^s une chambre obscure, rencontre sur «sa route un prisme de cristal P, il le traverse, mais en sort à l'état de faisceau teint de diverses couleurs. Si Ton reçoit ce faisceau sur un tableau blanc, on obtient une image oblongue , arrondie sur ses bords, et présentant sept nuances consécutives dans Tordre suivant, en descendant du sommet du prisme vers sa base :

Rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet.

Il résulte de là que la lumière blanche se compose essentiellement de sept rayons, dont chacun a une couleur propre, qui sont inégalement réfrangibles, et que cette inégalité sépare quand ils ont à traverser obliquement un même milieu.

Qaacun de ces rayons est simple; car si, cachant les autres par un écran opaque^ on reçoit l'un d'eux, seulement sur un aAitre prîi^me, il est dévié.

Spectre solaire.

36ft PHtSrQUfi EN ACTION.

mais sans aucune modification de couleur. Si on reçoit les sept rayons sur une lentille, ou qu'on les concentre par un miroir, il se reforme de la lumière blanche au foyer ; mais les couleurs reparaissent en se séparant au delà , et dans un ordre inverse , parce qu'elles se sont croisées à

R«« travers la lentille. Du reste, dans le spectre so- «pcctre. laire il n'y a point de limites tranchées qui les séparent; elles passent de l'une à l'autre par dégradation continue de teintes. Seulement, en considérant le spectre avec des instruments amplifiants, on y distingue une foule de raies noires transversales, au nombre de plus de 600, dont on considère 7 principales qui servent de repères correspondants d'une manière fixe aux diverses couleurs.

Nous avons dît comment on pouvait produire dans une chambre obscure le phénomène de l'aroen-ciel, en recevant le faisceau du spectre sur un miroir cylindrique qui le réfléchit circulairement. On produirait également ce phénomène en donnant à l'ouverture du volet une forme semicirculaire, à laquelle on appliquerait un prisme de même forme. L'image serait encore plus vive, parce qu'elle ne subirait pas la perte considérable due à la réflexion. Cette magnifique expérience serait complétée par l'emploi de l'héliostat.

Blanc 511. Si la lumière blanche est le résultat de la combinaison des sept couleurs, il en résulte que la sensation du blanc est le produit de la combinaison d'autant de sensations colorées. Cela doit

compose.

CBAPITIB xzifnt. <69

avoir lieu ëgalemeut, soit que les sept sensations soient réellement simultanées, soit quelles soient renfermées dans l'intervalle de temps que dure une impression sur la rétine. Sur ce principe est fondé le curieux moyen que voici, de recomposer les sept couleurs de manière à obtenir du blanc. On découpe un cercle de carton que Ton divise en sept segments, dont chacun reçoit Tune des sept couleurs, dans les rapports suivants :

rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet. 6iS 34% 55^, 6i", 55% 34% 6o^

Qu'on enfile ce carton de manière à en faire une pirouette que l'on fera tourner rapidement, on ne verra qu'un cercle blanc légèrement teinté de gris. Cela vient de ce qu'un point de la circonférence du cercle envoyant à l'œil un rayon de sa couleur, tous les autres points de la circonférence passent au même lieu , et se font sentir avant que ï'iaipression produite par le premier ait cessé. La légère teinte noirâtre vient de ce que les couleui*s dont on se sert n'ont jamais la pureté et la sim* plicité de celles du spectre. • -

512. Sil'on intercepte une ou plusieurs des cou- CoAsunca». leurs divergeant du prisme, et qu'on réjunisse les autres au foyer d'une lentille, on aura une couleur composée dont la teinte dépendra des couleurs que l'on combine, et qui offrira autant de variétés que l'on peut former de combinaisons ii à a, 3 à 3,. . . 6 à ti, avec six objets. Si, après avoir ainsi formé une couleur composée, on reprend avec IL 34

370 pHTsion BN kfimm.

une autre leatiUe les rayons négligés d'abord^ on aura une autre teinte; et si enfin on fait tomber les deux couleurs ainsi formées sur un mémepoint d'an carton blanc, leur combinaison produira un blanc parfait; ce qui élait facile à prévoir. Les deux teintes composées dont la combinaison donne du blanc, sont dites, Tune par rapport à l'autre, couleurs complémentaires.

Les couleurs employées par les peintres ne sont jamais homogènes; le prisme y fait toujours découvrir des teintes étrangères. En général, ils composent la plupart des couleurs avec trois couleurs fondamentales qu'ils appellent simples : le rouge, le jaune et le bleu. Avec le jaune et le bleu on fait du Tert ; le rouge et le jaune donnent l'orangé; le rouge et le bleu donnent le violet; et ainsi du reste. Présentées au prisme, ces couleurs sont résolues en leurs éléments.

Lorsqu'on regarde un objet blanc à travers deux verres colorés l'un en bleu, l'autre en jaune, les deux images se superposant, il en résulte une teinte verte sur l'objet, ï^'™*^ *■ 513. Les lumières artificielles, comme celles dès bougies, donnent un spectre à peu près semblable à celui des rayons solaires ; dans les flammes blanches on ne voit pas de raies noires^ mais, au contraire, des lignes plus brillantes que le reste. Divers combustibles donnent des raies noires ou autres; les combinaisons sont en général fort variéês. Il n'y a aucune fii^mme qui donne une couleur absolument indécomposable par le prisme;

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mais il existe un moyen d'en former une qu'on peut considérer comme homogène, tant le prisme a de peine à en séparer de très-légères teintes de nuances différentes.

Pour obtenir cette lumière monochromatique ^ il suffit de mêler à l'esprit-de-vin une très-forte dose de sel ordinaire ; et quand le liquide est saturé, on l'enflamme, en ayant soin de retourner continuellement le mélange. Si l'on veut avoir une véritable lampe, on prend un verre à boire, auquel on ajuste un couvercle de fer-blanc, percé d'une fente rectangulaire de 5 à 6 centimètres de long sur un de large ; cette fente est traversée par un tube de même métal qui se prolonge de deux centimètres au-dessus et au-dessous, et qui contient une large mèche. On remplit le verre d'alcool mêlé d'un quart d'eau saturée de sel, et l'on saupoudre la mèche de sel solide pulvérisé. La mèche allumée donne une flamme d'un jaune feuve très-remarquable; mais ce qui est fort curieux surtout, c'est que cette lueur, reflétée par la peau dont la teinte propre se combine avec elle, donne une nuance d'un gris verdâtre, qui rend blafardes et horribles les figures des personnes présentes. Chacun devient un spectre, qu'au moyen de quelques grimaces il est aisé de transformel' en un revenant hideux; et il ne serait pas difficile de produire par ce moyen, sur des personnes non prévenues, des émotions très-vives et peut-être dangereuses.

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