Voir U Loytjtie de Ihypothiu, troisième partie
IDÉE DE LA MATIÈRE. S5i
se combinent toujours dans des proportions déterminées ; c'est la loi des proportions définies. Lorsqu'un cori)s forme avec un autre plusieurs couibinaisons, le poids de l'un varie à regard du poids de l'autre selon des ra|)por!s numériques simples ; c'est la loi des proportions multiples. Ces deux affirmations, expérimentalement démontrées, s'expliquent par la censée que les corps sont formes de pariies indivisibles. Du reste, tout essai de synthèse mathématique destinée à rendre compte des phénomènes suppose que les éléments de la matière sont en nombre déterminé. On peut donc considérer la théorie atomique comme exprimant un des postulats de la physique moderne. Mais, en admettant que cette théorie soit démontrée, quelle est la nature de l'atome? Est-il impénétrable, comme on l'admet à l'ordinaire ? n'est-il qu'un centre de force, de ujanière que iilusieurs atomes puissent coïncider en un même lieu? Ce sont là des questions non résolues. Ce qui demeure certain, c'est que la divisibilité indéfinie, caractère indéniable du concept de res|jace,ne peut pas s'appliquer à l'élément des corps, dès qu'on considère cet élément comme une unité. La confusion établie par Descartes entre l'idée de l'espace et l'idée de la matière a été, comme on l'a vu (1), l'origine de quelques-unes de ses erreurs.
Les questions philosophiques relatives à la nature des atomes ne sont donc pas résolues. On peut en dire autant des problèmes relatifs à la forme première du mouvement. Pour préciser la question dans un de ses détails, la gravitation est-elle un mouvement primitif, ou a-t-elle un antécédent physique, comme Newton l'a supposé, et comme bien d'autres l'ont pensé après lui ? C'est ce que nous ne savons pas» dans l'état actuel des recherches (2).
1. Dans la deuxième Etade,à rarticle des erreurs de Descartes.
â. Une tentative récente pour déterminer 'les antécédents physiques de la gravi latiuii a été faite pir M. Eudore PiniiPZ dans son ouvrage sur Vanité des forces de graoUation et d'inertie, i vol. iu-8. Uraxelles i88l.
La pbysiqae ne livre donc pas à la science générale une théorie démontrée relativement à la constitution de la matière et an mouvement primitif dont la matière est animée; mais elle fournit la solution d'une question agitée dans les écoles de philosophie.
On a souvent distingué deux sortes de qualités^ ou de propriétés de la matière : les qualités dites premières, qui se' représentent objectivement, et qui se rattachent à la forme et au mouvement, et les qualités dites secondes, qui sont les causes des sensations diverses désignées sous les noms de son, de couleur, d'odeur, de saveur. La valeur de cette distinction a été contestée. M. Saisset, par exemple, a écrit : < La ligne c de démarcation tracée diversement par Descartes, par Locke, « par Reid, par Dugald Stewart, entre les qualités premières « et les qualités secondes de la matière est plus ou moins . « arbitraire et inconciliable avec les faits (1). » La distinction dont M. Saisset n'admet pas la valeur, disparait également pour l'école philosophique qui, avec Stuart Mill, définit la matière comme étant c une possibilité permanente de sensations. » Cette définition supprime toute étude sérieuse des phénomènes de la perception, en ne laissant en présence du fait subjectif de la sensation qu'une possibilité, c'est-à-dire une abstraction réalisée qui remplace fort induement la conception nécessaire d'une réalité objective.
La distinction entre les qualités premières et les qualités secondes des corps, attaquée par des philosophes, est incontestablement justifiée par les théories de la physique actuelle. En effet, selon ces théories, les causes de nos sensations, qui sont indéterminées directement dans le fait de la perception, sont déterminées scientifiquement, comme des mouvements divers, soit de la matière pondérable, soit du fluide éthéré. Nous expliquons les qualités secondes au moyen des qualités