R»vu$ phHùtophiquê de décembre 1879, page
IDÉE DE l'esprit. tSIL
ment séduit par la doctrine du vide et des atomes, il aTait rejeté cette conception purement mécanique, et était arrivé à la noli(m que les éléments simples de runiverssout des forces qu'il ap|)elle monades. Il écrit: « Je trouvai donc que leur « nature consiste dans la force, etquedeccla s'ensuit quelque c chose d'analogique au sentiment et à l'appétit; et qu'ainsi
< il fallait les concevoir à l'imitation de la notion que nous
< avons des âmes (1). » Etendre les idées du sentiment et de l'appétit à tous les éléments del'univers, c'était détruire la barrière établie par Descartes entre les corps et la pensée. Leibniz toutefois maintient énergiquement la distinction essentielle de l'esprit humain et de l'organisme. Après avoir parlé des animaux, il ajoute: i Les âmes raisonnables suivent « des lois bien plus relevées, et sont exemptes de tout ce qui c leur pourrait faire perdre la qualité de citoyens de la société c des esprits; Dieu y ayant si bien pourvu, que tous les chanc gements de la matière ne leur sauraient faire perdre les c qualités morales de leur personnalité (2). » 11 est évident d'ailleurs que la doctrine de l'harmonie préétablie suppose la diversité essentielle et primitive des esprits et des corps. La pensée de Leibniz est engagée dans deux directions diverses, dont l'une le porte à rapprocher la matière de l'esprit, et l'autre à établir leur différence. Ces deux directions de sa pensée sont-elles conciliables? c'est une question pour l'historien de la philosophie. La première, dégagée du contrepoids de la seconde, a été fortifiée parles progrès des sciences naturelles. Les conditions organiques des phénomènes spirituels ont été soigneusement étudiées et incontestablement établies. Une médiocre connaissance de l'état actuel des études suffit pour démontrer l'erreur commise par Descartes lorsqu'il a affirmé se connaître comme c une chose qui pense »,
i. Système nouveau de la nature $t de la communication des substanceê^ .
i. IM., i 9.
abstraction faite de tout sentiment de l'existence da corps. Les données d'ane psychologie exacte confirment pleinement, sous ce rapport, les résultats des travaux des physiologistes. Deux courants, dont Tun procède de la métaphysique leibnizienne, et l'autre de la physiologie, se sont donc réunis pour produire dans l'esprit de quelques savants contemporains l'affirmation que les éléments corporels et les éléments spirituels que l'observation nous manifeste» ne sont que le double aspect d'un même fait.
Cette thèse est difficile à entendre. Les mouvements physiologiques et les faits psychiques semblent irréductibles, par le fait de la diversité absolue du mode de leur connaissance. L'observation établit que, dans les limites de notre expérience, un état déterminé du corps est la condition des manifestations possibles de l'esprit. Lorsqu'on dit que l'on constate les relations de deux ordres de phénomènes distincts sans être séparés, et réunis sans être confondus, cela se comprend ; mais que signifie l'affirmation que le même fait a deux aspects, ou deux faces? Affirme-t-on l'unité substantielle Mu support commun de phénomènes différents? C'est une thèse de philosophie spéculative, et cette thèse a un double défaut. En premier lieu, elle est absolument stérile: d'une unité substantielle indéterminée et indéterminable, on ne saurait rien déduire. En second lieu, la thèse est destituée de toute preuve valable. Pour l'établir, il faut affirmer que^partout où il y a mouvement il y a quelque élément psychique, la sensation pour le moins. La sensation est un faitjsubjectif dont la conscience seule nous fournit l'idée. Admettre la sensibilité des animaux, c'est, pour les animaux supérieursMu'^moins, le résultat d'une analogie sérieuse. Cette analogie fait défaut lorsqu'on passe au règne végétal, et bien plus encore lorsqu'il s'agit de la matière inorganique. Attribuer un élément de sensibilité aux pierres et aux métaux est une affirmation a priori, déduite de certaines conceptions philosophiques, et
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que Tobservation ne justifie à aucun degré. Du reste les partisans de la doctrine que j'examine n'énoncent pas rinténtiôù de formuler une thèse de philosophie spéculative; ils ùe parlent pas d'une unité substantielle, entendue dans un sens métaphysique, ils parlent d'un fait. Puisqu'il est question d*uû fait, il est naturel de demander par quelle expérience on le constate. Estce le fail subjectif, la donnée de conscience, qui a une face objective? Qu'est-ce que la face objective d'un phénomène subjectif? Qu'on parle d'une condition objective, cela s'eoiend ; mais une /ace objective d'un fait subjectif, cela ne s'entend pas. Les termes mêmes que l'on emploie rappellent la nécessité de concevoir un objet qui se pose en face d'un sujet. Est-ce le fait objectif, le mouvement, qui a une face subjective? C'est ainsi que paraissent l'entendre les partisans de la doctrine. Selon M. Lewes, « il est nécessaire d'adopter « franchement le point de vue biologique, c'est-à-dire de « regarder les fonctions mentales comme des fonctions vi- « taies (1). »
Le fait unique qui a deux aspects est donc le fait physiologique. Celte aflirmalion est fort claire en elle-même; mais ce qui n'est pas clair du tout c'est la manière de concevoir l'aspect subjectif d'un mouvement. Le mot qu'on est forcé d'employer rappelle la conception nécessaire d'un sujet distinct de l'objet. Admettons que ces remarques n'aient pas de valeur. Il y a un fait unique qui a deux faces, ou qui se présente sous deux aspects. Un aspect suppose un spectateur, c Tout événement, toute sensation a un double aspect, € objectif et subjectif, selon le mode d'appréhension (2), » fort bien; mais qui appréhende? Est-ce le mouvement qui s'appréhende comme sensation? Est-ce la sensation qui s'appréhende comme mouvement? Aucun penseur sérieux
1. Revue philosophique, décembre 1879, page 643. S. Ibid., page 6^4.
Naviuji. — Physiqui modxrnb. 17
a'oserait soutenir ces paradoxes. Deux classes de phénomènes distincts sont appréhendés par la conscience qui perçoit directement les faits psychiques et, par leur intermédiaire, leurs conditions objectives. La présence du sujet qui perçoit ses propres modes et les réalités externes est implicitement affirmée par la théorie des < deux aspects. > Cette théorie met en lumière, par ies termes mêmes dans lesquels elle est forcée de s'énoncer, la dualité de l'esprit et du corps ; elle la met en lumière et elle l'impose à la science.
La recherche d'un principe d'unité est la tendance de la raison, tendance dont la philosophie est l'expression la plus complète. Nous avons ici l'exemple d'un des cas si fréquents dans lesquels celte tendance égare la pensée. Le besoin de l'unité ne peut pas se satisfaire dans la considération de l'un des éléments d'une dualité directement irréductible : la matière et l'esprit. La distinction qui a fondé la physique moderne subsiste; l'esprit se manifeste dans la connaissance de la matière comme un sujet irréductible à son objet. M. Du Bois- Reymond, s'adressant aux naturalistes allemands réunis à Leipzig, a présenté à ce sujet les considérations que voici : Après avoir signalé le mystère qu'offre à la pensée la nature de la matière et de la force il continue :
c A une certaine époque du développement de la vie sur « le globe, époque dont nous ignorons la date qui, du reste, c ne nous intéresse ici nullement, il surgit quelque chose de « nouveau et d'inouï jusque-là, quelque chose d'incom- « préhensible comme l'essence de la matière et de la force. « Le fil de notre intelligence de la nature, qui remonte « jusqu'au temps infini négatif, se rompt, et nous nous trou- « vous vis-à-vis d'un abîme infranchissable ; en un mot, < nous touchons à l'autre limite de notre entendement.
« Ce nouveau phénomène incompréhensible est la pensée. « Je vais démontrer à présent, si je ne me trompe, d'une ma- « nière péremptoire, que non-seulement dans l'état présent
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« de nos connaissances la pensée n'est pas explicable à l'aide « de ses conditions matérielles, ce dont tout le monde tom- « bera d'accord, mais* aussi, qu'en vertu de la nature des € choses, elle ne le sera jamais. L'opinion contraire, savoir « qu'il n'y a pas lieu de renoncer à tout espoir d'expliquer la « pensée à l'aide de ses conditions matérielles, et que ce pro- « blême pourra être un jour résolu par l'esprit humain, grâce
< aux conquêtes intellectuelles qu'il aura faites dans le cours « des siècles: cette opinion est la seconde erreur que je me
< suis proposé de combattre dans ce discours. Si, dans ce que « je viens de dire et par la suite, je me sers du mot pensée^ « il ne faut pas croire pour cela que je n'ai en vue que les « degrés supérieurs de notre activité intellectuelle. Au con- « traire, par pensée j'entends comme Descartes l'activité ft intellectuelle dans toutes ses modifications, et ma proposia tion les embrasse toutes, jusqu'à la plus simple et, pour a ainsi dire, la plus basse dans l'échelle. Pour avoir un exemple « d'un phénomène intellectuel inexplicable à l'aide de ses a conditions matérielles, il n'est pas du tout nécessaire de se « figurer James Watt imaginant son parallélogramme, ou « Shakespeare, Raphaël, Mozart créant leurs chefs-d'œuvres a les plus sublimes. Tout comme l'action musculaire la plus
< énergique et la plus compliquée d'un homme ou d'un anic mal, n'estpas plus inexplicable, en dernière analyse, qu'une « simple contraction d'une fibre musculaire unique; tout « comme une seule cellule secrétoire recèle dans son intérieur « le mystère de la sécrétion tout entier ; ainsi l'activité intel-
< lectuelle la plus élevée n'est pas plus difficile à expliquer en
< principe à l'aide de ses conditions matérielles, que cette
< activité dans sa forme la plus rudimentaire, c'est-à-dire la
< sensation. Lorsqu'au commencement de la vie animale sur
< la terre, l'être le plus simple éprouva pour la première « fois un sentiment de bien-être ou de déplaisir, l'abîme in- € franchissable dont je viens de parler s'ouvrit, et le monde
MO CONSAQUENCKS PHILOiiOPHlQUES DE LA PHYSIQUE.
c désormais devint doublement incompréhensible (1). >
Ainsi, dans la pensée du professeur de Berlin, la science a un double point de départ : la matière en mouvement et les phénomènes psychiques. Ces points de départ sont absolument distincts, et ils demeurent incompréhensibles comme toutes les données primitives.
L'esprit se manifeste donc dans la connaissance de la matière, qui est l'objet de la physique, comme un sujet irréductible à son objet; et non seulement il se manifeste d'une manière générale, mais il se manifeste dans ses différentes fonctions, comme nous allons le constater.
Quelle est l'idée essentielle de la matière? Sa résistance dans l'espace. Dans l'idée de la résistance l'analyse découvre deux éléments : l'effort et l'obstacle. L'exercice conscient du pouvoir moteur est l'origine de notre connaissance de la niatière. Or, dans l'effort, l'esprit se manifeste comme volonté. Dire que nous connaissons la matière comme résistance, c'est dire que l'exercice de la volonté est la condition de l'idée du corps. La valeur de cette analyse est contestée dans les doctrines de l'empirisme anglais, doctrines dont j'emprunte le résumé au travail.de M. Ribot (2).
La thèse fondamentale de cette école est celle deCondillac:
< le seul fait psychologique primitif et irréductible est la € sensation. » Vient ensuite une autre thèse: « l'expérience
< fondamentale, irréductible, qui donne la notion de l'exté- . « riorité, c'est la résistance » . Gomment ces deux thèses
peuvent-elles être conciliées? En affirmant qu'il existe « des
< sensations musculaires qui nous informent de la nature et « du degré d'effort de nos muscles ». M. Ribot observe avec raison que ces sensations-là « forment comme un genre à
< part », tant elles se distinguent des autres. Pourquoi cela?
i. Revue Scientifique du 10 octobre 1874, page 341. 2. La psychologie anglaise contemporaine, jiar Th. Ribot^ 2"»» èditfon. Paris. Germer-Bail 1ère 1875. — Voir spécialement les pages 423 à 435.
IDÉE DE l'esprit. USi
Si an mnscle malade cause une donlenr, c'est une sensation analogue à toutes celles qui résultent de Télat des organes. Si mes muscles sont mus par un antécédent purement physiologique, j'aurai conscience du mouvement dont je ne m'attri*buerai pas Torigine, qui pourra même subsister contre ma Yolonté, comme il arrive dans un état convulsif conscient. La sensation musculaire se distingue de toutes les autres lorsr* qu^elle résulte d'un acte volontaire. Le cas alors est différent ; il y a un genre à part; mais ce n'est pas un genre de sensation, ou du moins il intervient dans le phénomène un élément irréductible aux modes purs de la sensibilité: l'effort. Quel est le sujet de l'effort ? Dire que nos muscles font effort, et que la sensation nous informe de l'effort de nos muscles, c'est confondre deux idées dont l'origine est absolument différente. Nous pouvons avoir conscience, par l'intermédiaire de la sensation, du travail de nos muscles, soit que ce travail résulte d'uû antécédent purement physiologique, soit qu'il résulte d'ui} acte de volonté. Mais c'est dans ce second cas seulement qu'il y a effort. Le travail est une notion objective qui s'applique légitimement aux muscles ; mais il n'en est pas de même de la notion subjective de l'effort. C'est le sujet, le moi, qui a conscience de son effort auquel les muscles cèdent en résistant. Cette résistance est accompagnée d'une sensation ; mais dans les modes actifs de l'existence, la conscience de l'effort est primitive, la sensation est subséquente, tandis que dans les modes passifs, c'est lasensalion qui est primitive,etreffort subséquent, lorsqu'il y a réaction. La volonté est donc bien le point de départ du phénomène qui nous donne « la notion de l'exté- « riorité ». Sans l^exercice de la volonté, nous n'aurions, ni l'idée du corps propre, ni l'idée des corps étrangers.
Le pouvoir moteur révèle à l'esprit les qualités essentielles de la matière; d'où procède la connaissance des qualités secondes ou accidentelles ? La physique répond : Les mouvements physiques déterminent dans les corps vivants des mou-
yements physiologiques auxquels répondent les sensations. Sans Texistence des êtres capables de sentir, il n'y aurait plus de lumière, de chaleur, d'odeur, de saveur, mais seulement les mouYements qui sont les conditions objectives de ces sensations. Signalons ici en passant l'erreur des écrivains qui parlent d'un état primitif de l'univers purement mécanique qui, dans la série des siècles, aurait produit, par un développement naturel, les propriétés dites physiques. Un développement ne peut produire que ce qui est virtuellement contenu dans son point de départ. Or un état purement mécanique ne contient virtuellement rien d^autre que des transformations de mouvements, et non, à aucun degré, l'apparition de phénomènes d'un autre ordre, tels que la sensation. Les siècles et les milliers de siècles n'y font rien. Sans l'existence des êtres capables de sentir, les propriétés des corps dites physiques, par opposition au mécanisme pur, ne sauraient faire leur apparition; c'est l'enseignement positif de la science moderne. Dans la connaissance des qualités secondes ou accidentelles de la matière, l'esprit se manifeste donc comme doué de sensibilité.
L'homme perçoit et sent; le gavant veut se rendre compte de l'objet de ses perceptions et de la cause de ses sensations. Le physicien cherche à expliquer les phénomènes en découvrant leurs lois. Les lois sont des conceptions de l'intelligence. On arrive facilement à entendre que, sans la présence d'êtres sensibles, les phénomènes qui supposent un élément de sensation ne pourraient pas exister. Il faut un peu plus d'effort pour entendre que, s'il n'existait pas d'intelligences, il n'y aurait pas de lois ; et pourtant cela est. Supposons que l'univers matériel existe seul ; les astres ne réaliseront-ils pas toutefois la loi de la gravitation? Que la loi soit pensée ou ne le soit pas, les choses ne seraient-elles pas ainsi? Il le semble; mais lorsque l'on réfléchit sérieusement, on arrive à com-
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prendre que le terme ainsi suppose le rapport des faits à une pensée qui les conçoit. Qu'on supprime toute intelligence actuelle ou virtuelle, réelle ou possible, les choses seront, mais elles ne seront pas ainsi; elles ne pourront pas être dites conformes à lin ordre qu'aucun esprit ne pourrait formuler. L'idée de la loi disparaîtra, comme les idées de la lumière et de la chaleur disparaissent avec l'existence des êtres capables d'éprouver des impressions. Cette affirmation est valable, mais elle est difficile à entendre, parce qu'il faut penser à un état de choses dans lequel la pensée n'existerait pas.
La science de la matière ne se borne pas à constater des faits, elle aspire à découvrir des lois. Les lois ne peuvent exister que dans une intelligence qui les conçoit, et non dans les choses considérées en elles-mêmes qui ne sont que les conditions matérielles de conceptions possibles. Donc, dans la science de la matière, l'esprit se manifeste comme intelligence. Ceci est vrai de toute science, quel qu'en soit l'objet ; mais la physique met cette vérité dans une spéciale évidence. On a vu, dans la première étude, qu'un des caractères de la physique moderne, qui résume plus ou moins tous les autres, est l'explication mathématique des phénomènes. Les mathématiques supposent, non seulement l'intelligence en général, ce qui est le cas pour toutes les sciences, mais des données intellectuelles spéciales qui appartiennent en propre à l'esprit, et forment une partie de sa dot, dans ce que Bacon appelle « un hymen chaste et légitime de la pensée avec les faits » . . L'emploi des mathématiques met en vive lumière l'élément a priori de la raison ; les efforts tentés pour ramener à une origine purement expérimentale la science des nombres et des figures demeurent impuissants. Les notions qui sont à la base de l'arithmétique et de la géométrie se produisent à l'occasion de Texpérience. Sans le mouvement, nous n'aurions pas l'idée de l'espace et des formes ; sans les objets perçus nous n'aurions pas l'idée du nombre. Les concepts delà raison
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ne sont actualisés qoe sous la condition d'un exercice prattique de nos facaltés ; sans cela ils resteraient dans une virtualité éternelle; mais la couditiou qui leur permet de se manifester, ne les produit pas. Un germe ne se développe que sons la condition d'un certain degré d'humidité et de chaleur; mais ce n'est pas la chaleur et Thumidilé qui peuvent rendre raison du développement plastique dont un organisme est le résultat. De même les idées qui sont à la base des mathématiques ne se développent que sous la conditionderexpérience, mais leur contenu n'est pas expérimental. StuartMill, voulant interpréter les conceptions géométriques dans le sens del'empiri^me, écrit : < Notre idée d'un point est simplement l'idée « du minimum visible, la plus petite portion de surface que « nous puissions voir » (1). Le point des géomètres est le principe non étendu de toute localisation dans l'espace; c'est, si l'on veut, une sphère dont le rayon est zéro. En faire une portion de surface, si petite que ce soit, c'est méconnaître la nature essentielle des conceptions fondamentales des mathématiques. Une philosophie qui conduit la pensée à de telles extrémités prononce elle-même sa propre condamnation.
Quand on accorderait l'origine expérimentale des matériaux de l'arithmétique et de la géométrie, il resterait encore manifeste que les propositions et les théorèmes s'établissent parles seules lois de la pensée, sans recours à Texpérience. 11 est donc permis d'aflBrmer que l'emploi toujours plus grand des mathématiques dans l'explication des phénomènes physiques, met toujours plus en lumière le rôle de l'intelligence dans notre savoir.
En résumé: pas dé connaissance des qualités essentielles de la matière sans l'exercice de la volonté ; pas de connaissance des qualités secondes ou accidentelles de la matière sans la présence de la sensibilité ; pas de science de la matière sans