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Système de Logique, Livre II, chapitre v, î^ I

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IMotelligeoêe. Il suffit doue d'observer les conditions de la seience des corps pour obtenir la notion de Fesprit dans ses trois fonctions : agir, sentir et penser.

LR SCEPTICISME.

La physique établit la distinction des faits et de la pensée; elle manifeste aussi leur harmonie qui seule rçnd le qoQnde intelligible.

Dans l'ordre physique, les faitssont des mouvements perçus directement parles fonctions du toucher et de la vue, et perçus médiatement, comme causes des sensations, par les impressions que les mouvements produisent sur nous. La pensée, qui se manifeste dans toutes les sciences par ses éléments logiques, se manifeste spécialement en physique par ses éléments mathématiques. Les faits et la pensée forment deux ordres distincts et irréductibles. Si les faits sont bien observés, si les véritables lois des phénomènes sont découvertes, et si enfin les calculs effectués sont justes, il y a accord entre les faits et la pensée; le mouvement des astres dans le ciel, les mouvements des molécules dans les corps, les ondulations de l'éther se trouvent conformes ^u% calculs du savant. Il résulte de cette considération que la physique mathématique renferme la réfutation du scepticisme, ou du moins du scepticisme général et complet. Quelle est, en efifet, la source principale du scepticisme? La voici : L'existence de la pensée est absolument certaine ; on ne peut nier la pensée qu'en l'exerçant, c'est-à-^dire en tombant dans une contradiction manifeste. C'est là la partie irréfutable du Cogito ergo surn de Descartes. On peut nier la légitimité du passage du fait de la pensée à TaSirmation de la réalité substantielle et durable exprimée par je suis, mais il est impossible de contester la certitude de la pensée, et de son inhérence à un sujet au moins phénoménal exprimé par le

pronom personnel. Je pense; voilà une certitude absolue pour celui qui prononce ces mots ; mais c'est la seule connaissance dont le caractère soit immédiat. Gondillac commence son Essai sur Vorigine des connaissances humaines en disant : c Soit que nous nous élevions, pour parler métapborique- « ment, jusque dans les Gieux; soit que nous descendions c dans les abîmes, nous ne sortons point de nous-mêmes; et « ce n'est jamais que notre propre pensée que nous apercec vous. » Gomment établir Faccord de la pensée avec une réalité objective ? Il faudrait pour cela sortir de la pensée et la comparer à autre chose qu'à elle-même ; mais cela est impossible. Donc nous pensons ; mais nous ne pouvons pas établir le rapport de notre pensée à une réalité : telle est la base fondamentale du scepticisme universel.

Gette argumentation est spécieuse, mais elle ne résiste pas à un examen attentif. Gonsidérons d'abord les mathématiques. Je me trompe dans un calcul d'arithmétique, ou dans une démonstration de géométrie; je me corrige, ou ou me corrige en me signalant une erreur que je reconnais. Gomment cela se peut-il ? Parce que la connaissance interne ou subjective par laquelle l'esprit se manifeste ne me révèle pas seulement ma pensée individuelle, mais aussi une autre pensée qui s'impose à moi, tantôt par son évidence immédiate, et tantôt au moyen d'une démonstration. Il faut donc distinguer dans l'acte total de la conscience une observation spécialement psychologique qui me fait connaître les modes de ma pensée individuelle, et une observation qu'on peut appeler rationnelle qui me met en présence d'une règle dont ma pensée individuelle peut s'écarter, et à laquelle elle revient lorsqu'elle se corrige. Gette règle qui s'impose à mon esprit est en moi, sans être moi, ni à moi. Ge n'est pas ma raison, dans un sens personnel, c'est la raison commune à toutes les intelligences semblables à la mienne, et à laquelle je participe. La vérité mathématique résulte de l'accord de

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la pensée individnelle avec sa loi. Quand je possède cette Yérité, je possède une pensée qui n'est pas la mienne seulement, ou celle de tel autre individu, mais celle de l'esprit humain. Nous voici hors d'un idéalisme subjectif qui constituerait le scepticisme complet; mais une nouvelle question se pose. Gomment établir le rapport de la pensée humaine avec une réalité étrangère à cette pensée même ? Après avoir échappé à un idéalisme personnel, resterons-nous dans un idéalisme collectif qui ne nous sortirait pas du scepticisme ? Non.

Les perceptions qui nous révèlent l'existence des corps n'ont lieu que par l'intermédiaire de la conscience; mais ces perceptions s'imposent par une évidence sensible, de môme que la vérité rationnelle s'impose par une évidence intellectuelle. La simple imagination qui me représente des objets matériels se distingue de la perception, comme ma pensée individuelle se distingue de la raison. Un homme qui aurait totalement perdu la faculté de concevoir les vérités mathématiques, et serait incapable de reconnaître une erreur dans

, un calcul très élémentaire, serait atteint d'imbécillité ou d'aliénation mentale. Pareillement (une réserve étant faite pour la question du sommeil) un individu quine peut pas distinguer une représentation purement subjective d'une perception réelle est atteint de l'état maladif désigné sous le terme d'hallucination.

Il est impossible de nier la différence essentielle qui existe entre la pensée abstraite qui se manifeste dans le calcul, et la

. perception des réalités sensibles. Or l'objet des perceptions humaines est une série de phénomènes qui sont réglés conformément aux lois des mathématiques. Cette conformité des phénomènes aux lois de la pensée, ou des lois de la pensée aux phénomènes, est la condition d'une science possible, et l'existence de la science réelle démontre que cette conformité existe. La physique mathématique ne fait, et ne peut faire

CONSliQUENGES PHILOSOl^HIQCBS DE LA PlfYs>IQUE.

anean progrès, saos manifester toujours plas elaîremeiit raccord des réalités eipérimentales avec la raisoa.

La physique moderne a donc pour conséquence légitime la destruction du scepticisme universel tel qu'il se manifestait à répoque des penseurs de la Grèce. On Ut dans Tbistmre légendaire de Pyrrhon que ce sceptique fameux, doutant da témoignage de ses sens comme de toutes choses, ne se serait pas détourné en présence d'un précipice ou à la rencontre d'un chariot, en sorte que ses disciples devaient Tentourer constamment pour préserver sa vie. De nos jours, on ne doute pas du témoignage des sens convenablement interprété, et on admet sans contestation que nous pouvons obtenir une connaissance vraie des phénomènes naturels. Nous croyons à la science, et l'industrie scientifique justifie la confiance accordée aux théories qui lui servent de fondement. Le doute général bat en retraite ; il ne peut plus se montrer que comme un jeu de l'intelligence auquel ceuxmêmes qui s'y livrent ne sauraient attribuer une valeur sérieuse. Il y a là, dans l'histoire de la pensée humaine, un fait considérable et trop peu remarqué : le scepticisme des anciens a fait place au positivisme des modernes.. Le doute qui porte sur les questions religieuses et philosophiques n'a pas disparu ; il se maintient, on peut même dire qu'il s'accroît, mais pourquoi s'accroit-il ? C'est un doute comparatif qiii résulte de ce qu'on oppose la certitude de la science de la nature à l'incertitude de tout ee qui dépasse l'expérience. On peut dire que c'est la lumière qui s^'est faite sur une partie des connaissances humaines qui projette dé& ténèbres sur upe autre partie de ces connaissances ; ou, pour user d'une autre comparaison, c'est parce que la pensée a trouvé un sol ferme dans l'étude des phénomènes de la matière qu'elle refuse de s'aventurer aurdelà de ce terrain.

Les progrès delà physique sont la cause principale de cette situation des esprits; mais cette situation est instable. Le po-

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sîtiTisme, si l'on éonstilte ses prograrmmes oflSclèls, n'admet aucune affirmation philosophique : ni l'idéalisme, ni le matérialisme, ni le théisme, ni l'athéisme; nous ne pouvons que coordonner les données de l'expérience; au-delà nous ne savons rien. Sous le couvert de ce doute officiel arrive la négation. A la formule : < nous ne savons rien au-delà de l'expérience »,^ succédé cette autre formule: « ati-delà dès objets de l'expérience et de l'expérience sensible, il tt'y à rien ». Cependant les tendances de la raison subsistent, et la raison porte en elle les notions transcendantes de l'inSni, de l'absolu, du nécessaire. Il arrive donc souvent qu'on voit ces notions transcendantes appliquées*à l'objet de l'expérience sensible. On affirme que la matière est éternelle et que les lois de la nature sont nécessaires : voilà le matérialisme. Que le positivisme, qui est officiellement le doute sur tout ce qui dépasse l'expérience sensible, se transforme fréquemment en matérialisme, c'est ce qu'il serait facile d'établir, en citant des faits et des textes. Le développement de là physique, qui a joué un rôle considérable dans la production du positivisme, produit-il légitimement de telles conséquences? Il y a de bonnes raisons pour penser autrement.

LE MATERIALIS9IB.

L'esprit systématique, en s'attachant d'une manière exclusive aux données de la physique, engendre le matérialisme. En appliquant aux résultats de cette science l'esprit philosophique on arrive à des conclusions différentes. La physique moderne, qui détruit le scepticisme des anciens, détruit également leur matérialisme. Pour Democrite et Epicure, quelles étaient les données qui devaient fournir l'explication de l'univers? Les atomes agrégés et désagrégés dans un nombre infini de combinaidoâs fortuites avaiaat produit

enfin le monde actuel : tel est le matérialisme ancien. Le matérialisme moderne a d'autres caractères. Il explique le monde par une disposition primitive de la matière, par le mouvement et les lois de la communication du mouvement. C'est par un développement opéré selon des lois déterminées, ou, pour employer le terme le plus usité de nos jours, c'est par une évolution que le monde, à partir d'un état primitif, est parvenu à son organisation actuelle. Or l'idée d'une évolution, d'un développement soumis à des lois que la science cherche à découvrir, diffère profondément de la notion antique des atomes se mouvant au hasard, et formant une série d'agrégatioDs fortuites. Ger sont les progrès de la physique qui ont opéré ce changement capital dans l'idée de la science. Le matérialisme peut sembler affermi par cette modification, en revêtant un caractère sérieusement scientifique qui lui manquait dans l'antiquité, mais en réalité il se trouve détruit. En effet, les idées fondamentales de la science sont celles-ci :

Le moavement universel est réglé d'une manière conforme aux lois de la pensée.

La force universelle^ ou la puissance motrice initiale est constante.

La multiplicité indéfinie des phénomènes est produite par l'action combinée d'un petit nombre de causes.

Tais sont les résultats incontestés de la théorie qui interprète les données expérimentales. Si l'on veut s'élever à une doctrine relative au principe de l'univers, c'est-à-dire si l'on veut tenter une philosophie, on a donc pour point de départ les données suivantes :

Le premier moteur exerce son pouvoir selon l'intelligence.

Son action est constante, et a pour effet d'obtenir d'innombrables résultats par un nombre limité de moyens.

Ce sont là certainement les caractères de ce que nous appelons la sagesse. Nous voilà fort loin du matérialisme. La

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physique, lorsqu'elle se borne à l'étude directe de son objet, ne s'élève pas à des conclusions de cette nature ; mais les prémisses de ces conclusions se dégagent nettement des résultats les plus généraux de la science de la matière, et font partie de la contribution offerte par cette science à l'étude du problème universel qui est Tobjet propre de la philosophie.

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