‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 22 sur 108 · Descaries. Le monde, ch. I · texte numérisé non relu

Descaries. Le monde, ch. I

. 3. Ehge histori^ â^Arthur Auguste De la Rive, lu dans la séance publique de l'Institut, le 28 décembre 1874.

apporta lai-méme une contribution importante au même mouvement scientifique par ladécouyerte des antécédents chimiques de la production de l'électricité. Après la mention des travaux de Fresnel et d'Oersted, De la Rive concluait en ces termes : c Ce fut là le double point de départ des nombreux travaux qui, aboutissant de nos jours à la théorie mécanique de la chaleur, ont fait découvrir entre les différentes forces physiques des rapports multipliés, et substituer dans ridée qu'on doit se faire de leur nature la notion de mouvements à celle d'agents distincts. Nous pouvons même entrevoir déjà le moment où elles arriveront à n'être plus considérées que comme des modifications d'une force unique, et où un nouveau Laplace pourra, comme l'auteur de la mécanique céleste l'a fait pour les phénomènes du ciel, ramener aux lois de la simple mécanique tous les phénomènes de la nature inorganique. > Ces lignes renferment le programme complet de la physique moderne tel qu'il a été exposé dans notre première étade. Rappelons-en les traits essentiels: Recourir pour l'explication des phénomènes aux propriétés spécifiques de différentes matières, c'est laj physique ancienne. Tout expliquer au moyen de la conception des mouvements d'une ma* tière une dans ses propriétés essentielles, c'est la physique moderne. A l'idée fondamentale de la nature mécanique des phénomènes se rattachent deux théories importantes : l'inertie de la matière qui est une force de résistance dans l'espace, mais ne possède aucun pouvoir de modifier son propre mouvement, et la conservation de l'énergie. L'ancienne physique admettait une déperdition de force dans les rapports des corps entre eux. Cette pensée est étrangèreà la science actuelle qui estime que, dans les transformations diverses du mouvement, la somme des mouvements actuels ou virtuels demeure la même. Le sauvage réussit à allumer du feu en frottant deux

morceaux de bois sec. Au point de vue de la physique aneienne, il y avait là trois éléments distincts : le mouvement, le fluide calorique et le fluide lumineux. Au point de vue de la physique moderne, il n'existe qu'un seul élément, le mouvement, qui est mécanique dans le frottement de deux morceaux de bois l'un contre l'autre, moléculaire dans l'intérieur du bois, étbérique dans les ondulations qui produisent sur nos sens les impressions de la lumière et de la chaleur. Toute la physique revient donc à la mécanique, et toute la mécanique, selon la définition de Garnot, à la science de la communication du mouvement (1).

De la Rive, dans son discours de 1865, fait dater de 181ë la nouvelle direction imprimée à la marche de la science ; mais dans son discours de 1845, il avait rappelé que l'idée nouvelle se rattachait, par l'intermédiaire d'Euler et de Huyghens, aux théories de Descartes. En effet la conception de la physique moderne n'est pas nouvelle, mais renouvelée. Le xix^ siècle en fournit peu à peu la confirmation expérimentale, mais la théorie appartient au xvii® siècle et, dans le xvii^ siècle, elle appartient plus spécialement à Descartes, qui est, non pas d'une manière exclusive, mais par excellence, le fondateur de la physique moderne.

La solidarité des intelligences dans la conquête progressive de la vérité est un fait au-dessus de la discussion. Une découverte a presque toujours des antécédents qui lui enlèvent son caractère de nouveauté subite. Souvent elle est faite par plusieurs esprits à la fois. C'est une erreur dans l'histoire de la science, aussi bien que dans celle des sociétés, que de tout accorder à l'individualité ; mais ce n'est pas une erreur moindre que de méconnaître la valeur des individus, et de tout rapporter à je ne sais quelle puissance occulte et impersonnelle qu'on appelle l'esprit du temps> ou

i. Principes fondamentaux de l'équilibre et du mouvement.

le courant général de la pensée. Ce courant général existe assurément ; mais si Ton remonte à ses sources et à celles des affluents qui ralimentent, on arrive toujours et nécessairement à rémission de pensées personnelles. L'homme qui découvre une idée et en discerne les conséquences mérite le titre d'inventeur, lors même que d'autres ont vu la même chose que lui. L'homme qui répand avec puissance une idée nouvelle, et réussit à en faire la base d'une construction scientifique, reçoit légitimement le titre de fondateur. Après lui, on corrige son œuvre et on la complète, mais l'œuvre reste sienne. Pour la conception générale de l'univers matériel, Oescartés est à la fois inventeur et fondateur. Il y a longtemps déjà que, bravant un préjugé répandu, M. Bouillier affirmait, dans son Histoire de la philosophie cartésienne (1), que Descartes a mérité le titre de père de la physique. M. Renouvier se prononce dans le même sens dans une étude insérée dans la Critiqtie philosophique (2) .Les pages qui suivent, si on admet l'exactitude des données qu'elles contiennent, auront pour effet de justifier ces affirmations.

Les découvertes mathématiques et métaphysiques de Descartes ont fait sa principale gloire ; mais lui-même nous informe, à la fin de son Discours de la méthode, que le but essentiel de ses travaux était une connaissance des phénomènes naturels qui pût apporter quelque soulagement à l'humanité. « J'ai résolu, dit-il, de n'employer le temps qui me reste à « vivre à autre chose qu'à tâcher d'acquérir quelque con- < naissance de la nature qui soit telle qu'on en puisse tirer « des règles pour la médecine plus assurées que celles qu'on « a eues jusqu'à présent. » Dans son ouvrage des Principes de la philosophie, la métaphysique occupe une place importante; mais elle est destinée à servir de prolégomènes à

i. La première édition est de 1843 ; la troisième de 1868. 2. 5 février eV5 mars 1874.

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