ÉTAT DE LA PHYSIQUE VERS
c faut qu'elles ayent cbacune leur propre subject. Or est-il c qu'elles ne peuvent être plus propres à aucun autre subject
< qu'aux quatre corps simples que nous appelons éléments, c à sça voir le chaud au feu, le froid à l'eau, le sec à la terre,
< l'humide à l'air. Il faut donc dire qu'il y a quatre éléments c non plus ny moins. > On voit que la réalité des quatre élé-
< ments se déduit de la réalité tenue pour incontestable des quatre qualités.
Les faits de la nature inorganique et ceux de la vie étaient enveloppés dans le même système d'explications. Les formes substantielles devenaient des âmes végétatives dans les plantes, et des âmes sensitives dans les animaux, ou plutôt les âmes, en s'amoindrissant, devenaient dans les corps physiques de simples formes substantielles. C'était, à l'inverse de la tentative de quelques modernes qui s'efforcent de constituer une biologie purement physique, la tentative d'expliquer les phénomènes de la matière par des principes biologiques. Il résultait de cette manière de voir qu'on accordait des attributs psychiques aux formes substantielles. Les corps avaient des antipathies et des sympathies, ce qui renouvelait l'ancienne doctrine d'EmpédocIe. La forme de Teau était hostile à celle du feu; la forme de l'humide était hostile à celle du sec; un corps mis en mouvement s'arrêtait parce qu'il avait l'amour du repos; l'horreur du vide, ou, ce qui revenait au même, l'amour delà continuité, servait à l'explication des phénomènes. Il ne faudrait pas exagérer la portée de cette mythologie dans laquelle on doit faire la part des formes du langage. L'horreur du vide attribuée à la nature, l'amour du repos attribué aux corps, étaient des formules qui groupaient un grand nombre de faits réels. Le mal était de prendre l'expression figurée d'un groupe de faits pour un principe auquel la recherche s'arrêtait.
Le mouvement était le troisième principe d'explication.
Dupleix le définit avec Fécole dans des termes empruntés à Aristote : < Le mouyement est Pacte de la chose qui est par c puissance en tant qu'elle est par puissance. » La définition n'est pas aisée à comprendre, et comme Deiscartes déclare qu'il ne saurait pas mieux l'entendre en français qu'en latin (1), il est permis sans honte de faire le même aveu, fin réalité, on entendait par mouvement, tout changementquelconque : génération, corruption, accroissement, décroissance, altérations de toute nature. Ge que nous appelons maintenant le mouyement paraissait, sous le titre de mouvement local, comme une des espèces d'un genre. Ge qui prouve à quel point le sens du mot différait de celui que nous lui attribuons, c'est qu'on admettait un grand nombre de mouvements qui peuvent être accomplis < sans qu'aucun corps change de place » (2). Quant au mouvement local, ou changement de place, on admettait qu'il se divisait en plusieurs espèces inhérentes à diverses matières. Le ciel avait par nature un mouvement circulaire ; les corps graves un mouvement rectiligne qui les faisait descendre ; les corps légers un mouvement rectiligne qui les faisait monter. Ces troisespëces de mouvements étaient supposées permanentes. Venait ensuite le mouvement violent ou forcé, celui par exemple que la main de l'homme imprime à un corps. On pensait que ce mouvement s'arrêterait immédiatement, en vertu de la tendance au repos, ou de l'inertie active, sans l'influence du milieu. Un corps étant jeté dans l'air, par exemple, on pensait que l'air qu'il déplaçait se repliait derrière lui, comme l'eau derrière la poupe d'un navire, et le poussait en avant, pour quelque temps eîicore, après le moment où il avait reçu l'impulsion, jusqu^à ce que l'amour du repos l'emportât.
Ces théories étaient obscures et compliquées. Leur compti-
i. L$ monde. Chapitre VIL *