‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 26 sur 108 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

GBUVBE D£ OESGÀRTES. 77

cation croissait toujours, à mesure qu'il fallait expliquer des faits nouveaux, de même que les cercles imaginés dans la théorie astronomique de Ptolémée se multipliaient indéfini- .ment. Nombre d'esprits sentaient le vice d'une science ainsi construite. Us attendaient des chefs qui les conduisissent résolument à l'attaque de l'enseignement de l'école. Us en eurent plusieurs; Descartes fut le principal.

CEUVRE DE DESCâRTES.

Le centre de l'œuvre de Descartes est la destruction des formes substantielles qui, comme il le dit lui-même, < peu- « yënt être pins difScilement connues que toutes les choses € qu'on prétend expliquer par leur moyen (i). » Il distingue les idées ou, comme nous dirions aujourd'hui, les sensations que les choses matérielles nous font éprouver, des causes de ces sensations telles qu'elles existent dans les objets eux-mêmes. Nous recevons l'impression de la chaleur et celle de la lumière. Cette impression est reçue par notre âme ; mais nous ne devons pas supposer que les corps lumineux voient, ni que les corps qui nous envoient la chaleur aient chaud. Il y a ici un rapport entre les phénomènes corporels et l'esprit, rapport qui se produit lorsque l'impression sensible venue du monde extérieur a été transmise par les nerfs jusqu'au centre cérébral, qui est le point d'union de l'âme et du corps. Faire de la chaleur, de la lumière, des couleurs, du son, des entités distinctes, c'est prendre pour des êtres de simples rapports. Les formes substantielles, ou les qualités réelles, sont des abstractions réalisées qui n'expliquent rien, mais < qui ont elles-mêmes besoin d'explication (2). » N'attribuons pas aux corps des propriétés dont nous prenons l'idée en nous^m^mes^. Pourquoi

. i. Les Principes de la philosophie. IY,201. 2. Le monde, chapitre Y.

le vin ne coule-t-il pas par Tonvertare nniqae d'un tonnean d'ailleurs hermétiquemeût fermé? c (Test parler improprement

< que de dire que cela se fait crainte du yide. On sait bien

< que ce yin n'a point d'esprit pour craindre quelque chose ; c et quand il en aurait, je ne sais pour quelle occasion il

< pourrait appréhender ce yide» qui n'est, en effet, qu'une € chimère (1). »

Si les qualités diyerses des corps tiennent à des causes inconnues et indéterminables, la science n'est pas possible. Si la science est possible, il faut que les qualités diyerses des corps résultent de quelque chose qu'il soit possible de déterminer. Or qu'est-ce que nous pouyons déterminer dans la nature des corps? Ce que nous pourrons conceyoir clairement, si nous laissons de côté nos préjugés, nos imaginations, nos combinaisons d'idées, qui peuyent être fausses, pour nous mettre en face des lois essentielles de la raison. Nos conceptions claires et distinctes sont yraies. C'est là le principe fondamental de la philosophie de Descartes, principe qui reyient à dira que le monde est organisé rationnellement, ou, en d'autres termes, qu'il existe une harmonie entre nos pensées et la réalité. S'il n'en est pas ainsi, la science est impossible; si la science est possible, il en est ainsi. Descartes cherche donc les conceptions claires et distinctes que nous pouyons ayoir des phénomènes matériels, isolés de leurs rapports ayec les êtres capables de sentir. 11 fonde sa physique sur la considération de ces trois éléments : la matière, la forme et le mouyement. Ce sont les mêmes éléments que ceux de la physique de l'école ; mais, comme nous allons le yoir, les mêmes termes sont pris dans des sens très di^ férents.

Il n'existe qu'une seule matière ; mais il ne s'agit plus ici de l'être indéterminé qui peut deyenir indifféremment corps

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