Principes, IV
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pensée en ces termes : « Il n'y a donc qu'une môme matière « en tout l'univers, et nous ne la connaissons que par cela <r seul qu'elle est étendue ; et^toutes les propriétés que nous « apercevons distinctement en elle se rapportent à cela seul « qu'elle peut être divisée et mue selon ses parties, et partant « qu^elle peut recevoir toutes les diverses dispositions que € nous remarquons pouvoir arriver par le mouvement de ses c parties. Car encore que nous puissions feindre par la pensée c des divisions en cette matière, néanmoins il est constant « que notre pensée n'a pas le pouvoir d'y rien changer, et « que toute la diversité des formes qui s'y rencontre dépend « du mouvement local. » Aux dernières pages de son livre il écrit : « Nous n'apercevons en aucune façon que tout ce qui « est dans les objets que nous appelons leur lumière, leurs € couleurs, leurs odeurs, leurs goûts, leurs sons, leur chaleur < ou- froideur, et leurs autres qualités qui se sentent par « l'attouchement, et ainsi ce que nous appelons leurs formes « substantielles, soient en eux autre chose que les diverses « figures, situations, grandeurs et mouvements de leurs parce ties, qui sont tellement disposées qu'elles peuvent mouvoir « nos nerfs en toutes les diverses façons qui sont requises « pour exciter en notre âme tous les divers sentiments qu'ils « y excitent. » (1)
Puisque tous les phénomènes physiques sont des mouvements, le mouvement est universel ; là où nous ne l'apercevons pas, c'est seulement parce que nos sens sont trop faibles. « Je considère qu'il y a une infinité de divers mouvements a qui durent perpétuellement dans le monde; et après avoir « remarqué les plus grands, qui font les jours, les mois et les a années, je prends garde que les vapeurs de la terre ne « cessent point de monter vers les nuées et d'en descendre, « que l'air est toujours agité par les vents, que la mer n'est
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t jamais en repos, que les fontaines et les rivières coulent < sans cesse, que les plus fermes bâtiments tombent enfin en t décadence, que les plantes et les animaux ne font que € croître et se corrompre, bref qu'il n'y a rien en aucun lieu t qui ne se change; d'où je connais évidemment qu'il y a dans € tous les corps quantité de petites parties qui ne cessent point € de se mouvoir, encore qu'à cause de leur petitesse elles ne c puissent être aperçues par aucun de nos sens. > (1)
Tous les phénomènes matériels se réduisent au seul mouvement; et c'est le rapport des divers mouvements avec l'ânie capable de sentir qui constitue les propriétés diverses des corps: voilà le principe fondamental de la physique moderne, non pas vaguement* entrevu, mais dégagé'de tous les nuages et proclamé de la façon la plus nette. Aucun savant, à ma connaissance, ni avant Descartes, ni à l'époque de Descartes, ne l'a affirmé ainsi dans toute sa généralité, dans toute sa précision, et dans toute sa portée.
La physiologie ne rentre pas dans le cadre de mon étude ; je ne saurais toutefois la passer tout à fait sous silence. Descartes ramène la physiologie à la physique, c'est-à-dire, selon son principe, à la mécanique pure. Il affirme que tout ce qui se passe dans le corps des animaux et dans celui de l'homme est le résultat des lois générales qui régissent la matière, pourvu que l'on admette la création des corps vivants par Dieu, ouvrier d'une sagesse infinie, et la présence dans le cœur des êtres' organisés d'un principe spécial de mouvement analogue à la chaleur. Ces deux points étant admis, toutes les fonctions doivent recevoir une explication mécanique. De même qu'il n'existe pas de formes substantielles dans les phénomènes physiques, il n'existe dans la vie des animaux aucun principe de sensibilité et d'intelligence. Deux choses ici sont à distinguer : la négation de tout élément psychique chez les
i. Lb monde, chapitre IIL *
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aoimaax, et l'explication des fonctions de l'organisme, l'organisme une fois donné, par les lois de la physique. Sur le premier point. Descartes n'a été suivi que par son école. On a généralement admis la protestation de La Fontaine qui expose admirablement la doctrine cartésienne, puis termine le récit intitulé : les deux Rats, le Renard et VCEuf par ces vers :
Qu'on m'aiUe soutenir, après un tel xécit, Que les bêtes n'ont point d'esprit (i) î
La science de nos jours est d'accord avec le fabuliste ; les animaux présentent à l'observation des signes incontestables de sensibilité et d'intelligence. Si Descartes n'a pas été suivi dans sa négation d'un élément psychique chez les animaux, sa pensée d'expliquer physiquement les fonctions organiques a exercé une grande influence sur le développement de la physiologie, et dirige la science contemporaine dans ses recherches.
Toute la physique étant ramenée à la mécanique, et toute la mécanique aux lois du mouvement, les lois du mouvement deviennent la base de la science de l'univers matériel. C'est Descartes qui le. premier a cherché à formuler ces lois. La première est celle de l'inertie de la matière : « Chaque partie « de la matière continue toujours d'être en un même état « pendant que la rencontre des autres ne la contraint point « de le changer » (2). « Si elle est en repos, elle ne com- « mence point à se mouvoir de soi-même ; mais, lorsqu'elle « a commencé une fois de se mouvoir, nous n'avons aussi au- « cune raison de penser qu'elle doive jainais cesser de se « mouvoir de même force pendant qu'elle ne rencontre rien « qui retarde ou arrête son mouvement; de façon que si un « corps a commencé une fois de se mouvoir, nous devons « conclure qu'il continue par après de se mouvoir et que ja-