Principes, III
chose de la nature humaine, il ne survint des savants qui, partant de Tidée que la bote a quelque chose de rhomme, concluraient que l'homme n'est qu'un animal supérieur. H pouvait de même craindre que la théorie de la formation graduelle du monde ne portât des intelligences peu profondes à considérer le caractère successif de ce développement comme enlevant quelque chose à la sagesse divine, ou pouvant même la remplacer. M. Bouillier présente à ce sujet les sages observations que voici : € Descartes nous avertit que € s'il suppose une formation successive du monde, c'est < pour expliquer plus clairement son état actuel, car il ne t pense pas qu'il soit de la dignité de Dieu de créer Tuni- « vers petit à petit, comme s'il eût eu besoin de proportion- « ner à ses forces la grande tâche qu'il s'était imposée; Dieu t n'a eu qu'a vouloir et d'un seul jet le monde a été créé, c Sans doute Dieu a pu créer le monde d'un seul jet ; mais € il ne nous semble pas suivre de sa perfection infinie qu'il € n'ait pu le créer d'une autre manière. Un développement a progressif de la création, conformément à des lois im- « muables, témoigne-t-il moins de la dignité et de la gran- « deur de Dieu que l'univers tout entier créé d'un seul jet? « Faire sortir tous les développements du monde d'un « germe qui dès l'origine les contient tous en puissance, « n'est-il pas aussi grand que créer simultanément toutes les « choses à la fois, à leur plus haut degré de perfection? « Faut-il moins admirer celui qui a créé l'œuf, d'où l'oiseau « sortira, que celui qui d'abord a créé l'oiseau? (1) »
Telle est, dans ses traits principaux, l'œuvre durable de Descartes, en ce qui concerne la science de la nature. Elle se ramène à ces trois affirmations magistrales : La nature mécanique des phénomènes physiques. L'inertie de la matière.
i. Histoire de la philosophie cartésienne, tome I, chapitre 4.