‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 38 sur 108 · DESCARTES · texte numérisé non relu

DESCARTES

La pensée de Descartes a été très spontanée; la part de l'individualité est immense dans son œuvre. Aux accusations de plagiat dont il fut l'objet, il a répondu, avec une légitime fierté, qu'il s'en rapportait à ses lecteurs pour reconnaître que ses pensées sont bien à lui. Tous les lecteurs attentifs admettront sans peine la valeur de la réponse. Descartes cependant a été la victime d'une illusion, en se figurant qu'i^

avait pu laisser de côté tout ce qu'il avait appris» et qae son système sortait tout entier de sa pensée individnelle. Il n'a pas été plagiaire assurément, mais il a puisé, sans s'en bien rendre compte, dans le courant général de l'esprit humain, tel qu'il résultait des antécédents de la science, et de l'œuvre de ses contemporains.

De grands faits historiques ont précédé l'époque on il a écrit. La formation des langues nationales, la restauration de la littérature et de fe philosophie de l'antiquité, l'invention de l'imprimerie, la découverte de l'Amérique, les grandes commotions religieuses du xvi® siècle, les attaques dirigées contre la physique d'Aristote en même temps que contre sa métaphysique, des essais de philosophie indépendante, ceux de Bruno par exemple et de Campanella; tous ces faits avaient produit un immense ébranlement dans les esprits, et développé un puissant amour de la nouveauté.

Le désir des aventures, dont le Robinson de Daniel de Foé a été l'expression littéraire la plus célèbre, se faisait vivement sentir dans l'ordre de la science ; là aussi on rêvait la découverte de terres inconnues. La hardiesse d'intelligence dont témoignent les œuvres de Descartes provenait pour une grande partie sans doute de sa nature personnelle, mais provenait aussi de la direction générale des esprits à son époque. Les formes substantielles avaient été attaquées, lorsqu'un édit du Parlement de Louis XllI, portant la date de 1624, défendit à toute personne sous peine de la vie « de tenir ou enseigner « aucune maxime contre les anciens auteurs et approuvés. » Un mouvement considérable s'était aussi produit dans le domaine des sciences naturelles, à côté de la lutte contre la scolastique et la souveraineté d'Aristote, qui avait un caractère plus spécialement philosophique. Agricola, mort en 1555, avait étudié avecsuccès les minéraux et les métaux. Guillaume Gilbert, médecin de la reine Elisabeth, mort çn 1603, avait jeté les fondements de la théorie de l'électricité et du ma-

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